17 mai 2026

Le Reveil Noir

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Coups d’état récents en Afrique : chronologie complète depuis 2020

coups d’état récents en Afrique : une vague de prises de pouvoir militaires depuis 2020

Le Bénin a récemment rejoint la liste des pays africains touchés par des tentatives de prise de pouvoir militaire. Un groupe de soldats a brièvement occupé les studios de la télévision d’État pour annoncer la destitution du président Patrice Talon et la dissolution des institutions. Cette opération, qualifiée de mutinerie par les autorités, a été maîtrisée en quelques heures par l’armée béninoise, qui a réaffirmé son attachement à la stabilité institutionnelle.

Cette tentative s’inscrit dans un contexte continental marqué par des crises politiques répétées, des contestations électorales et une détérioration des conditions sécuritaires. Voici une revue exhaustive des principaux coups d’État intervenus en Afrique depuis 2020, reflétant les tensions persistantes sur le continent.

Mali : deux coups d’État en moins d’un an, une transition sous tension

Le Mali a connu deux prises de pouvoir successives en 2020 et 2021. En août 2020, une mutinerie militaire a conduit à l’arrestation du président Ibrahim Keïta, sous la pression de manifestations populaires dénonçant la corruption et l’incapacité à endiguer la menace terroriste. Le colonel Assimi Goïta s’est alors imposé comme figure centrale de la transition.

En mai 2021, Goïta a renversé le gouvernement de transition dirigé par Bah Ndaw, s’autoproclamant président. Il a repoussé les élections initialement prévues pour 2022 à 2027, prolongeant ainsi la durée de son mandat. Le Mali, en collaboration avec le Burkina Faso et le Niger, a ensuite quitté la CEDEAO pour former une alliance régionale indépendante, rejetant toute pression en faveur d’un retour rapide à l’ordre constitutionnel.

Tchad : une succession dynastique et une élection controversée

En avril 2021, à la suite du décès du président Idriss Déby, son fils Mahamat Idriss Déby a pris le pouvoir, perpétuant ainsi une gouvernance familiale de plus de trente ans. Trois ans plus tard, il a organisé une élection controversée, qu’il a remportée selon les résultats officiels, malgré les accusations de fraude portées par l’opposition. Depuis, la répression contre les détracteurs s’est intensifiée, comme en témoigne la condamnation à 20 ans de prison de l’ancien Premier ministre Succès Masra.

Guinée : la chute d’un président après un troisième mandat contesté

En septembre 2021, le président Alpha Condé, au pouvoir depuis 11 ans, a été renversé par un groupe de militaires dirigé par Mamady Doumbouya. Condé avait modifié la Constitution en 2020 pour briguer un troisième mandat, déclenchant des manifestations massives. Doumbouya, désormais candidat à l’élection de décembre 2024, a bénéficié d’un référendum autorisant les membres de la junte à se présenter aux scrutins, tout en allongeant la durée du mandat présidentiel à sept ans.

Soudan : un conflit dévastateur issu d’une prise de pouvoir

En octobre 2021, l’armée soudanaise, dirigée par le général Abdel-Fattah Burhan, a renversé Omar el-Béchir, au pouvoir depuis 26 ans. Burhan a ensuite partagé le pouvoir avec Muhammad Dangalo (Hemetti), chef des Forces de soutien rapide. En avril 2023, une rivalité entre les deux hommes a dégénéré en un conflit armé d’une violence extrême, qualifié de l’un des plus meurtriers au monde par l’ONU. Les combats se poursuivent toujours en 2025.

Burkina Faso : une instabilité chronique sous la pression terroriste

Le Burkina Faso a subi deux coups d’État en 2022. En janvier, le président Roch Kaboré a été renversé par le lieutenant-colonel Paul-Henri Damiba, puis en septembre, le capitaine Ibrahim Traoré a pris le relais, citant la dégradation de la situation sécuritaire comme raison principale. Depuis, Traoré a dissous la commission électorale indépendante, consolidant son contrôle sur le pays.

Niger : un coup d’État qui divise la région

En juillet 2023, le général Abdourahamane Tchiani a destitué le président Mohamed Bazoum, mettant fin à une expérience démocratique rare dans la région. Cette prise de pouvoir a provoqué une crise majeure au sein de la CEDEAO, qui a menacé d’une intervention militaire si Bazoum n’était pas rétabli. Le Niger s’est alors rapproché du Burkina Faso et du Mali pour former l’Alliance des États du Sahel, en opposition aux pressions extérieures.

Gabon : un changement de régime après une élection contestée

En août 2023, quelques heures après l’annonce de la victoire du président Ali Bongo pour un troisième mandat, des soldats ont annoncé la prise de pouvoir, annulant l’élection et dissolvant les institutions. Brice Oligui Nguema, cousin de Bongo, a pris la tête de l’État et a été élu président en avril 2025. Cette transition a marqué la fin de 14 ans de règne de la famille Bongo.

Madagascar : une crise sociale à l’origine d’une prise de pouvoir

En octobre 2025, des manifestations massives ont éclaté à Madagascar en raison de pénuries d’eau et d’électricité chroniques. Face à la pression populaire, le président Andry Rajoelina a dissous son gouvernement, mais a refusé de démissionner. Cette situation a conduit à une intervention militaire, bien que les détails restent flous.

Guinée-Bissau : un coup d’État dans un contexte électoral tendu

En novembre 2025, des soldats ont pris le contrôle des institutions en Guinée-Bissau, quelques jours après une élection présidentielle controversée. Le président sortant Umaro Sissoco Embaló, dont la victoire est contestée par l’opposition et par Fernando Dias, a fui vers le Sénégal. La junte militaire nouvellement formée a procédé à des nominations controversées, renforçant son emprise sur le pouvoir.

Bénin : une tentative de coup d’État rapidement maîtrisée

En décembre 2025, moins de deux semaines après le coup d’État en Guinée-Bissau, des soldats béninois ont tenté une prise de pouvoir similaire. Un groupe se présentant comme le Comité militaire pour la refondation a annoncé la destitution du président Patrice Talon et la dissolution des institutions. Cependant, les forces armées ont rapidement repris le contrôle, réaffirmant leur loyauté envers la République. Le lieutenant-colonel Pascal Tigri, chef du comité, a été arrêté peu après.

Analyse des causes : pourquoi cette vague de coups d’État en Afrique ?

Plusieurs facteurs expliquent cette recrudescence des prises de pouvoir militaires en Afrique depuis 2020 :

  • Instabilité politique : des élections contestées, des modifications constitutionnelles pour prolonger des mandats, et une défiance croissante envers les dirigeants ont alimenté le mécontentement populaire.
  • Crise sécuritaire : la montée des groupes armés, notamment dans le Sahel, a affaibli la légitimité des gouvernements incapables d’assurer la sécurité de leurs citoyens.
  • Influence des juntes : des militaires se présentent comme les seuls capables de rétablir l’ordre, gaining le soutien de pans de la population exaspérés par la corruption et l’inefficacité des régimes civils.
  • Pressure régionale et internationale : les organisations comme la CEDEAO tentent d’imposer des sanctions ou des menaces d’intervention, mais leurs actions divisent souvent la région, poussant certains pays à s’allier contre ces pressions.

Cette dynamique illustre les défis majeurs auxquels l’Afrique fait face pour concilier stabilité politique, sécurité et gouvernance démocratique dans un contexte de crises multiples.