Les dérives constitutionnelles en Afrique : un danger plus insidieux que les coups d’État militaires

Lors de son intervention remarquée à Addis-Abeba, le sénateur Salomon Kalonda a dressé un constat alarmant : alors que les coups d’État militaires sont systématiquement condamnés et sanctionnés par la communauté internationale, les modifications constitutionnelles à des fins de maintien au pouvoir échappent souvent à toute réprobation. Il a particulièrement pointé du doigt les réformes en cours en RDC, qu’il qualifie de coup d’État constitutionnel déguisé.

Selon lui, ces réformes viseraient à permettre au Président en exercice de briguer un troisième mandat, en violation flagrante des principes démocratiques fondamentaux. Salomon Kalonda a partagé avec émotion les conséquences dramatiques de cette situation : « L’opposition et la société civile se sont mobilisées. Les citoyens sont descendus dans les rues par millions… Des manifestants ont été tués. Du sang a encore coulé sur le sol congolais. »

Un silence international complice ?

Le sénateur a vivement critiqué l’attitude des partenaires internationaux, qu’il accuse de complicité passive face à ces dérives. Pour lui, leur silence s’apparente à une validation tacite de ces pratiques antidémocratiques. Il a souligné l’urgence d’une prise de conscience collective : « Il n’existe pas de bons ou de mauvais coups d’État. Un coup d’État reste un coup d’État, qu’il soit militaire ou constitutionnel. »

Les mécanismes d’une démocratie africaine en péril

Au-delà de la RDC, Salomon Kalonda a identifié plusieurs failles structurelles qui minent l’intégrité des processus électoraux sur le continent :

  • L’absence d’indépendance des commissions électorales, souvent sous influence directe des gouvernements en place
  • L’invalidation ciblée de candidats populaires par des juridictions électorales instrumentalisées
  • Les coupures d’internet systématiques lors des proclamations de résultats, révélatrices d’une défiance envers les propres chiffres du pouvoir

Quatre propositions pour rétablir la confiance électorale

Face à cette crise démocratique, le sénateur a formulé des recommandations concrètes pour renforcer l’intégrité des scrutins africains :

  1. La création d’une cellule africaine permanente de veille électorale, indépendante et dotée de moyens d’action
  2. Le développement d’une souveraineté numérique africaine pour sécuriser les processus électoraux
  3. La mise en place d’audits transparents et inclusifs pour restaurer la confiance des citoyens
  4. L’adoption d’un protocole parlementaire d’observation pré-électorale couvrant l’ensemble du cycle électoral, de l’inscription des électeurs jusqu’à la proclamation des résultats

Il a conclu son intervention en attirant l’attention sur les conséquences économiques de cette instabilité démocratique. Selon lui, l’absence de démocratie effective en RDC désavantage les partenaires occidentaux face à une concurrence qui, elle, n’hésite pas à jouer sans les mêmes règles.