17 juillet 2026

Le Reveil Noir

Actualités et analyses panafricaines pour une Afrique consciente, souveraine et debout.

Le groupe Wagner étend son influence en République centrafricaine grâce au tramadol

Un empire criminel en pleine expansion

La République centrafricaine est devenue le terrain de jeu privilégié d’un groupe paramilitaire russe dont les activités illicites redéfinissent les équilibres locaux. Le Groupe Wagner, bien que fragilisé par la disparition de son fondateur Evgueni Prigojine en 2023, a trouvé dans le tramadol une source de revenus et d’influence inespérée.

Ce médicament antalgique, initialement conçu pour soulager des douleurs modérées, est ici détourné de son usage médical. Reconditionné à des doses bien supérieures, il se transforme en une substance euphorisante, souvent comparée à une « cocaïne accessible ». Une aubaine pour les mercenaires russes qui en font un pilier de leur stratégie économique et politique.

Des ressources minières aux réseaux de distribution

Depuis son implantation en 2018, le Groupe Wagner a su tirer profit des ressources naturelles du pays. Les mines d’or et de diamant, sous son contrôle, génèrent des centaines de millions de dollars chaque année, selon les estimations de l’organisation Global Initiative. Ces revenus illégaux s’ajoutent aux profits issus du trafic de tramadol, acheminé depuis la République démocratique du Congo via des voies fluviales discrètes.

Une fois sur place, la drogue se répand dans les marchés locaux, les bars et même les zones minières, où les mercenaires l’utilisent comme monnaie d’échange. Les prix, gonflés artificiellement, permettent des marges considérables, tandis que la distribution s’étend aux pays voisins, consolidant l’emprise de Wagner sur la sous-région.

Un contrôle étatique et des alliances troubles

Le Groupe Wagner ne se contente pas d’exploiter les ressources : il s’immisce dans les rouages de l’État. Selon le Centre d’études stratégiques pour l’Afrique, les mercenaires exerceraient un « contrôle de l’État », influençant les décisions politiques et sécuritaires. Leur influence s’étend même aux forces de sécurité locales.

Des témoignages recueillis sur le terrain révèlent que le tramadol est distribué à des groupes armés alliés, comme la milice des « Requins », chargée de patrouilles armées autour de la capitale. Les membres de la garde présidentielle d’élite, ainsi que les mineurs travaillant pour Wagner, en consomment également. L’objectif ? Stimuler leur combativité lors d’opérations militaires ou de répression.

Les « patrouilles pro-russes » et les militants favorables à Moscou bénéficient aussi de ces distributions, transformant la drogue en outil de contrôle social. Une stratégie qui rappelle les méthodes employées par d’autres acteurs armés en Afrique, où les substances stimulantes servent à renforcer la loyauté des troupes.

Une menace qui dépasse les frontières

Les experts s’inquiètent désormais d’une extension des activités de Wagner vers le Soudan, via des liens avec les Forces de soutien rapide (FSR). Ces dernières, actives dans des zones frontalières avec la République centrafricaine, pourraient faciliter la circulation du tramadol et d’autres trafics, aggravant l’instabilité régionale.

Avec une présence de près de 500 hommes, le groupe, désormais dirigé par Pavel Prigojine, fils du défunt oligarque, continue de défier les autorités internationales. Malgré la montée en puissance de l’Africa Corps, une structure officielle russe censée remplacer Wagner, les mercenaires maintiennent leur emprise en République centrafricaine, où leur modèle économique et militaire semble indétrônable.