6 mai 2026

Droits humains au Mali : restrictions et violences en 2025

situation des droits humains au Mali en 2025 : un bilan alarmant

En 2025, le Mali fait face à une détérioration marquée des droits humains, notamment la liberté d’expression, la liberté de réunion pacifique et la liberté d’association. Les autorités maliennes, ainsi que des groupes armés et des alliés internationaux, sont accusés de graves violations : arrestations arbitraires, disparitions forcées, tortures et exécutions extrajudiciaires. Ces actes ciblent aussi bien les opposants politiques que les membres de la société civile, plongeant le pays dans une crise humanitaire et sécuritaire sans précédent.

Les forces gouvernementales, leurs partenaires et les groupes armés multiplient les homicides illégaux contre des civils, tandis que des blocus imposés dans plusieurs villes aggravent la situation. Par ailleurs, 2 036 écoles sont fermées, privant plus de 618 000 enfants de leur droit à l’éducation, notamment dans la région de Kidal où le taux de déscolarisation atteint 63 %.

contexte politique et sécuritaire au Mali

La situation au Mali en 2025 est marquée par un contexte politique instable. Après l’échec d’un processus de paix boycotté par les partis politiques, la société civile et certains groupes armés, les autorités ont adopté en février la Charte nationale pour la paix et la réconciliation. En avril, la transition politique, initiée après le coup d’État de 2020, a été prolongée de cinq ans, prolongeant ainsi l’incertitude institutionnelle.

En juin, le groupe Wagner a été remplacé par l’Africa Corps, une structure placée sous l’égide du ministère russe de la Défense, dans le cadre d’un partenariat sécuritaire avec le Mali. En août, les autorités ont annoncé avoir déjoué un coup d’État militaire, conduisant à l’arrestation de plusieurs officiers et d’un diplomate français, également lié aux services de renseignement de son pays. Parallèlement, le Mali a annoncé son intention de se retirer de la Cour pénale internationale (CPI).

répression des libertés fondamentales

Les autorités maliennes ont renforcé leur contrôle sur les libertés fondamentales en dissolvant tous les partis politiques, une mesure symbolisant la répression continue des droits à l’expression, à la réunion pacifique et à l’association. Les manifestations organisées en avril et mai contre cette décision ont été violemment réprimées par les forces de sécurité à Bamako.

disparitions forcées et arrestations arbitraires

Les forces de sécurité et les groupes armés sont responsables de multiples disparitions forcées. Parmi les cas les plus médiatisés :

  • Alou Badra Sacko, coordonnateur de l’Appel du 20 février et président du mouvement Touche pas à mon argent, a été enlevé le 14 mars à Bamako après avoir critiqué les taxes sur les transactions mobiles. Libéré le 24 mai, il avait passé deux mois dans un lieu tenu secret.

  • El Bachir Thiam, dirigeant du parti Yelema, a été enlevé le 8 mai avant d’être libéré le 26 septembre sous la pression internationale. Il s’était opposé à la dissolution des partis politiques et à la prolongation de la transition.

  • Alhassane Abba, secrétaire général du parti Convergence pour le développement du Mali, a été enlevé le 8 mai par des hommes armés se faisant passer pour des gendarmes. Libéré le 5 juin sans poursuites, il avait été détenu illégalement.

Les arrestations arbitraires se multiplient également. Moulaye Baba Haïdara, Mahamoud Mohamed Mangane et Amadou Togola, militants politiques, ont été détenus depuis 2023 pour des chefs d’accusation liés à la sûreté de l’État. Torturés en détention, ils attendent toujours leur procès. Clément Dembele, militant anticorruption, reste emprisonné malgré un jugement en sa faveur ordonnant sa libération en avril 2025.

En août, Moussa Mara, ancien Premier ministre, a été arrêté pour avoir publié sur X des propos dénonçant la détention de militants. Condamné en octobre à un an de prison pour atteinte au crédit de l’État et opposition à l’autorité légitime, il incarne la répression ciblant les voix dissidentes.

exactions des groupes armés : une menace persistante

Les groupes armés, tels que l’État islamique au Sahel (EIS) et le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (GSIM), continuent de perpétrer des violences contre les civils. Voici les principales exactions recensées :

  • En février, 34 civils ont été tués dans une attaque de l’EIS contre un convoi près de Gao.

  • Sidi Barka, dirigeant de la société civile, a été enlevé en mai à Ménaka. Son corps a été retrouvé en août, signe des exactions commises par l’EIS.

  • Ousmane Kampo, maire de Konna, a été enlevé en mai par le GSIM avant d’être libéré en octobre.

  • En août, des membres de la katiba du Macina ont attaqué Farabougou, causant des morts parmi les civils et déclenchant un exode massif. Le maire de Dogofry, Modibo Kimbiri, et son chauffeur ont été tués par des chasseurs traditionnels.

  • Le 6 novembre, Mariam Cissé, figure influente sur les réseaux sociaux, a été enlevée puis exécutée publiquement à Tonka.

violations du droit international humanitaire par l’armée et ses alliés

L’armée malienne et ses partenaires, dont l’Africa Corps, sont accusés de graves violations du droit international humanitaire, incluant des tortures et des exécutions extrajudiciaires.

Parmi les cas documentés :

  • Le 16 mars, une frappe de drone des Forces armées maliennes (FAMa) a tué 10 civils à Ejdeïr lors d’un marché.

  • En avril, une centaine d’hommes, majoritairement issus de la communauté peule, ont été arrêtés lors d’un raid à Sebabougou. Une soixantaine d’entre eux ont été torturés et exécutés extrajudiciairement au camp de Kwala. Leurs corps ont été retrouvés une semaine plus tard.

  • En mai, une dizaine de militaires et miliciens dozos ont exécuté entre 23 et 27 hommes à Diafarabé. Leurs corps ont été enterrés dans des fosses communes. Malgré les promesses d’enquête, aucune information n’a été rendue publique.

impact sur les droits économiques et sociaux

Les groupes armés, notamment le GSIM, imposent des blocus autour de plusieurs villes, privant les populations de leurs droits fondamentaux. En juillet, le groupe a annoncé un blocus autour de Kayes et Nioro du Sahel, ciblant les camions-citernes en provenance du Sénégal et de la Côte d’Ivoire.

crise de l’éducation : un secteur en déclin

La crise de l’éducation s’aggrave au Mali. En juin 2025, 2 036 écoles étaient fermées, contre 1 984 en juin 2024, privant 618 000 enfants de leur droit à l’éducation. La région de Kidal est particulièrement touchée, avec un taux de déscolarisation de 63 %.