En plein cœur d’une période de turbulences politiques au Sénégal, le président Bassirou Diomaye Faye a prononcé un discours significatif. À l’occasion d’un hommage national rendu le jeudi 4 juin à l’ancien président Abdoulaye Wade, qui célébrait son centième anniversaire le 29 mai, le chef de l’État a subtilement abordé les tensions l’opposant à son ancien Premier ministre, Ousmane Sonko.
« Une querelle, aussi intense soit-elle, ne justifie en aucun cas de déchirer le tissu de notre nation commune », a souligné le président Faye, insistant sur le fait que « la démocratie ne représente pas un trésor que l’on s’approprie et que l’on conserve égoïstement », mais plutôt « une flamme précieuse que l’on transmet de génération en génération, et qu’il est impératif de maintenir vivante ».
Ces propos interviennent après la révocation d’Ousmane Sonko de son poste le 22 mai, marquant l’aboutissement de plusieurs mois de désaccords profonds entre les deux anciens alliés politiques.
Quelques jours auparavant, Ousmane Sonko, leader du parti majoritaire et fraîchement élu président de l’Assemblée nationale le 26 mai, avait publiquement déclaré se trouver dans une « situation de cohabitation » avec le président Faye. Lors d’une conférence de presse, il avait affirmé : « Il n’a pas tous les pouvoirs. Il doit redescendre de son piédestal pour que nous puissions dialoguer ».
« L’adversaire d’aujourd’hui n’est pas un ennemi »
Devant une assistance recueillie au Grand Théâtre de Dakar, lors de cet hommage à Abdoulaye Wade, figure emblématique de la politique sénégalaise (qui a dirigé le pays de 2000 à 2012), Bassirou Diomaye Faye a interpellé directement l’ancien chef d’État. Il a rappelé les leçons de Wade : « Vous nous avez enseigné qu’une discorde, même des plus ardentes, ne saurait justifier la division de notre patrie commune (…), et que servir sa jeunesse est toujours préférable à s’en servir ».
Acclamé dès son arrivée à la cérémonie officielle du Grand Théâtre de Dakar, deux jours après les propos d’Ousmane Sonko, le président Faye a reçu de nombreux applaudissements durant son allocution. Ces ovations ont été particulièrement marquées lors de ses allusions discrètes à l’instabilité politique actuelle et à la rupture avec son ancien collaborateur. Il a poursuivi en citant les enseignements de Wade : « Abdoulaye Wade nous a montré que l’adversaire du moment n’est pas un ennemi. C’est un compatriote animé de bonnes intentions, qui envisage l’avenir du pays sous un angle différent. Et avec qui, une fois la confrontation achevée, il faudra continuer de cohabiter pacifiquement au sein de la même nation sénégalaise. » Il a insisté : « On peut s’opposer sans se déchirer. » Le président sénégalais a conclu en louant la capacité de l’ancien président à « ne jamais perdre espoir en l’avenir du Sénégal, ni même en un partenaire égaré dans l’amertume ou la haine de l’autre ».
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