17 mai 2026

Le Reveil Noir

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Le Bénin déjoue une tentative de coup d’État : tensions et réactions en Afrique de l’Ouest

Le Bénin a récemment été le théâtre d’une tentative de coup d’État, que les autorités ont déclaré avoir déjouée. Le président Patrice Talon a rapidement affirmé que la situation était « totalement sous contrôle », bénéficiant du soutien militaire annoncé par la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO).

Ce putsch avorté survient alors que le second mandat du président Patrice Talon touche à sa fin, dans un pays ouest-africain caractérisé par une forte croissance économique mais confronté à l’insécurité due aux violences djihadistes dans ses régions septentrionales.

La région ouest-africaine connaît une période d’instabilité politique marquée, avec plusieurs coups d’État survenus ces dernières années, notamment au Mali, au Burkina Faso et au Niger – des nations frontalières du Bénin –, ainsi qu’en Guinée et, plus récemment, en Guinée-Bissau.

Des coups de feu ont retenti aux abords du palais présidentiel dimanche matin, précédant l’apparition de militaires à la télévision nationale. Ces derniers ont proclamé la destitution du président Talon, justifiant leur action par une « dégradation de la situation sécuritaire » et une supposée atteinte aux « libertés fondamentales ».

Cependant, quelques heures après cette annonce, le ministre de l’Intérieur du Bénin, Alassane Seidou, est intervenu publiquement pour affirmer que cette tentative de putsch avait échoué.

Le président Patrice Talon a lui-même confirmé cette version lors d’une allocution nationale dimanche soir, déclarant que la situation était « totalement sous contrôle » et que « la sécurité et l’ordre public seraient garantis sur l’ensemble du territoire béninois ».

Il a également averti que « cette forfaiture ne resterait pas impunie », après avoir salué la Garde républicaine à son retour au palais présidentiel.

La France, l’ancienne puissance coloniale, a rapidement condamné cette tentative de prise de pouvoir, exhortant ses citoyens résidant au Bénin à faire preuve de « la plus grande prudence » et à « rester confinés » face à un « contexte encore volatil ».

Bien que la journée ait été relativement normale pour les habitants de Cotonou, la capitale économique, la ville s’est vidée plus tôt que d’ordinaire en soirée, d’après les observations d’un journaliste de l’Agence France-Presse (AFP).

Des barrages militaires ont été érigés dans les environs du palais présidentiel et du camp militaire de Guézo.

« Ce soir, nous allons rentrer plus tôt. L’identité des instigateurs de ce coup d’État reste incertaine », a confié à l’AFP Michelle Eudoxie, une coiffeuse de 50 ans.

Nabil Sacca, un vendeur d’essence présent près du palais présidentiel en matinée, a témoigné : « J’ai entendu des tirs ce matin. J’ai préféré quitter le quartier par peur. »

Déploiement de troupes ouest-africaines

Des sources militaires ont rapporté à l’AFP l’arrestation d’environ douze soldats, dont certains seraient impliqués dans la tentative de putsch. Toutefois, l’information concernant la présence du lieutenant-colonel Pascal Tigri, présumé chef des mutins, parmi les détenus, n’a pas été confirmée par les sources sécuritaires.

En fin d’après-midi, l’aviation nigériane a effectué des frappes aériennes à Cotonou, conformément aux « protocoles de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) », a déclaré le général Ehimen Ejodamen, porte-parole de l’armée de l’air nigériane, sans spécifier les objectifs précis de ces opérations.

Par la suite, la CEDEAO a officialisé le « déploiement immédiat » de contingents militaires provenant du Nigeria, de la Sierra Leone, de la Côte d’Ivoire et du Ghana, dans le but de soutenir le « gouvernement et l’armée républicaine » du Bénin et de « sauvegarder l’ordre constitutionnel ».

La Force en attente de la CEDEAO, dont le rôle est d’assurer la paix et la stabilité régionale, a déjà été mobilisée, notamment en Gambie en 2017 pour contraindre le président sortant Yahya Jammeh à céder le pouvoir.

Cependant, elle avait choisi de ne pas intervenir lors du coup d’État survenu au Niger en 2023.

L’Union africaine (UA) a également exprimé sa condamnation « ferme et sans équivoque » de cette tentative de putsch.

L’histoire politique du Bénin est marquée par diverses tentatives de coups d’État, le dernier succès remontant à 1972.

« C’est comme revivre les événements que nos parents ont connus à cette époque », a commenté Remy Agblo, un commerçant, soulignant qu’« heureusement, la tentative a été déjouée ».

Patrice Talon, en fonction depuis 2016, atteindra la limite de ses deux mandats constitutionnels en 2026.

Romuald Wadagni, l’actuel ministre des Finances et successeur pressenti, est considéré comme le grand favori pour l’élection présidentielle d’avril 2026, notamment en raison de l’exclusion du principal parti d’opposition.

Anatole Zinsou, un informaticien de Cotonou, observe une « tension palpable dans le pays depuis plusieurs mois, liée aux échéances électorales », regrettant « l’exclusion » de certains acteurs des processus démocratiques.

Bien que salué pour ses réalisations en matière de développement économique au Bénin, Patrice Talon est fréquemment critiqué par ses opposants qui lui reprochent une dérive autoritaire, contrastant avec la réputation démocratique passée du pays.