17 mai 2026

Le Reveil Noir

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Les experts de l’ONU s’opposent à la suspension des partis politiques au Mali

Un collège d’experts indépendants des Nations unies a exprimé de vives inquiétudes suite à la décision des autorités de transition au Mali de suspendre les activités des formations politiques. Selon ces spécialistes, l’adoption d’un projet de loi restreignant la participation démocratique et la signature d’un décret d’interdiction constituent une violation flagrante des libertés fondamentales.

« Ce décret suspendant la vie politique doit être annulé sans délai. S’il venait à être appliqué, le texte législatif du 30 avril placerait le Mali en contradiction directe avec ses obligations internationales, notamment concernant le droit d’association et la liberté d’expression », ont averti les experts dans une déclaration commune.

De son côté, le gouvernement malien soutient que ces réformes visent uniquement à rationaliser le paysage politique en mettant fin à la multiplication excessive des partis, sans pour autant remettre en cause leur existence légale.

Des processus de consultation contestés

Les experts onusiens estiment toutefois que la régulation des partis devrait s’appuyer sur des critères électoraux légitimes plutôt que sur des barrières financières. « Le projet de loi actuel conditionne l’existence des partis et les candidatures à des cautions très élevées, ce qui réserve la vie politique aux seules élites fortunées », ont-ils précisé.

Bien que les autorités invoquent les recommandations des Assises Nationales de la Refondation et des dialogues sur la Charte des Partis de 2025, l’ONU remet en cause la validité de ces échanges. Dans un contexte de réduction de l’espace civique, où les voix dissidentes et la presse indépendante font l’objet de pressions, une véritable concertation semble compromise. De nombreuses organisations politiques ont d’ailleurs refusé de participer aux discussions d’avril 2025, craignant que ce processus ne serve de prétexte à leur dissolution.

L’inquiétude monte également face à la proposition de nommer le général Assimi Goïta à la présidence pour un mandat de cinq ans renouvelable sans passer par les urnes. Pour les experts, une telle perspective trahirait les engagements pris par les autorités de transition sur la scène nationale et internationale.

Un appel à la vigilance du Conseil national de transition

Le texte doit désormais être soumis à la validation du Conseil national de transition, sous la direction du général Malick Diaw.

« Nous demandons avec insistance au Conseil national de transition de ne pas ratifier ce projet de loi », ont déclaré les signataires, tout en proposant leur assistance technique pour mettre les réformes en conformité avec les normes internationales des droits de l’homme.

Parallèlement, les tensions sur le terrain s’accentuent. Des manifestations organisées début mai auraient été violemment perturbées par des individus se réclamant du soutien au pouvoir en place. Alors que de nouveaux appels au rassemblement sont lancés, les experts rappellent que la protection des manifestants est une obligation régalienne.

« La liberté de réunion pacifique est le socle d’une société dynamique. Les autorités du Mali doivent impérativement la garantir et cesser toute forme d’intimidation ou de répression à l’encontre des citoyens », ont conclu Eduardo Gonzalez, Irene Khan et Gina Romero.