Mali : l’ONU alerte sur l’autoritarisme et la répression des libertés
Le Haut-Commissariat aux droits de l’homme de l’ONU, dirigé par Volker Türk, a tiré la sonnette d’alarme concernant l’aggravation de la situation politique au Mali. Selon lui, le processus démocratique s’affaiblit au profit d’un pouvoir de plus en plus autoritaire et répressif.
Un pouvoir qui se concentre et étouffe la démocratie
Depuis le coup d’État de 2020 ayant renversé Ibrahim Boubacar Keïta, la junte militaire au pouvoir, dirigée par le général Assimi Goïta, multiplie les mesures visant à renforcer son emprise sur le pays. Ces réformes ont pour conséquence directe de rendre improbable toute élection démocratique dans un avenir proche.
Volker Türk a averti que ces changements juridiques « ferment la porte à toute élection démocratique au Mali dans un avenir prévisible ». Il exhorte les autorités à rétablir sans délai les libertés fondamentales des citoyens maliens.
Des élections reportées indéfiniment
Près de cinq ans après le renversement de Ibrahim Boubacar Keïta, les promesses de transition vers un régime civil restent lettre morte. Aucune élection présidentielle n’a eu lieu depuis son élection en 2018. Récemment, une loi adoptée le 8 juillet a accordé au général Goïta la possibilité de prolonger son mandat « autant de fois que nécessaire, jusqu’à la pacification du pays ».
En mai 2025, un décret présidentiel a dissous l’ensemble des partis et organisations politiques, privant les Maliens de leur droit de participer aux affaires publiques. Ces décisions violent, selon le Haut-Commissaire, le droit des citoyens « de voter et d’être élus ».
Une répression qui touche tous les secteurs de la société
La répression ne se limite pas aux institutions. L’ancien Premier ministre Moussa Mara, figure de l’opposition, en a fait les frais. Arrêté le 1ᵉʳ août pour « atteinte à la crédibilité de l’État et opposition à l’autorité légitime », il avait exprimé sa solidarité avec des détenus d’opinion sur le réseau social X. Volker Türk dénonce une « instrumentalisation de la loi contre l’expression de la dissidence ».
Le nombre d’arrestations arbitraires a fortement augmenté, touchant des Maliens issus de tous les milieux sociaux. Ces pratiques visent à réduire au silence toute opposition au régime.
Violences et abus contre les civils
Le Mali subit également des attaques récurrentes de groupes djihadistes tels que le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (GSIM), affilié à Al-Qaïda, et Daech. Ces violences servent de prétexte à des opérations militaires menées par l’armée malienne, épaulée par les mercenaires de l’Africa Corps, successeurs du Groupe Wagner.
Cependant, ces opérations ne ciblent pas uniquement les groupes armés. Selon le bureau de Volker Türk, depuis avril 2025, des centaines d’exécutions extrajudiciaires, d’arrestations arbitraires, de disparitions forcées et d’enlèvements ont été recensées parmi les civils. Ces actes, commis par toutes les parties au conflit, aggravent la crise humanitaire.
Face à cette situation, l’ONU estime que la suspension indéfinie des élections, combinée à une répression généralisée, risque d’enfermer le Mali dans un cycle d’instabilité politique et de violences prolongées.
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