Le Mali piégé par son alliance avec la Russie
Une stratégie de défense mal conçue mène inévitablement à l’échec. Au Mali, ce principe s’est vérifié avec une brutalité sans précédent. Les dernières offensives des groupes armés, combinant rebelles du Front de Libération de l’Azawad (FLA) et djihadistes du GSIM (Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans), ont révélé l’ampleur des failles de la junte militaire. En confiant la protection du pays à des mercenaires étrangers, Bamako a scellé son propre destin. Aujourd’hui, les conséquences de cette décision se matérialisent sous forme de défaites militaires, d’isolement politique et d’une crise humanitaire sans précédent.
Kidal, ou la fin d’un mythe sécuritaire
L’histoire s’est écrite à Kidal à la fin du mois d’avril 2026. Cette ville, autrefois présentée comme un bastion reconquis grâce à l’armée malienne et ses alliés russes, est retombée en quelques heures entre les mains de la rébellion. L’humiliation est double : les forces d’Africa Corps, ex-Wagner, n’ont pas résisté. Elles ont choisi de négocier leur départ, laissant derrière elles armes et équipements, parfois en échange d’une safe passage. La capitulation a été si rapide que même les observateurs les plus sceptiques ont été surpris.
« Les mercenaires russes nous ont laissés tomber à Kidal », a déclaré un haut fonctionnaire malien sous couvert d’anonymat. Ces mots résument l’amertume qui règne au sommet de l’État à Bamako. Ils illustrent aussi une réalité géopolitique implacable : une force mercenaire ne défend pas une cause, elle sert ses intérêts. Et quand ceux-ci ne sont plus alignés avec ceux de son employeur, elle n’hésite pas à tourner casaque.
L’effondrement s’étend vers le Sud et frappe Bamako
Ce qui n’était qu’un revers local s’est transformé en catastrophe nationale. Les combats ont gagné du terrain, atteignant Kati et la capitale elle-même. L’élément déclencheur ? La mort du général Sadio Camara, ministre de la Défense et figure centrale de l’alliance entre Bamako et Moscou. Avec lui disparaît le principal architecte de cette stratégie hasardeuse, laissant la junte sans direction et sans légitimité.
Le bilan est accablant : blocus total sur Bamako, écoles fermées, coupures d’électricité quotidiennes, économie à l’arrêt. Les groupes armés contrôlent désormais l’accès aux ressources vitales, asphyxiant la ville. Le bouclier russe, tant vanté, s’est avéré être un leurre. Ni les drones, ni les mercenaires n’ont pu empêcher l’encerclement de la capitale ou l’infiltration des forces ennemies au plus près du pouvoir.
Drones et promesses non tenues : l’échec d’une illusion technologique
Pour justifier l’expulsion des forces internationales de maintien de la paix, la junte avait misé sur une « modernisation » des Forces armées maliennes (FAMa). L’arrivée des drones russes devait marquer un tournant. Pourtant, leur utilisation massive n’a fait qu’aggraver la situation. Les frappes, souvent aveugles, ont ciblé des zones civiles, alimentant la colère des populations et renforçant le soutien aux groupes armés. Aucune stabilité n’a été retrouvée, seulement un terreau fertile pour la radicalisation.
Dans les coulisses, les analystes s’accordent sur un constat : Africa Corps ne cherche plus à reconquérir le pays. Son objectif se limite désormais à protéger le régime en place à Bamako, coûte que coûte. Une retraite tactique qui sonne comme un aveu d’échec.
L’Alliance des États du Sahel (AES) : un bouclier absent
Présentée comme l’avenir de la coopération régionale, l’AES s’est révélée incapable d’agir. Alors que le Mali sombre, ses partenaires restent silencieux ou impuissants. La Russie, elle, cherche une sortie honorable. Quant à la CEDEAO, elle a clairement tourné le dos à Bamako. À l’intérieur du pays, la population, asphyxiée par les privations, rejette de plus en plus violemment le pouvoir en place. La junte, isolée et discréditée, semble désormais en sursis.
L’aventure sécuritaire avec Moscou s’est soldée par le plus grand fiasco stratégique de l’histoire récente du Mali. En sacrifiant la diplomatie, le dialogue interne et les alliances traditionnelles au profit d’un contrat opaque avec des mercenaires, Bamako a creusé sa propre tombe. La question n’est plus de savoir si le régime tombera, mais dans combien de temps. Le vide qu’il a lui-même engendré risque de l’engloutir bien plus vite qu’il ne l’imagine.
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