9 juin 2026

Le Reveil Noir

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Gabon : comment la science booste l’autonomie alimentaire du pays

Gabon : comment la science booste l’autonomie alimentaire du pays

Libreville — Le Gabon mise sur l’innovation scientifique pour briser sa dépendance aux importations alimentaires. Une révolution en marche, pilotée depuis les laboratoires du Centre national de la recherche scientifique et technologique (CENAREST) à Kougouleu.

Alors que le pays ambitionne de réduire drastiquement les importations de poulets de chair d’ici 2027, la solution se construit désormais dans les champs expérimentaux. Une stratégie qui transforme la recherche en levier de souveraineté économique, loin des traditionnels débats sur les ports ou les marchés.

Le ministre de l’Enseignement supérieur, de la Recherche scientifique et porte-parole du gouvernement, Charles Edgar Mombo, a récemment visité ces installations stratégiques. L’occasion de constater comment la science devient un outil concret pour sécuriser l’avenir alimentaire du pays.

la recherche, nouveau moteur de l’économie gabonaise

Avec un budget alimentaire extérieur encore très dépendant des importations, le Gabon a identifié un défi majeur : produire localement les intrants nécessaires à son élevage. Le maïs et le soja, piliers de l’alimentation avicole, concentrent une grande partie des efforts.

Les chercheurs du CENAREST mènent actuellement des programmes d’expérimentation sur onze variétés de maïs, sélectionnées pour leur adaptation aux sols et climats gabonais. L’objectif ? Maximiser les rendements tout en garantissant une production durable pour une filière avicole en plein essor.

Des essais similaires sont menés sur onze variétés de soja, en collaboration avec des centres de recherche du Malawi. Ces expérimentations s’étendent même à la province de la Nyanga, notamment à Tchibanga, pour évaluer les performances dans différents écosystèmes locaux.

Cette approche marque un tournant : la recherche n’est plus un domaine abstrait, mais un acteur clé du développement national.

vers une filière avicole 100% gabonaise

La stratégie gouvernementale repose sur une logique implacable : réduire les coûts de production en produisant localement les intrants, tout en renforçant la compétitivité des éleveurs locaux. Une démarche alignée sur les ambitions de plusieurs pays africains, confrontés à l’explosion de leur facture alimentaire.

Le Gabon dispose d’atouts majeurs : des terres fertiles, des ressources en eau abondantes et un climat favorable à de nombreuses cultures. Pour Charles Edgar Mombo, ces atouts commencent déjà à porter leurs fruits. Le ministre a salué l’engagement des chercheurs et confirmé le rôle central du système national d’enseignement supérieur dans la mise en œuvre des priorités présidentielles.

Cette vision dépasse le simple cadre agricole. Elle s’inscrit dans une logique politique : la science doit désormais servir directement les priorités nationales, comme l’a rappelé le chef de l’État.

les défis d’une souveraineté alimentaire à construire

Malgré les avancées, des obstacles persistent. Les chercheurs soulignent notamment la nécessité d’étendre les surfaces expérimentales pour améliorer la qualité des essais et augmenter les volumes de production. Le passage de l’expérimentation à la production industrielle reste un cap difficile à franchir.

Les besoins en investissements restent colossaux : modernisation des infrastructures, accès au financement pour les producteurs, organisation des chaînes de valeur… Pourtant, pour la première fois depuis des années, le Gabon semble tracer une voie cohérente, reliant recherche, agriculture et autonomie économique.

La visite ministérielle à Kougouleu incarne ce changement de paradigme. Dans cette nouvelle dynamique, l’indépendance alimentaire ne sera pas seulement le fruit d’investissements ou de décisions politiques. Elle se construira aussi dans les laboratoires, grâce à l’innovation et à la persévérance des scientifiques.

D’ici 2027, si les objectifs sont atteints, le Gabon pourrait offrir un modèle africain où la souveraineté alimentaire se forge autant avec les chercheurs qu’avec les agriculteurs. Une transformation discrète, mais potentiellement décisive pour l’avenir économique du pays.