Du 12 au 17 juillet 2026, Freetown a accueilli une semaine diplomatique intense en prévision du 69e sommet des chefs d’État de la CEDEAO. La Côte d’Ivoire, représentée par Nialé Kaba, Ministre d’État chargée des Affaires étrangères et de la Coopération internationale, y a marqué sa présence au plus haut niveau. Elle était accompagnée d’Adama Dosso, Ministre délégué à l’Intégration africaine et aux Ivoiriens de l’Extérieur, pour défendre les positions d’Abidjan lors de cette 96e session ordinaire du Conseil des ministres.
Freetown, épicentre des échanges diplomatiques ouest-africains
La capitale sierra-léonaise a servi de cadre aux rencontres statutaires de la CEDEAO, s’achevant par une session ministérielle décisive avant le sommet des dirigeants. Timothy Musa Kabba, Ministre sierra-léonais des Affaires étrangères et Président en exercice du Conseil, a réitéré l’engagement de son pays en faveur de la paix, de la sécurité régionale et du renforcement démocratique. Dès l’ouverture, Omar Alieu Touray, Président de la Commission de la CEDEAO, a insisté sur l’impérieuse nécessité d’une solidarité régionale renforcée face aux défis sécuritaires, politiques et humanitaires qui pèsent sur l’Afrique de l’Ouest.
Abidjan dévoile ses priorités lors des discussions ministérielles
La délégation ivoirienne est venue avec un agenda ambitieux. Parmi les points phares défendus par Nialé Kaba : la consolidation de la paix, l’approfondissement de l’intégration économique, la digitalisation des services régionaux et, surtout, la restitution des biens culturels africains. Ce dernier dossier, porté depuis longtemps par la Côte d’Ivoire, s’inscrit dans une dynamique plus large de réappropriation du patrimoine africain, également portée au sein de l’UNESCO.
Une réunion conjointe entre le Conseil des ministres et le Conseil de médiation et de sécurité a par ailleurs permis d’aborder le « Pacte pour l’avenir de l’intégration régionale en Afrique de l’Ouest ». Ce texte vise à rétablir la confiance entre les populations et les institutions, une priorité cruciale après des années de tensions politiques dans la sous-région.
Des dossiers sensibles sous les projecteurs
Les échanges ont porté sur des enjeux majeurs : la stabilité politique et sécuritaire dans la zone, l’opérationnalisation de la Force en attente de la CEDEAO, les crises humanitaires et les systèmes d’alerte précoce. Cette force, conçue pour permettre à l’organisation d’intervenir rapidement en cas de crise, peine à devenir pleinement opérationnelle, comme en témoignent les crises successives au Sahel. La question des déplacements massifs de populations, conséquence directe des conflits armés, a également été mise à l’ordre du jour.
Un contexte ouest-africain en pleine mutation
La CEDEAO traverse une période charnière depuis 2021, marquée par une série de coups d’État au Mali, au Burkina Faso et au Niger. Ces trois pays ont annoncé leur retrait de l’organisation en 2024 pour former l’Alliance des États du Sahel (AES), remettant en cause l’architecture traditionnelle de l’intégration régionale que la CEDEAO défend depuis près de cinq décennies.
Dans ce paysage fragmenté, la Côte d’Ivoire se positionne comme un acteur clé de la stabilité. En tant que première économie de l’UEMOA et quatrième économie subsaharienne, Abidjan joue un rôle central dans les échanges commerciaux et financiers de la sous-région. Son influence est renforcée par l’importance de sa diaspora, composée en grande partie de ressortissants des pays voisins, ce qui en fait un partenaire incontournable pour toute initiative d’intégration régionale. La présence de Nialé Kaba à Freetown illustre cette volonté de leadership assumé au sein de l’organisation.
Préparer le terrain pour le sommet des chefs d’État
Les conclusions adoptées lors du Conseil des ministres du 17 juillet serviront de base aux discussions du sommet des chefs d’État prévu le 19 juillet à Lungi. Nialé Kaba et Adama Dosso repartent avec pour mission de défendre une vision d’intégration régionale que la Côte d’Ivoire entend incarner de l’intérieur, malgré les défis actuels.