17 mai 2026

Le Reveil Noir

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Liberté de la presse en Afrique : RSF et 30 acteurs appellent à cesser les violences au Mali et au Burkina Faso

A streetvendor holds newspapers with the headline on the mutiny in Ouagadougou on January 24, 2022. - The President of Burkina Faso, Roch Marc Christian KaborÈ, was arrested on Monday and was detained in a barracks in Ouagadougou, the day after mutinies in military camps in this country plagued by jihadist violence, AFP learned from security sources. (Photo by OLYMPIA DE MAISMONT / AFP)

Liberté de la presse en Afrique : un collectif international exige l’arrêt des attaques contre les journalistes au Mali et au Burkina Faso

Sous la houlette de Reporters sans frontières (RSF), près de 30 organisations de défense des droits humains et de médias ont adressé une lettre ouverte aux autorités du Mali et du Burkina Faso, ainsi qu’aux institutions régionales et internationales. Leur objectif ? Exiger la fin des violences envers les journalistes et le respect des droits fondamentaux dans ces deux pays d’Afrique de l’Ouest.

Coordonnée par RSF, cette initiative rassemble près de 30 acteurs – médias locaux, associations de défense de la presse et organisations internationales – pour alerter sur la détérioration de la liberté de la presse au Mali et au Burkina Faso.

Dans leur lettre ouverte, ils interpellent les gouvernements de ces deux pays ainsi que les institutions africaines et mondiales pour exiger :

  • La cessation immédiate des pressions et intimidations envers les journalistes ;
  • Le respect des engagements internationaux en matière de liberté d’expression et de liberté de la presse, notamment la Charte africaine des droits de l’homme et des peuples.

« Cette mobilisation collective rappelle l’urgence absolue de préserver la liberté de la presse au Mali et au Burkina Faso. À l’aube de la journée mondiale de la liberté de la presse, les dirigeants de ces nations doivent saisir l’importance de ce combat et agir sans délai pour garantir un environnement sûr aux professionnels des médias. »

Sadibou Marong
Directeur du bureau Afrique subsaharienne de RSF

Parmi les signataires figurent des médias locaux comme Joliba Tv News (Mali) et Lefaso.net (Burkina Faso), ainsi que des organisations internationales telles que la Fédération des journalistes africains (FAJ), l’Union internationale de la presse francophone (UPF) et la Fondation des médias pour l’Afrique de l’Ouest (MFWA).

La situation est d’autant plus préoccupante que le Mali et le Burkina Faso ont vu leur classement dans le Classement mondial de la liberté de la presse chuter. En 2023, le Burkina Faso occupe désormais la 58e position, tandis que le Mali se classe 113e sur 180 pays.

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Lettre ouverte pour la protection des journalistes et la défense de la liberté d’expression au Mali et au Burkina Faso

  • Monsieur le Président de la Conférence des Chefs d’État et de Gouvernement de l’Union africaine ;
  • Monsieur le Président de la Conférence des Chefs d’État et de Gouvernement de la CEDEAO ;
  • Monsieur le Président de la Conférence des Chefs d’État et de Gouvernement de l’UEMOA ;
  • Monsieur le Président de la Commission de l’Union africaine ;
  • Monsieur le Président de la Commission de la CEDEAO ;
  • Monsieur le Président de la Commission de l’UEMOA ;
  • Monsieur le Président du Parlement panafricain ;
  • Monsieur le Secrétaire général de l’ONU ;
  • Monsieur le Président du Conseil des droits de l’homme de l’ONU ;
  • Madame la Directrice générale de l’UNESCO ;
  • Madame la Secrétaire générale de l’OIF ;
  • Mesdames et Messieurs les Présidents des instances de régulation des médias des 15 pays de la CEDEAO ;
  • Monsieur le Président du Réseau francophone des régulateurs des médias ;
  • Monsieur le Président de la Plateforme des régulateurs de l’audiovisuel des pays membres de l’UEMOA et de la Guinée ;
  • Mesdames et Messieurs les ministres de la Communication des 15 pays de la CEDEAO ;
  • Monsieur le Président de l’Union africaine de radiodiffusion (UAR).

