29 avril 2026

Mali : l’avenir incertain de la junte après l’offensive rebelle

Mali : l’avenir incertain de la junte après l’offensive rebelle

Des combattants en tenue camouflage autour d'un pick-up sur une route poussiéreuse au Mali. Un homme en silhouette se tient sur le véhicule avec un fusil automatique. À gauche, un monument aux jambes jaunes et brunes est visible. AFP via Getty Images

L’offensive coordonnée des rebelles au Mali a plongé la nation dans un état de choc rare. Des attaques simultanées ont ciblé Bamako, la capitale, entraînant l’assassinat du ministre de la Défense et la prise de contrôle de vastes zones dans le nord du pays. Ces événements, revendiqués par une alliance entre le Front de libération de l’Azawad (FLA) et le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (JNIM) lié à Al-Qaïda, soulèvent des questions cruciales sur l’avenir de la junte militaire dirigée par le colonel Assimi Goïta.

Une offensive aux conséquences majeures

Les habitants de plusieurs villes du Mali ont été réveillés samedi par des échanges de tirs et des explosions. Ces attaques, d’une ampleur inédite, ont marqué un tournant dans la crise sécuritaire du pays. Le retrait récent des forces maliennes et russes de Kidal, désormais sous contrôle du FLA, a renforcé les doutes quant à la solidité du gouvernement militaire en place depuis le coup d’État d’août 2020.

Colonel Goïta, absent des écrans pendant plusieurs jours après l’offensive, a finalement pris la parole pour affirmer que la situation était « sous contrôle ». Il a promis de « neutraliser » les responsables des attaques. Pourtant, la mort du ministre de la Défense, Sadio Camara, lors de cette offensive, pourrait fragiliser la coordination des forces armées et affaiblir les relations avec la Russie, principale alliée sécuritaire du régime.

Camara, figure clé du régime, était le principal interlocuteur de Moscou pour le déploiement des mercenaires russes du groupe Wagner au Sahel. Son décès pourrait donc compliquer la collaboration militaire entre Bamako et la Russie, dont la réputation en tant que partenaire sécuritaire a été sérieusement ébranlée.

L'ambassadeur de Russie au Mali, Igor Gromyko, à gauche en costume, et le colonel Assimi Goïta, à droite en tenue camouflage, assis côte à côte. @PresidenceMali

Trois scénarios possibles pour l’avenir de la junte

Scénario 1 : La junte reste au pouvoir et contre-attaque

La majorité des analystes estiment que c’est le scénario le plus probable à court terme. L’armée contrôle encore la plupart des grandes villes et des institutions étatiques. Cependant, les prochains jours seront décisifs : une contre-offensive contre le JNIM et le FLA pourrait déterminer la survie du régime.

Beverly Ochieng, analyste senior chez Control Risks, souligne que le succès ou l’échec de cette opération « façonnera la longévité de la junte ». Goïta a tenté de rassurer la population en promettant de « neutraliser » les auteurs des attaques, mais la perte de Camara pourrait compliquer la coordination militaire.

Les rebelles du FLA ont clairement indiqué leur intention de s’étendre vers le sud. Leur porte-parole, Mohamed Elmaouloud Ramadane, a affirmé vouloir prendre le contrôle de Gao, une ville stratégique du nord. Il a également évoqué Timbuktu comme objectif futur, une fois Gao et Kidal sous leur emprise.

Scénario 2 : La junte conserve le pouvoir avec le soutien russe mais cherche de nouveaux alliés

L’échec de la Russie à protéger les villes clés et la chute de Kidal ont porté un coup dur à la réputation des forces russes au Mali. Ulf Laessing, chef du programme Sahel à la Fondation Konrad Adenauer, souligne que la situation a « porté un coup énorme » à l’image de Moscou en tant que partenaire sécuritaire fiable.

Face à ces défis, Bamako pourrait être contraint de diversifier ses partenariats militaires. Plusieurs options émergent :

  • La Turquie, qui a déjà fourni des drones au Mali et formé la garde présidentielle. Ankara pourrait renforcer sa présence militaire dans la région.
  • Les États-Unis, dont les relations avec le Mali se réchauffent après des années de tensions. Nick Hocker, responsable des affaires africaines au Département d’État, a récemment réaffirmé le soutien des États-Unis à la souveraineté malienne.
  • L’Alliance des États du Sahel (AES), regroupant le Mali, le Niger et le Burkina Faso, pourrait jouer un rôle plus actif, bien qu’aucune action militaire conjointe n’ait encore été entreprise.

Pour la Russie, l’enjeu est de savoir si elle peut maintenir son influence si le Mali élargit ses partenariats. Une perte d’influence à Bamako pourrait fragiliser sa stratégie africaine, basée sur des alliances militaires.

Scénario 3 : La pression force la junte à quitter le pouvoir, mais qui prendra la relève ?

Les attaques de samedi constituent le défi le plus sérieux pour le régime militaire depuis des années. Une intensification des violences pourrait exacerber le mécontentement populaire et fragiliser encore davantage la junte.

Plusieurs possibilités s’offrent alors :

  • Un nouveau coup d’État mené par un groupe d’officiers différents.
  • Une alliance entre le FLA et le JNIM pourrait prendre le relais, mais des tensions internes persistent. Le FLA, mouvement nationaliste, et le JNIM, groupe islamiste armé, ont des objectifs et des idéologies divergents. Bien que le FLA ait évoqué une coordination avec le JNIM, son leader, Sayed Bin Bella, a catégoriquement rejeté toute fusion, exigeant que le JNIM se distancie d’Al-Qaïda.
  • Une situation similaire à celle de la Syrie, où un groupe affilié à Al-Qaïda pourrait prendre le pouvoir, mais avec des critiques internes sur son manque de radicalisme.

Les différences idéologiques entre le FLA et le JNIM pourraient compliquer toute transition politique. Si le JNIM adoucit son discours pour s’adapter aux aspirations nationalistes du FLA, cela pourrait créer des divisions au sein même de l’alliance.

L’avenir du Mali reste incertain. Une chose est sûre : les prochains jours seront déterminants pour la junte, pour la stabilité du pays et pour l’équilibre géopolitique du Sahel.