Faut-il engager des discussions avec le Groupe de soutien à l’Islam et aux musulmans (JNIM) ? Peut-on négocier avec les factions armées du Nord sans fragiliser l’unité nationale malienne ? Quel rôle l’imam Mahmoud Dicko pourrait-il jouer dans une éventuelle transition ? Et le Mali doit-il repenser son organisation territoriale pour rétablir la stabilité ?
Dans cet entretien exclusif, Étienne Fabaka Sissoko, porte-parole de la Coalition des Forces pour la République (CFR), partage sa vision d’une issue à la crise, expose ses principes intransigeants et affirme sans ambiguïté : « dialoguer ne signifie pas s’allier ».
La situation sécuritaire au Mali, et notamment à Bamako, reste critique. Les restrictions imposées aux corridors d’approvisionnement aggravent la précarité des populations et font flamber les prix. Si ces mesures visent à affaiblir les groupes armés, elles frappent avant tout les civils. Étienne Fabaka Sissoko dénonce cette stratégie : « qualifier cela de ‘fonctionnement’ reviendrait à légitimer une politique qui affame et prend les citoyens en otage. »
Pour la CFR, une réponse purement militaire ne suffira pas. Elle appelle à une approche politique globale, centrée sur la protection des populations, la sécurisation des axes logistiques et la construction d’une paix durable. « Le Mali ne peut se permettre de répondre à la violence par la violence. Il faut briser ce cycle et recréer les conditions d’un avenir commun. »
les maliens aspirent à la paix et à une alternative crédible
Créée fin 2025, la CFR incarne une nouvelle dynamique politique au Mali. Bien que récente, elle répond à une demande pressante de la population, lasse de l’instabilité et en quête d’une issue pacifique. Étienne Fabaka Sissoko précise : « Nous ne sommes pas un parti classique, mais une plateforme dédiée à la sauvegarde nationale. Les Maliens recherchent une voix responsable, capable de proposer une alternative entre l’autoritarisme militaire et l’enlisement institutionnel. »
La CFR se positionne comme un mouvement civil, refusant toute alliance avec des groupes armés. Interrogé sur les liens supposés avec le Front de libération de l’Azawad (FLA), Étienne Fabaka Sissoko est catégorique : « Dialoguer ne signifie ni collaborer ni coordonner. Nous entretenons des discussions avec tous les acteurs, mais notre méthode reste strictement politique et républicaine. »
Pour la CFR, la question territoriale doit être résolue par le dialogue, non par la force. Elle rejette toute idée de partition et défend une gouvernance décentralisée, où les collectivités locales disposeraient de davantage de moyens et de responsabilités, tout en préservant l’unité de l’État.
pas de légitimité automatique pour les groupes armés
Les offensives récentes du JNIM ont plongé le Mali dans une zone de turbulence politique majeure. Si l’État avait vacillé, la CFR était-elle prête à assumer des responsabilités ? Étienne Fabaka Sissoko répond sans détour : « Un mouvement responsable anticipe les scénarios de crise, mais pas en misant sur l’effondrement violent ou la victoire d’un groupe armé. Aucune légitimité ne s’impose par la force. »
La CFR envisage une transition civile de sauvegarde nationale, avec pour mission de rétablir les libertés publiques, d’organiser un dialogue inclusif, de rédiger une nouvelle Constitution et de préparer des élections. « La présidentielle doit être l’aboutissement, non le point de départ, d’un processus de refondation. Sans sécurité ni consensus, le Mali reproduirait les mêmes erreurs. »
Quant à l’imam Mahmoud Dicko, son rôle ne serait pas celui d’un dirigeant politique, mais d’une figure morale apaisante. « Il pourrait contribuer à restaurer la confiance entre les composantes de la société malienne, mais les responsabilités exécutives doivent revenir à des institutions civiles légitimes, issues du suffrage universel. »
dialoguer, mais sans capitulation ni impunité
La CFR défend un dialogue avec le JNIM, mais à des conditions précises. Étienne Fabaka Sissoko insiste : « Ce ne sera ni une reddition ni une récompense. C’est un levier pour mettre fin à la guerre et protéger les populations. »
Les lignes rouges sont claires : maintien de l’unité malienne, respect de la République, protection des libertés, rupture avec les agendas transnationaux armés, arrêt des attaques contre les civils et rejet de toute impunité. Concernant Iyad Ag Ghali, la CFR refuse de bâtir sa stratégie sur des intentions supposées. « Seuls les actes comptent : cessation des hostilités, protection des civils, accès humanitaire, rupture avec Al-Qaïda et reconnaissance de l’unité nationale. »
Les récents débordements du JNIM au-delà des frontières maliennes soulignent l’enjeu régional. Toute négociation doit donc inclure une démonstration tangible de bonne foi, bien au-delà des simples déclarations.
pas de charia, mais une République malienne renforcée
Le débat public au Mali est souvent réduit à la question de l’application de la charia. Étienne Fabaka Sissoko le juge réducteur : « Le vrai problème est l’effondrement de l’État de proximité. Dans certaines zones, l’administration, la justice et les services publics ont disparu. Les populations se tournent alors vers les autorités locales. »
La CFR ne propose pas la charia, mais une République malienne capable d’intégrer des mécanismes de médiation locale, dans le strict respect de la Constitution. « L’égalité des citoyens, la protection des femmes et des enfants, et le droit de recours devant la justice nationale sont non négociables. »
La décentralisation doit permettre aux territoires de mieux gérer leurs ressources et leurs compétences, tout en garantissant l’unité nationale. Étienne Fabaka Sissoko explique : « Le fédéralisme n’est pas une fin en soi, mais un outil pour rapprocher l’État des citoyens. Les fonctions régaliennes doivent rester nationales, tandis que les collectivités locales gagnent en autonomie et en moyens. »
un programme de transition pour restaurer l’État utile
La CFR dispose d’un programme structuré pour accompagner une éventuelle transition. Ses priorités ? Réouverture des écoles, renforcement de la justice, protection des populations et relance économique. « Restaurer l’accès à l’éducation, à la justice, à la sécurité, à l’énergie et à l’alimentation est la première étape vers la reconstruction. »
L’indépendance de la magistrature, le soutien aux enseignants, l’amélioration des forces de sécurité et la sécurisation des corridors économiques figurent parmi les mesures phares. « Une paix durable ne peut s’appuyer sur des promesses creuses. Il faut des actes concrets. »
L’Alliance des Démocrates du Sahel (ADS), née peu après la CFR, s’inscrit dans une dynamique régionale. Elle n’est ni une structure militaire ni un commandement politique unifié, mais une convergence civique entre Maliens, Burkinabè et Nigériens. « La crise sahélienne est aussi institutionnelle et démocratique. L’ADS vise à coordonner des actions de plaidoyer et de solidarité entre démocrates. »
La CFR refuse toute logique de revanche, de partition ou de théocratie. Elle mise sur une transition civile, un dialogue national encadré, une refonte territoriale et le retour du choix populaire. « Le Mali ne sera pas sauvé par un homme providentiel, mais par un pacte national solide. »
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