30 mai 2026

Le Reveil Noir

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La junte du Burkina Faso intensifie la répression médiatique avec l’expulsion de journalistes françaises

Une télévision montre le signal coupé de la chaîne France 24, quelques heures après que le gouvernement militaire du Burkina Faso ait suspendu la chaîne, le 27 mars 2023.
© 2023 Olympia de Maismont/AFP via Getty Images

Les autorités de transition militaires au Burkina Faso ont récemment pris une mesure drastique, ordonnant le départ de deux journalistes françaises de renom. Agnès Faivre, correspondante pour Libération, et Sophie Douce, du quotidien Le Monde, se sont vues contraintes de quitter le pays, marquant un nouvel épisode inquiétant pour la liberté de la presse dans la nation ouest-africaine.

Malgré la possession de visas valides et d’accréditations en bonne et due forme, les deux professionnelles des médias ont été convoquées et interrogées par les services de renseignement nationaux à Ouagadougou, la capitale, le 31 mars. Sans aucune justification officielle fournie, elles ont reçu l’injonction de quitter le territoire burkinabè sous 24 heures, selon les informations partagées par leurs employeurs.

Cette décision a provoqué une vive réaction au sein de la presse française. Libération a qualifié l’expulsion de sa correspondante d’« injustifiée », suggérant un lien direct avec son enquête du 27 mars. Celle-ci portait sur une vidéo troublante, prétendument filmée dans une caserne militaire à Ouahigouya, province de Yatenga, montrant des corps d’enfants aux côtés d’individus en uniforme militaire burkinabè. Le Monde, pour sa part, a dénoncé ces expulsions comme « inacceptables », condamnant avec force cette action jugée « arbitraire » et allant à l’encontre des principes de la liberté d’expression.

L’éloignement de ces deux journalistes s’inscrit dans une série d’attaques grandissantes contre les libertés fondamentales des médias au Burkina Faso. Précédemment, la chaîne d’information internationale française France 24 avait été suspendue le 27 mars, et Radio France Internationale (RFI) le 3 décembre 2022. Le gouvernement burkinabè avait alors justifié ces suspensions par la diffusion présumée de « fausses nouvelles », une accusation fréquemment utilisée pour restreindre l’accès à l’information indépendante.

Daouda Diallo, éminent activiste burkinabè des droits humains et lauréat du prix Martin Ennals 2022, a exprimé son inquiétude : « La junte inflige des dommages irréparables à la liberté d’expression dans ce pays. » Il a insisté sur le fait que « le journalisme n’est pas un crime, et devrait cesser d’être un métier dangereux au Burkina Faso », soulignant les risques croissants pour les professionnels de l’information.

Qu’ils soient locaux ou internationaux, les journalistes et les organes de presse sont confrontés à un climat de plus en plus hostile, marqué par le harcèlement, les menaces et les arrestations arbitraires. Ces actions s’interprètent comme une tentative manifeste de la junte militaire de museler toute voix indépendante ou critique dans le pays, entravant ainsi la diffusion d’informations pluralistes.

Alors que le Burkina Faso est plongé dans un conflit armé complexe avec des groupes islamistes, il est impératif que les journalistes puissent exercer leur profession en toute sécurité, sans craindre de représailles. Il est crucial que les autorités militaires de transition reviennent sur leur décision et autorisent le retour d’Agnès Faivre et Sophie Douce. Plus largement, elles doivent lever les entraves qui pèsent sur le travail essentiel des journalistes, garants d’une information juste et éclairée pour le peuple burkinabè.