3 juin 2026

Le Reveil Noir

Actualités et analyses panafricaines pour une Afrique consciente, souveraine et debout.

Gabon : la souveraineté économique au cœur de la stratégie d’oligui nguema

Politique

Gabon : la souveraineté économique au cœur de la stratégie d’Oligui Nguema

Libreville, le mercredi 3 juin 2026 — Dans un entretien marquant depuis la Cité de la Démocratie, le président gabonais Oligui Nguema a exposé sa vision d’une souveraineté économique et politique, trois ans après son arrivée au pouvoir et un an après son élection triomphale. Face à un journaliste international, il a défendu son bilan, ses réformes et ses choix stratégiques pour le Gabon.

Ce face-à-face médiatique, soigneusement orchestré, a permis au chef de l’État d’afficher une ligne politique ambitieuse. Celle-ci repose sur une transformation structurelle du pays, une réduction de la dépendance vis-à-vis des partenaires étrangers et une volonté affirmée de bâtir un Gabon autonome et prospère. Les questions les plus sensibles, qu’elles soient nationales ou internationales, ont été abordées avec franchise et détermination.

Un mandat pensé pour le long terme

Critiqué pour la lenteur de certaines avancées, notamment dans les secteurs essentiels comme l’eau et l’électricité, Oligui Nguema a rappelé que son action s’inscrit dans une vision de sept ans. Les investissements massifs engagés dans les infrastructures énergétiques, estimés à plus de 800 milliards de francs CFA, répondent à une logique de construction progressive et durable.

Pour le président, la patience est une vertu indispensable. Les résultats ne peuvent s’évaluer à l’aune d’une seule année, mais doivent être mesurés sur la durée. Cette approche méthodique vise à ancrer les réformes dans la réalité gabonaise, loin des effets d’annonce éphémères.

La souveraineté économique, pierre angulaire du projet

C’est sur le plan économique que les déclarations d’Oligui Nguema ont marqué les esprits. Concernant les négociations avec le Fonds monétaire international, il a réaffirmé sa détermination à aboutir à un accord, mais uniquement après un audit complet des finances publiques. Cette prudence reflète une volonté de reprendre le contrôle des engagements financiers du Gabon avant toute nouvelle collaboration.

Le secteur minier, pilier de l’économie gabonaise, a également été au cœur des annonces. L’interdiction de l’exportation du manganèse brut à partir de 2029 symbolise une rupture avec le passé. Le Gabon, deuxième producteur mondial de ce minerai, entend désormais le transformer localement pour en tirer une valeur ajoutée maximale. Cette mesure s’adresse directement aux partenaires étrangers, comme le groupe français Eramet, qui devront adapter leurs usines de transformation avant l’échéance fixée.

Cette politique minière audacieuse illustre une volonté de rééquilibrer les relations économiques en faveur du Gabon. L’objectif ? Créer des emplois locaux, renforcer l’industrie nationale et réduire la dépendance aux exportations de matières premières brutes.

Une diplomatie d’équilibre et de pragmatisme

Sur la scène internationale, Oligui Nguema a tenu à montrer que l’affirmation de la souveraineté gabonaise ne rime pas avec isolement. Il a confirmé sa visite d’État en France prévue pour juillet, soulignant la solidité des liens entre Libreville et Paris. La rétrocession du Camp de Gaulle aux autorités gabonaises, actée dans un esprit de partenariat, en est une illustration concrète.

Face à la proposition américaine concernant l’accueil de migrants expulsés des États-Unis, le président gabonais a également réagi avec fermeté. Sans remettre en cause les relations avec Washington, il a clairement indiqué que cette option ne correspondait pas aux intérêts supérieurs du Gabon.

L’après-Bongo : une transition maîtrisée

L’entretien a également permis d’évoquer l’ancien président Ali Bongo Ondimba. Oligui Nguema a abordé avec mesure la question de son état de santé, tout en rappelant que les responsabilités des dérives du régime précédent devaient être recherchées au-delà de sa personne.

Mais c’est surtout sur l’avenir politique du Gabon que ses propos ont retenu l’attention. Dans une région marquée par des pratiques de pouvoir controversées, il a réaffirmé que son nom ne serait pas associé à une dynastie politique. Le principe d’un septennat renouvelable une seule fois reste, selon lui, un engagement intangible. Cette déclaration s’inscrit dans une dynamique plus large de refondation institutionnelle, centrée sur l’alternance démocratique.

Un président sous le feu des attentes

Au-delà des discours, cette intervention médiatique révèle une doctrine politique claire. Elle repose sur cinq piliers : la souveraineté économique, la transformation locale des ressources, le rééquilibrage des partenariats internationaux, des réformes progressives et un engagement ferme en faveur de l’alternance.

Pourtant, le véritable défi réside désormais dans l’exécution. Malgré un capital politique encore solide, les attentes des Gabonais restent immenses. Le temps des promesses est révolu : place à l’action. Un an après son accession à la magistrature suprême, Oligui Nguema a choisi de défendre une ambition simple : rendre au Gabon la maîtrise de son destin. Seul l’avenir permettra de juger si cette vision se concrétise en résultats tangibles et durables.