17 mai 2026

Le Reveil Noir

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Le Sahel, une région stratégique convoitée par le Maroc et l’Algérie

À première vue, la zone sahélienne, s’étendant du Mali jusqu’au Tchad, ne présente pas l’image d’un nouvel eldorado économique. Loin d’être un pôle d’attractivité comparable à Singapour pour les investissements directs étrangers, ses nations cumulent les défis. Au Mali, par exemple, 47 % de ses 25,9 millions d’habitants ont moins de 15 ans, et seulement 25 % des terres sont cultivables. Le pays occupe la 188e position sur 193 au classement mondial de l’indice de développement humain du PNUD, avec près de 45 % de sa population vivant sous le seuil de pauvreté. Ouagadougou et Niamey affichent des statistiques similaires, avec respectivement 40 % et 60,5 % de leur population sous le seuil de pauvreté (Banque mondiale). Ces trois nations enclavées sont actuellement dirigées par des régimes militaires putschistes qui ont fondé l’Alliance des États du Sahel (AES), bénéficiant d’un soutien discret du Kremlin cherchant à contester les dernières poches d’influence française. Leur orientation résolument anti-française, anti-occidentale et anti-démocratique était censée apporter la prospérité à leurs citoyens, une richesse qu’ils estimaient confisquée par les Européens. Cependant, cette promesse ne s’est pas concrétisée. Paradoxalement, deux pays voisins, l’Algérie et le Maroc, leur proposent désormais leurs services.

Le Maroc et l’ouverture atlantique pour le Sahel

Avec l’ambitieux projet du port Dakhla Atlantique, le Royaume du Maroc aspire à créer un équivalent de Tanger Med (un hub majeur vers l’Europe) dans la région du Sahara occidental. Les travaux devraient être finalisés d’ici 2028, pour une mise en service l’année suivante. L’objectif de cette infrastructure est clair : servir de porte d’entrée pour l’Afrique de l’Ouest et d’accès vers les Amériques. Le gouvernement de Rabat a déjà accueilli les trois dirigeants de l’AES. D’un point de vue géopolitique, l’offre est particulièrement pertinente : un port d’où partirait une ligne de chemin de fer (dont la réalisation reste à confirmer) offrirait aux trois pays un débouché vital sur l’océan, les désenclavant et stimulant ainsi leurs économies. Pour le Maroc, confronté à un isolement géographique en raison de son conflit avec l’Algérie, ce projet représente une double opportunité : démontrer que son plan de développement du Sahara occidental bénéficiera à l’ensemble de la sous-région, et lutter indirectement contre les groupes djihadistes qui déstabilisent le Sahel en offrant des perspectives d’avenir à une jeunesse désœuvrée. La natalité galopante dans le Sahel prévoit un doublement de sa population en une décennie.

L’Algérie et le projet de gazoduc transsaharien vers l’Europe

Alger, qui entretenait des relations tendues avec le Niger, a renoué le dialogue mi-février avec Abderrahmane Tiani, le chef du pouvoir militaire à Niamey. L’Algérie a proposé de lancer la construction, « dès la fin du ramadan », du tronçon du gazoduc transsaharien. Ce projet stratégique, initialement prévu pour partir du Nigeria, passerait désormais par le Niger avant d’atteindre l’Algérie, pour finalement approvisionner l’Europe en gaz naturel. D’une longueur totale de 4 800 kilomètres, ce gazoduc verrait la société nationale Sonatrach, gestionnaire des hydrocarbures algériens, prendre en charge la construction sur le territoire nigérien et assurer la formation des Nigériens à son exploitation. Ce dernier point constitue un avantage notable par rapport à d’autres acteurs, comme la Chine, qui n’intègre pas toujours les populations locales à la gestion de leurs propres richesses nationales.

Des stratégies complémentaires mais antagonistes

À Madrid, puis à Washington (les 23 et 24 février), les discussions ont débuté concernant le plan d’autonomie marocain pour le Sahara occidental. Si ce conflit, qui dure depuis près de cinquante ans, trouvait une résolution, l’Algérie et le Maroc pourraient alors envisager une approche conjointe face aux défis sécuritaires et démographiques explosifs du Sahel. Une telle coopération empêcherait les États de l’AES de tirer parti des rivalités entre les deux capitales régionales.

Le djihadisme prospère en exploitant la pauvreté endémique et la fragilité des gouvernements autoritaires. Alger et Rabat cherchent, chacun de leur côté, à briser cette dynamique infernale. Chacun met en avant ses atouts spécifiques : Alger propose ses ressources en hydrocarbures et l’expertise de la Sonatrach, tandis que Rabat mise sur sa stratégie de grands travaux et sa volonté de s’établir comme un hub majeur entre l’Afrique, l’Amérique et l’Europe. Ces deux stratégies, bien que potentiellement complémentaires, se heurtent malheureusement aux impératifs du conflit sahraoui.

Pour mémoire, le 26 septembre 2025, le Premier ministre malien, Abdoulaye Maïga, avait exigé de l’Algérie qu’elle « cesse de soutenir le terrorisme international ». En réponse, Alger, par la voix de son ministre des Affaires étrangères, Ahmed Attaf, avait dénoncé une « logorrhée de soudard ».