11 mai 2026

Venance konan analyse les dérives modernes du panafricanisme

Venance Konan analyse les dérives du panafricanisme contemporain

Kémi Séba lors de son audience à Johannesburg

Kémi Séba lors de son audience à Johannesburg, Afrique du Sud.

Alors que la justice sud-africaine s’apprête à rendre une décision concernant le sort de Kémi Séba, l’activiste panafricaniste arrêté en avril 2026 en tentant de rejoindre le Zimbabwe, Venance Konan interroge la pertinence de ce mouvement aujourd’hui. Avec plus d’1,5 million d’abonnés sur les réseaux sociaux, Kémi Séba incarne-t-il vraiment l’essence du panafricanisme ou en est-il une déformation moderne ? Une réflexion s’impose sur l’évolution de cette idéologie.

Kémi Séba, de son vrai nom Stellio Gilles Robert Capo Chichi, possède la double nationalité béninoise et nigérienne. Arrêté en compagnie de son fils de 18 ans et d’un militant sud-africain d’extrême droite nostalgique de l’apartheid, François Van der Merwe, il tentait visiblement de rejoindre l’Europe via le Zimbabwe. Poursuivi au Bénin pour « apologie de crimes contre la sûreté de l’État et incitation à la rébellion », il est désormais sous le coup d’un mandat d’arrêt international après avoir diffusé une vidéo soutenant le putsch manqué de décembre 2025 au Bénin.

Kémi Séba, président de l’ONG « Urgences panafricanistes », est surtout connu pour son activisme radical anti-français, son opposition farouche au franc CFA et ses prises de position antisémites. Ces dernières lui ont valu la perte de sa nationalité française, acquise à sa naissance. Son arrestation révèle des alliances pour le moins surprenantes, notamment avec des suprémacistes blancs, remettant en question la cohérence de son engagement panafricaniste.

L’alliance controversée entre panafricanistes et propagandistes russe

Kémi Séba partage la scène médiatique avec deux autres figures majeures du panafricanisme francophone : Franklin Nyamsi et Nathalie Yamb. Ces trois personnalités, parmi les plus influentes sur les réseaux sociaux, mènent un combat acharné contre la présence française en Afrique. Pourtant, elles se distinguent également par leur soutien inconditionnel à la Russie et aux dictateurs de l’Alliance des États du Sahel (AES), composée du Mali, du Burkina Faso et du Niger.

Cette nouvelle forme de panafricanisme, qui combat l’Occident au profit d’une autre domination, interroge : s’agit-il encore d’émancipation ou simplement d’un changement de maître ? Les exactions commises par les groupes armés liés à la Russie dans le Sahel ne devraient-elles pas inspirer une plus grande prudence ?

Le panafricanisme : des origines anticoloniales aux dérives contemporaines

Né au début du XXe siècle dans les milieux intellectuels noirs américains et caribéens, le panafricanisme est avant tout un mouvement d’émancipation collective. Il a inspiré les luttes anticoloniales et donné naissance à des figures emblématiques comme Kwame Nkrumah au Ghana, Sékou Touré en Guinée ou encore Patrice Lumumba au Congo.

L’Organisation de l’unité africaine (OUA), créée en 1963, incarnait cette volonté d’unité continentale. Pourtant, après les indépendances, les micro-nationalismes ont pris le dessus, fragmentant un continent déjà fragilisé par des conflits internes et des sécessions (Érythrée, Soudan, Biafra). L’Union africaine, née en 2002 de la transformation de l’OUA, peine à concrétiser les ambitions panafricanistes, malgré la création du NEPAD en 2001, aujourd’hui largement oublié.

Panafricanisme et nationalismes : une réalité contrastée

Aujourd’hui, le panafricanisme est souvent brandi comme un étendard politique. Pourtant, dans les faits, les pays africains peinent à dépasser leurs divisions. Les conflits persistent dans la Corne de l’Afrique, au Soudan ou dans les Grands Lacs, tandis que d’autres régions, comme l’Afrique de l’Ouest, voient s’affronter les pays du Sahel et ceux de la CEDEAO. Paradoxalement, certains pays adoptent des politiques xénophobes envers leurs voisins africains, comme en Afrique du Sud.

Des figures politiques se revendiquent panafricanistes pour mieux servir leurs intérêts. Laurent Gbagbo en Côte d’Ivoire a fondé le Parti des peuples africains-Côte d’Ivoire (PPA-CI), tandis que le parti au pouvoir au Sénégal, le PASTEF, se présente comme panafricaniste. Cependant, ces engagements restent souvent théoriques, sans traduction concrète dans les politiques régionales.

Panafricanisme authentique ou instrumentalisation politique ?

Selon Venance Konan, Kémi Séba, Franklin Nyamsi et Nathalie Yamb incarnent une version dévoyée du panafricanisme. Bien qu’ils soient les plus visibles sur les réseaux sociaux, leurs discours soulèvent des questions éthiques : où est l’émancipation lorsque l’on se place sous la coupe de la Russie ? Où est la dignité africaine lorsque l’on soutient des régimes autoritaires qui répriment leur population ?

Une conversation piratée et diffusée sur les réseaux sociaux suggère même que certains de ces « panafricanistes » seraient désormais à la solde de Faure Gnassingbé, président du Togo. Kémi Séba, lui-même déchu de sa nationalité française, regretterait par ailleurs cette perte. Pour Konan, ce panafricanisme-là n’est qu’une coquille vide, une escroquerie idéologique.

Face aux défis géopolitiques actuels, l’Afrique doit impérativement se rassembler pour survivre. Le panafricanisme authentique, fondé sur l’unité et la coopération, reste plus que jamais une nécessité. Mais il est urgent de distinguer les discours authentiques des manipulations politiques qui ne servent que des intérêts particuliers.