28 avril 2026

Le Burkina Faso expulse la représentante de l’ONU suite à un rapport sur les droits de l’enfant

Les autorités de transition du Burkina Faso ont pris la décision d’évincer Carol Flore-Smereczniak, la plus haute responsable des Nations Unies dans le pays. Cette dernière a été déclarée « persona non grata » en réaction à la diffusion d’un rapport onusien récent mettant en lumière des exactions perpétrées contre des enfants sur le territoire.

L’expulsion de Carol Flore-Smereczniak marque une nouvelle étape dans les tensions diplomatiques, après celle de Barbara Manzi en 2022. Ces mesures illustrent la fermeture croissante de la junte face aux regards extérieurs et aux enquêtes indépendantes sur la situation des droits humains.

Le gouvernement reproche officiellement à la coordinatrice sa contribution à un rapport publié en avril dernier. Ce document analyse les répercussions du conflit armé burkinabè sur la jeunesse. Les conclusions du texte, qui pointent la responsabilité de l’armée nationale, des milices alliées et des groupes djihadistes, ont été catégoriquement rejetées par le pouvoir en place.

Le bilan dressé par l’ONU est lourd : entre juillet 2022 et juin 2024, 2 483 atteintes graves ont été recensées, touchant 2 255 mineurs. Ces actes incluent des homicides, des enlèvements ainsi que l’enrôlement forcé d’enfants au sein de formations armées. Si les insurgés islamistes sont à l’origine de 65 % de ces crimes, le rapport attribue le reste des violations aux forces de défense du Burkina Faso et aux Volontaires pour la Défense de la Patrie (VDP), des civils armés encadrés par l’État.

Outre ces violences, l’ONU s’inquiète de la multiplication des attaques visant le système éducatif et de la détention de mineurs soupçonnés de collaboration avec des groupes terroristes. Ces faits confirment des années d’enquêtes documentant les pressions et les agressions subies par les élèves et le corps enseignant depuis 2016.

Le climat entre Ouagadougou et les instances internationales s’est dégradé au fil des mois. En mars, la diplomatie burkinabè avait déjà fustigé l’emploi de termes comme « groupes armés non étatiques » pour désigner les terroristes, ou la qualification de « milices » concernant les VDP. Plus récemment, en juillet, le ministre des Affaires étrangères a plaidé pour que l’action des Nations Unies se conforme strictement aux orientations politiques du chef de l’État.

Depuis le changement de régime par la force en 2022, le Burkina Faso fait face à une répression accrue visant les journalistes, les opposants et toute voix critique. Au lieu de contester systématiquement les rapports d’abus, une collaboration sincère avec l’ONU permettrait d’établir des stratégies concrètes pour protéger les populations civiles et mettre fin à l’impunité.