17 mai 2026

Le Reveil Noir

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Crise du carburant au Mali : impact dévastateur sur l’aide humanitaire

crise du carburant au Mali : impact dévastateur sur l’aide humanitaire

Une pénurie de carburant aggravée par un blocus djihadiste sur les axes routiers clés du Mali aggrave la crise humanitaire dans le pays. Cette situation perturbe la vie des populations locales et paralyse les missions de l’ONU, dans un contexte déjà marqué par la famine et l’insécurité.

D’après OCHA, le manque de carburant ralentit considérablement les interventions humanitaires au Mali, notamment dans les régions de Ségou, San, Koutiala, Mopti et Bandiagara. Ces territoires, vitales pour la logistique, relient Bamako au nord du pays, où l’insécurité est omniprésente.

Plusieurs organisations humanitaires ont dû réduire leurs déplacements, limitant leurs cliniques mobiles à un rayon de dix kilomètres autour de leurs bases. Les braquages, contrôles irréguliers et restrictions de mouvement ont contraint certaines équipes à suspendre temporairement leurs activités.

Depuis septembre, le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (GSIM), lié à Al-Qaïda, bloque les livraisons de carburant en provenance du Sénégal et de la Côte d’Ivoire. Ces deux pays sont les principaux points d’entrée des importations au Mali, un pays enclavé. Résultat : le blocus touche désormais Bamako et la majorité des régions, aggravant une crise énergétique et alimentaire déjà critique.

Léré : une ville isolée sous blocus

Dans le nord-ouest du Mali, plus précisément dans la région de Tombouctou, la ville de Léré, située près de la frontière avec la Mauritanie, subit un blocus depuis le 27 octobre, imposé par des groupes armés. Cette mesure a provoqué des déplacements massifs de populations vers des zones plus sûres.

Selon OCHA, « hormis les acteurs humanitaires déjà sur place, aucun autre intervenant ne peut accéder à la localité ». Le dernier rapport sur l’accès humanitaire au Mali recense une hausse de 13 % des incidents en octobre par rapport à septembre, avec 50 cas signalés. Les engins explosifs représentent la principale menace, suivis de trois attaques directes contre des humanitaires et neuf enlèvements, principalement dans les régions de Ségou et de Gao.

À Douentza, deux agents humanitaires sont décédés dans le naufrage d’une embarcation sur le fleuve Niger, près du village de Kagnimé. OCHA souligne que « ces violences compromettent la sécurité du personnel et freinent les opérations » dans un contexte où « les contraintes logistiques, notamment liées au carburant, aggravent l’accès aux populations vulnérables ».

Un contexte politique et sécuritaire dégradé

Cette crise humanitaire s’inscrit dans un climat politique tendu. Depuis le coup d’État de 2020, mené par le général Assimi Goïta, le pays est dirigé par une junte. Les élections présidentielles ont été suspendues indéfiniment, et en mai 2025, tous les partis politiques ont été dissous. Une loi adoptée en juillet permet désormais au chef de l’État de prolonger son mandat « autant que nécessaire » jusqu’à la « pacification » du pays.

Le haut-commissaire aux droits de l’homme de l’ONU, Volker Türk, a dénoncé une « fermeture définitive de la voie démocratique » au Mali. Il a également pointé du doigt l’instrumentalisation des lois pour réprimer toute forme de dissidence. Les arrestations d’opposants, comme celle de l’ancien Premier ministre Moussa Mara en août, condamné pour « atteinte à la crédibilité de l’État », se multiplient.

Parallèlement, les violences armées s’intensifient. Les groupes djihadistes du GSIM et de la branche locale de Daech multiplient les attaques dans le centre et le nord du pays, notamment aux frontières du Burkina Faso et du Niger. Depuis avril, Volker Türk a recensé « des centaines d’exécutions sommaires, d’arrestations arbitraires, de disparitions forcées et d’enlèvements » perpétrés par toutes les parties au conflit.

Dans ce contexte, près de 6,4 millions de Maliens ont besoin d’assistance humanitaire, dont 3,5 millions d’enfants. Le pays compte également plus de 400 000 déplacés internes et 335 000 réfugiés dans les pays voisins. Le Mali figure parmi les six pays les plus touchés par l’insécurité alimentaire au monde, aux côtés de Haïti, de la Palestine, du Soudan du Sud, du Soudan et du Yémen. La situation continue de se dégrader, notamment en raison du désengagement progressif de la communauté internationale.

10-10-2025-UNHCR-Mali (AZnOYRS7AfQPIoujwTaC)

Afflux massif de réfugiés burkinabés à la frontière

Dans le cercle de Koro, situé à la frontière avec le Burkina Faso, l’arrivée de près de 50 000 réfugiés burkinabés depuis avril double la population locale vulnérable. Cette situation exerce une pression extrême sur les ressources locales.

Pour y répondre, le Haut-Commissariat pour les réfugiés (HCR) a ouvert un bureau à Koro le 16 octobre, afin d’améliorer la coordination et accélérer les interventions humanitaires. Au total, le Mali accueille désormais plus de 150 000 réfugiés en provenance du Burkina Faso et du Niger, fuyant à la fois les attaques djihadistes et les opérations militaires menées contre les groupes armés.