Une propagation alarmante du virus Bundibugyo dans les provinces du Nord-Kivu et de l’Ituri
L’épidémie d’Ebola en République démocratique du Congo (RDC) ne faiblit pas. Selon les dernières données officielles, elle s’étend désormais à un rythme inédit, devenant la deuxième plus meurtrière jamais enregistrée dans le pays. Depuis son apparition le 15 mai, ce sont plus de 1 850 personnes qui ont succombé à cette maladie, parmi près de 4 000 cas confirmés. Le taux de mortalité dépasse les 40 %, un chiffre particulièrement inquiétant pour cette souche rare, le Bundibugyo.
Les autorités sanitaires soulignent l’urgence de la situation : le nombre de victimes de cette épidémie dépasse déjà de cinq fois celui enregistré lors des précédentes flambées de cette souche en Afrique. En 2018, il avait fallu plus de dix mois pour atteindre un bilan similaire. Aujourd’hui, malgré les efforts déployés, l’épidémie continue de progresser sans signe de ralentissement.
Des conditions sécuritaires et humanitaires extrêmement dégradées
Plusieurs éléments expliquent cette situation critique. D’abord, l’est de la RDC, où l’épidémie sévit principalement, est une région marquée par une insécurité chronique. Les provinces du Nord-Kivu et de l’Ituri, épicentres de la maladie, sont régulièrement secouées par des violences perpétrées par des groupes armés, dont les ADF originaires d’Ouganda, ainsi que par des milices locales. Ces conflits, souvent liés au contrôle des ressources naturelles, ont provoqué le déplacement de millions de personnes, créant une crise humanitaire majeure.
Les conditions de vie précaires, l’accès limité aux soins et l’impossibilité de mettre en place une surveillance épidémiologique efficace ont permis au virus de circuler sans être détecté rapidement. À Bunia, principal foyer de l’épidémie, 90 % des patients admis n’étaient pas des contacts suivis, illustrant les lacunes du dispositif de traçage. Selon l’Africa CDC, seulement 13 % des contacts à identifier l’ont été, alors que chaque cas confirmé en zone urbaine devrait en concerner environ 40.
Autre signe de l’ampleur du défi : 60 % des décès surviennent en dehors des centres de santé, souvent au sein des communautés, faute de structures médicales accessibles ou par méfiance envers les équipes sanitaires.
Des traitements et vaccins encore en phase d’essai
Face à cette menace, des initiatives sont en cours pour limiter la propagation du virus. Un premier essai clinique d’un vaccin contre le Bundibugyo a débuté ce mois-ci à l’université d’Oxford, avec l’inclusion de 50 volontaires pour évaluer sa sécurité. Parallèlement, la Coalition for Epidemic Preparedness Innovations (CEPI) finance le développement d’un autre vaccin par le laboratoire singapourien Hilleman Laboratories, dans l’espoir de produire rapidement des doses adaptées à la situation en RDC.
En attendant, l’Africa CDC a décidé de vacciner massivement les populations exposées avec le vaccin contre la souche Zaïre d’Ebola. Bien que différent du Bundibugyo, ce vaccin a montré une efficacité partielle : les patients vaccinés ne développent que des symptômes légers et ne décèdent pas. Plus de 40 patients participent également à un essai combinant plusieurs traitements, dans l’espoir d’améliorer les chances de survie.
Jean Kaseya, directeur général de l’Africa CDC, a annoncé vouloir étendre l’utilisation du remdesivir, un antiviral, en RDC. Cette stratégie a déjà permis à l’Ouganda voisin de contenir une épidémie similaire, avec un taux de mortalité réduit à 10 %. Les projections des autorités sanitaires internationales laissent craindre que cette flambée dépasse en ampleur celle d’Afrique de l’Ouest entre 2014 et 2016, qui avait causé plus de 11 000 morts.
Une aide internationale qui arrive tardivement
Un autre obstacle majeur à la lutte contre l’épidémie réside dans l’insuffisance et le retard des financements internationaux. Début 2025, l’administration américaine avait suspendu les aides sanitaires et médicales allouées à la RDC depuis des décennies, fragilisant gravement le système de santé congolais. Ce n’est que le 5 août que le département d’État américain a annoncé une nouvelle enveloppe de 242 millions de dollars, portant l’aide totale à 512 millions pour combattre Ebola.
Cette somme, bien que significative, reste inférieure aux budgets précédemment alloués par les États-Unis dans le cadre de crises sanitaires similaires. Les États-Unis restent le premier contributeur à la réponse contre Ebola, devant l’Union européenne. Malgré ces fonds, l’OMS et l’Africa CDC estiment que 518 millions de dollars sont nécessaires pour les six premiers mois de lutte contre l’épidémie, un montant encore loin d’être atteint.
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