17 mai 2026

Le Reveil Noir

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Détention illégale de l’ex-président nigérien Bazoum : deux ans de violations

Un ancien dirigeant maintenu en captivité depuis le coup d’État de 2023

Le Niger est aujourd’hui confronté à une crise majeure des droits humains après que l’ex-président Mohamed Bazoum et son épouse, Hadiza Bazoum, sont toujours détenus arbitrairement par la junte militaire au pouvoir. Leur détention, qui dure depuis deux ans, s’inscrit dans un contexte de violation systématique des libertés fondamentales et de rejet des normes démocratiques.

Un procès politique en préparation malgré les condamnations internationales

Le 26 juillet 2023, la junte militaire dirigée par le général Abdourahamane Tiani a renversé le gouvernement démocratiquement élu de Mohamed Bazoum. Depuis, l’ancien président et son épouse sont retenus au palais présidentiel de Niamey, sans accès à leur famille ni à une assistance juridique. En 2024, la junte a levé son immunité présidentielle, ouvrant la voie à des poursuites judiciaires pour « haute trahison » et « atteinte à la sûreté de l’État ».

En août 2023, les autorités ont annoncé leur intention de juger Mohamed Bazoum pour ces chefs d’accusation, mais aucune audience préliminaire n’a encore eu lieu. Cette procédure, entachée d’irrégularités, a été dénoncée par de nombreux observateurs internationaux comme un procès politique dénué de fondement juridique.

Les institutions africaines et onusiennes exigent sa libération

Face à cette situation, la Cour de justice de la CEDEAO a rendu un verdict sans équivoque en décembre 2023 : la détention de Mohamed Bazoum est arbitraire et doit cesser immédiatement. Malgré cette décision, la junte a persisté dans sa démarche, allant jusqu’à organiser une procédure judiciaire controversée pour lever son immunité.

En février 2025, le Groupe de travail des Nations Unies sur la détention arbitraire a qualifié la détention du couple de violation grave du droit international et a réclamé leur libération immédiate. Pourtant, Mohamed Bazoum reste privé de ses droits les plus élémentaires, y compris celui de consulter ses avocats ou de communiquer avec ses proches.

Une junte militaire qui étouffe la démocratie au Niger

Les agissements de la junte ne se limitent pas à la détention de l’ex-président. Depuis le coup d’État, les autorités nigériennes ont multiplié les mesures répressives : censure des médias, répression de l’opposition et restriction des libertés. Ces actions visent clairement à consolider le pouvoir militaire et à retarder toute transition vers un régime civil.

Les experts en droits humains soulignent que cette stratégie met en péril les perspectives de retour à la démocratie au Niger et envoie un signal alarmant à l’ensemble de la région Sahel. Ilaria Allegrozzi, spécialiste du Sahel à Human Rights Watch, a déclaré : « La junte nigérienne ignore délibérément l’État de droit en maintenant l’ex-président en détention sans inculpation valable. Chaque jour qui passe éloigne un peu plus le Niger de la voie démocratique. »

Reed Brody, membre du collectif d’avocats défendant Mohamed Bazoum, a ajouté : « La détention de l’ancien président depuis deux ans est une cruauté inacceptable. Malgré les condamnations répétées des instances internationales, la junte persiste dans son arbitraire. »

Que faire pour mettre fin à cette crise ?

Face à cette situation, plusieurs pistes sont envisagées pour faire pression sur la junte nigérienne :

  • Sanctions internationales ciblées contre les responsables de la détention arbitraire ;
  • Mobilisation accrue de la CEDEAO et des organisations régionales pour exiger le respect des décisions judiciaires ;
  • Renforcement des mécanismes de protection des droits humains par l’ONU et ses partenaires ;
  • Sensibilisation de l’opinion publique internationale pour maintenir la pression médiatique et diplomatique.

La libération de Mohamed Bazoum et de son épouse constitue un impératif moral et juridique. Leur détention prolongée sans jugement valable ne peut que saper la crédibilité de la junte et aggraver l’isolement du Niger sur la scène internationale.