Au Burkina Faso, l’initiative Faso Mêbo suscite des remous dans l’opinion publique après avoir permis de collecter plus de 261 millions de francs CFA depuis son lancement. Alors que les autorités saluent cet élan de solidarité, une interrogation majeure émerge : s’agit-il d’un geste patriotique authentique ou d’une méthode détournée pour combler des manquements budgétaires ?
Un civisme fiscal déjà éprouvé
Les contribuables burkinabè accomplissent déjà leur devoir civique en s’acquittant des impôts et taxes, malgré un contexte économique difficile marqué par l’inflation et l’insécurité. Ces prélèvements, obligatoires et réguliers, financent les services publics essentiels comme la sécurité, les infrastructures et les programmes sociaux. Pourtant, l’émergence de collectes volontaires comme Faso Mêbo interroge : pourquoi demander aux citoyens de contribuer une seconde fois pour des besoins déjà couverts par l’impôt ?
Le piège du volontariat patriotique
Pour certains observateurs, cette initiative relève davantage d’une arnaque morale qu’un acte de générosité. En exploitant la fibre patriotique, elle masque potentiellement des défaillances dans la gestion des ressources publiques. Imaginer que les fonds collectés serviront à des objectifs distincts de ceux financés par l’impôt revient à instaurer une double imposition, déguisée sous les atours d’une mobilisation citoyenne.
Transparence et équité : les clés d’un financement durable
La patience des Burkinabè, bien que remarquable, a des limites. Plutôt que de multiplier les levées de fonds parallèles, une solution plus durable consisterait à renforcer la transparence et l’efficacité de l’utilisation des impôts existants. Une gestion rigoureuse des deniers publics permettrait d’éviter de solliciter indéfiniment une population déjà éprouvée par les charges fiscales.
Le développement d’un pays ne se construit pas sur des campagnes de collecte répétées, mais sur une gestion responsable des contributions obligatoires. Il est temps que l’État mise sur ses ressources internes plutôt que de compter sur des initiatives qui brouillent les frontières entre devoir civique et solidarité forcée.
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