11 septembre 2026

Le Reveil Noir

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Crise alimentaire au Tchad : l’urgence d’un suivi des prix sur les marchés

Avec seulement 2 000 francs par jour pour subvenir aux besoins d’une famille de cinq à six personnes au Tchad, soit environ 375 francs par personne, la survie devient un quotidien précaire. Dans les foyers tchadiens, cette somme symbolise une réalité implacable : l’alimentation se réduit progressivement, d’abord aux protéines, puis aux légumes, jusqu’à ne plus offrir qu’un repas minimaliste. L’équilibre nutritionnel s’effondre, et les enfants grandissent dans un environnement où les carences en nutriments essentiels s’installent durablement.

Le sociologue Remadji Ngaba décrit une situation où « le panier de la ménagère est désespérément vide ». Face à cette précarité, les Tchadiens ont développé une résilience psychologique indispensable pour tenir. Sans elle, la tension sociale deviendrait ingérable. Mais cette force mentale ne suffit pas à résoudre la crise structurelle qui frappe le pays.

La femme tchadienne porte le poids le plus lourd de cette cherté de vie. En tant que gestionnaire principale du foyer, elle affronte quotidiennement les hausses de prix sur les marchés. Les plaintes répétées des épouses à leur retour du marché ne sont pas des exagérations, mais le reflet d’une souffrance partagée par toutes les familles. Pourtant, les autorités peinent à instaurer un contrôle efficace et durable des prix. Les mesures ponctuelles, bien que nécessaires, s’avèrent insuffisantes : après chaque intervention, les tarifs reviennent à leur niveau initial, comme si rien n’avait changé.

Une terre fertile, mais des estomacs vides

Le Tchad dispose de 33 millions d’hectares de terres arables sur un territoire de 1 284 000 km². Pourtant, malgré ces ressources naturelles abondantes, le pays peine à nourrir sa population. La cherté de vie ne se limite pas aux centres urbains, où tout s’achète à prix d’or. Les zones rurales, elles aussi, subissent de plein fouet cette crise, avec des conséquences dramatiques pour les paysans et les éleveurs.

Les défis sont multiples : menaces constantes sur les cultures, destruction des champs par le bétail en divagation, et absence de mécanismes judiciaires pour résoudre ces conflits. Sous cette pression, nombreux sont ceux qui abandonnent les campagnes pour rejoindre les villes, malgré les risques que cela comporte. Comme le souligne Remadji Ngaba, « on ne peut pas tous vivre à N’Djamena. Ce n’est pas un environnement sûr. »

Conflits et exode rural : un cercle vicieux

Les tensions entre agriculteurs et éleveurs exacerbent la crise alimentaire. Ces conflits entravent la production locale, qui pourrait pourtant contribuer à stabiliser les prix sur les marchés urbains. « Il est impératif de protéger les agriculteurs et les éleveurs », insiste le sociologue. Sans cette protection, la petite production agricole, essentielle pour réduire les coûts, reste paralysée.

Un SMIG inchangé depuis 2011 face à des prix en hausse constante

Le salaire minimum interprofessionnel garanti (SMIG) au Tchad s’élève à 60 000 francs CFA depuis 2011. Dans le même temps, les prix des denrées de base ont doublé, voire triplé. À N’Djamena, une chambre décente coûte entre 20 000 et 25 000 francs, et les charges (électricité, eau, etc.) absorbent l’essentiel des revenus. Résultat : les familles peinent à joindre les deux bouts, et la qualité de vie se dégrade inexorablement.

Les solutions proposées par Remadji Ngaba

Pour remédier à cette situation, le sociologue formule des propositions concrètes et urgentes. Il plaide pour :

  • La subvention des projets agricoles : soutenir financièrement les petits producteurs pour relancer l’autosuffisance alimentaire.
  • La valorisation des ressources en eau : optimiser l’accès à l’eau pour les cultures et les élevages, afin de booster la production.
  • Un suivi régulier des prix sur les marchés : mettre en place un système de surveillance transparent pour éviter les abus et les fluctuations brutales.

Remadji Ngaba adresse un message sans équivoque aux dirigeants : « Ils ont faim aussi, ils doivent agir davantage. Nous voyageons, ils voyagent. Ils voient comment d’autres pays améliorent le quotidien de leur peuple. » L’heure n’est plus aux discours, mais à des actions tangibles pour sortir le Tchad de cette crise alimentaire et sociale.