 

Les signataires dénoncent une recrudescence des violences envers les journalistes : appels au meurtre, menaces, intimidations, suspensions de médias internationaux comme RFI et France 24, expulsions de correspondants étrangers, et campagnes de désinformation massives sur les réseaux sociaux. Au Burkina Faso, les autorités militaires ont multiplié les interdictions d’antenne et les restrictions, tandis qu’au Mali, les agressions contre les professionnels des médias se multiplient : saccage de la Maison de la presse de Bamako, arrestations arbitraires, enlèvements, et suspensions de chaînes critiques comme Joliba TV.

Les « influenceurs » pro-régime alimentent cette culture de la violence en ciblant les journalistes indépendants, privant les populations malienne et burkinabè d’un débat démocratique essentiel. Malgré un contexte sécuritaire complexe, la lutte contre le terrorisme ne saurait justifier la restriction des droits fondamentaux, notamment le droit à l’information.

Au Burkina Faso, même les instances de régulation s’alarment. Le Conseil supérieur de la communication (CSC) a publiquement souligné la récurrence des menaces envers les médias, tandis que Volker Türk, Haut-Commissaire de l’ONU aux droits de l’homme, a exprimé sa profonde préoccupation face à la situation. Au Mali, Alioune Tine, expert indépendant de l’ONU, a alerté sur le rétrécissement de l’espace civique et la répression des voix indépendantes.

Face à cette urgence, les signataires de la lettre ouverte formulent six exigences majeures :

  • Mettre fin à toutes les mesures portant atteinte à la liberté de la presse ;
  • Garantir une protection efficace aux journalistes victimes de menaces et d’intimidations ;
  • Diligenter des enquêtes impartiales pour identifier et sanctionner les auteurs d’agressions ;
  • Respecter les obligations internationales en matière de droits humains, notamment la Charte africaine des droits de l’homme et des peuples ;
  • Soutenir activement cette initiative auprès des instances africaines et internationales ;
  • Défendre le droit fondamental à l’information, pilier de toute société démocratique.

Liste des 30 signataires de la lettre ouverte

1. AfrikaJom Center

2. Association des Journalistes du Burkina Faso (AJB)

3. Association des Professionnels de la Presse en Ligne (APPEL Sénégal)

4. Cellule Norbert Zongo pour le Journalisme d’Investigation (CENOZO)

5. Centre National de la Presse Norbert Zongo (CNP-NZ Burkina Faso)

6. Courrier confidentiel (Burkina Faso)

7. Fédération des Journalistes Africains (FAJ)

8. Fédération Internationale des Journalistes (FIJ)

9. Fédération Internationale pour les Droits de l’Homme (FIDH)

10. France 24 (France)

11. Fondation des médias pour l’Afrique de l’Ouest (MFWA)

12. Human Rights Watch (HRW)

13. International Press Institute (IPI)

14. Jeune Afrique (France)

15. Joliba TV News (Mali)

16. Le Pays (Burkina Faso)

17. Le Monde (France)

18. Lefaso.net (Burkina Faso)

19. Le Reporter (Burkina Faso)

20. L’Événement (Burkina Faso)

21. Libération (France)

22. L’Observateur Paalga (Burkina Faso)

23. Radio France Internationale (France)

24. Reporters sans frontières (RSF)

25. Société des Editeurs de la Presse Privée du Burkina Faso (SEP)

26. Omega Médias (Burkina Faso)

27. Union Internationale de la Presse Francophone (UPF)

28. Union des Journalistes d’Afrique de l’Ouest (UJAO)

29. 24heures.bf (Burkina Faso)

30. Wakat Sera (Burkina Faso)