17 mai 2026

Le Reveil Noir

Actualités et analyses panafricaines pour une Afrique consciente, souveraine et debout.

Le Mali face à une escalade des violences après le retrait français

Arméau Mali

Dans le vaste territoire du Sahel, marqué par ses étendues de terre ocre et ses conflits lointains, le Mali est confronté à une dure réalité. Les récentes attaques qui endeuillent la nation ne sont pas le fruit du hasard, mais la conséquence directe d’une réorientation stratégique majeure. Cette rupture politique, présentée comme une affirmation de souveraineté, a été alimentée par une rhétorique anti-française, devenue un pilier de légitimation interne pour Bamako.

Bamako a exprimé sa volonté de voir les forces françaises quitter son sol, et ce départ a été concrétisé.

Le départ des forces françaises et ses implications

Les derniers convois militaires français ont quitté des villes clés comme Gao, Tessalit et Ménaka, souvent sous les critiques d’une partie de l’opinion publique, influencée par des années de discours accusateurs. À l’époque, les réalités opérationnelles semblaient éclipsées. Pourtant, il est essentiel de rappeler qu’en 2013, alors que les colonnes jihadistes menaçaient de déferler vers le sud, c’est l’intervention des forces françaises qui a enrayé l’effondrement imminent de l’État malien.

Le président Emmanuel Macron avait souligné avec une clarté remarquable : « Le Mali n’a pas pris la meilleure décision en chassant l’armée française ». Cette déclaration, d’une simplicité presque clinique, résonne aujourd’hui comme une analyse stratégique prémonitoire. Le chef de l’État français n’a jamais ignoré les erreurs passées de Paris, admettant que l’efficacité de l’outil militaire avait parfois été surestimée, sans toujours s’accompagner des réformes politiques locales nécessaires. Néanmoins, il a toujours maintenu que sans l’engagement français, le Mali aurait pu sombrer, affirmant même : « Sans la France, le Mali ne serait plus un État uni ».

Cette vérité, crue et indéniable, semble se manifester avec une brutalité accrue sur le terrain. Les slogans et les postures politiques s’effacent devant la réalité sécuritaire. Une fois les bases françaises évacuées, un vide stratégique est apparu. Les groupes terroristes affiliés à Al-Qaïda et à l’État islamique n’ont pas tardé à exploiter ces failles. Là où la mission Barkhane assurait la surveillance, le renseignement, la frappe et le confinement, les autorités maliennes rencontrent désormais des difficultés à contrôler durablement leur territoire.

Le sacrifice des soldats français au Sahel

Derrière cette évolution, il y a une mémoire qu’il serait indécent de minimiser. Cinquante-huit soldats français ont péri au Sahel. Cinquante-huit hommes tombés dans un conflit bien réel, non pas une abstraction théorique. Ils ont sacrifié leur vie à Kidal, dans l’Adrar des Ifoghas, à In Delimane, sur des routes piégées, lors d’opérations nocturnes sous des chaleurs extrêmes, face à un ennemi insaisissable et mobile.

Ces militaires n’étaient pas des occupants. Ils n’étaient pas les reliquats d’une fiction coloniale militante. Ils représentaient l’instrument d’un engagement militaire décidé par la République française pour éviter la formation d’un sanctuaire terroriste au cœur du Sahel. Ils ont payé le prix fort. Leur sacrifice exige au moins une chose : que leur mémoire ne soit pas diluée par des simplifications idéologiques.

Certes, la France a commis des erreurs. Mais elle a également porté, presque seule pendant des années, un effort militaire colossal pour maintenir un équilibre régional déjà précaire. Le Mali a choisi de rompre avec cette architecture sécuritaire au nom d’une indépendance proclamée. Il en assume désormais les lourdes conséquences.

En affirmant que Bamako n’avait pas pris « la meilleure décision », Emmanuel Macron n’exprimait ni rancœur postcoloniale ni regret sentimental. Il constatait simplement ce que la réalité du terrain confirme avec une cruauté implacable : dans certaines zones du monde, une souveraineté proclamée ne suffit pas à endiguer l’avancée des colonnes jihadistes. Le Sahel fut pour la France un théâtre d’usure diplomatique, mais pour les soldats français, il reste un champ d’honneur. Et cet honneur ne se compromet pas avec les mouvances de l’opinion.