6 août 2026

Le Reveil Noir

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Mali : une nouvelle architecture pour renforcer la défense et la sécurité nationale

Vingt-deux ans après l’adoption de la loi fondatrice sur la Défense nationale, le Mali franchit une étape décisive avec l’élaboration d’une architecture sécuritaire élargie. Ce projet ambitieux, validé par le Conseil national de Transition, intègre désormais la sécurité intérieure, la cybersécurité et la gestion globale des crises. Son objectif : moderniser le cadre stratégique du pays pour répondre aux défis contemporains.

Le texte, approuvé en juillet 2026 par les 125 membres du CNT, remplacera prochainement la loi n°04-051 de 2004, après sa promulgation officielle. Lors de sa présentation, le Général de division Daoud Aly Mohammedine, ministre de la Sécurité et de la Protection civile, a souligné l’urgence de cette refonte. Plus de deux décennies d’application ont révélé ses limites face à l’évolution des menaces, nécessitant une adaptation urgente. Il a également mis en avant la démarche inclusive adoptée, associant l’ensemble des acteurs sécuritaires dès la phase préparatoire.

Contrairement aux idées reçues, le cadre de 2004 ne se limitait pas aux questions militaires. Il encadrait déjà la sécurité intérieure, la défense civile et l’implication des collectivités locales, de la société civile et des citoyens. Dans ce dispositif, le Chef d’État-major général des Armées supervisait les opérations militaires et disposait d’une autorité opérationnelle sur certaines forces en situation de crise.

Une réforme axée sur la sécurité globale et la coordination

Cette nouvelle architecture ne crée pas de nouvelles responsabilités, mais les clarifie et les actualise pour les adapter aux enjeux actuels. La sécurité intérieure et la cybersécurité deviennent des piliers explicites de la stratégie nationale. Une réorganisation des instances de décision est prévue : le Conseil de sécurité nationale et le Comité de défense nationale prennent la relève du Conseil supérieur de défense et de l’ancien Comité de défense, afin d’améliorer l’efficacité et la réactivité des actions menées sous l’autorité directe du Chef de l’État.

L’unification du Commandement opérationnel autour du Chef d’État-major général des Armées est un autre pilier de cette réforme. Son objectif : accélérer les réponses en cas d’attaque, de crise majeure ou de menace transfrontalière, notamment lorsque plusieurs forces interviennent simultanément. Cette centralisation ne signifie pas une militarisation permanente des autres acteurs comme la Police, la Gendarmerie, la Garde nationale ou la Protection civile.

Un changement notable est intervenu depuis 2022 : la Police nationale et la Protection civile ont été militarisées. Cette mesure facilite leur intégration dans un dispositif plus cohérent, tout en préservant leurs missions traditionnelles de sécurité publique et de secours d’urgence.

Renforcement des acteurs locaux et intégration des ex-combattants

Lors de son intervention, le Général Daoud Aly Mohammedine a insisté sur trois priorités : moderniser l’Administration territoriale, associer les chefs traditionnels à la lutte antiterroriste et poursuivre les recrutements ainsi que l’équipement des forces. Ces mesures s’inscrivent dans une logique de décentralisation accrue, confiée au ministère de l’Administration territoriale et de la Décentralisation. Celui-ci joue désormais un rôle central dans la défense civile, la coordination des services déconcentrés, l’implication des collectivités et la mobilisation citoyenne. L’objectif ? Permettre aux communes de remonter rapidement les alertes sans transformer les populations en relais des forces de l’ordre.

Cybersécurité : un volet stratégique pour l’État malien

L’intégration du cyberespace dans la stratégie nationale s’accompagne d’une réforme spécifique. En juin dernier, le gouvernement a acté la création de l’Agence nationale de la Sécurité des Systèmes d’Information (ANSSI), prévue par la Stratégie nationale de cybersécurité 2026-2030. Cette agence a pour mission de coordonner la réponse aux cyberattaques et de protéger les infrastructures critiques du pays. La cyberdéfense relève désormais de la protection stratégique de l’État, tandis que la cybersécurité couvre l’ensemble des administrations et des réseaux de communication.

Par ailleurs, le programme DDR-I (Désarmement, Démobilisation et Réintégration) a déjà permis l’intégration de 254 ex-combattants issus de divers groupes armés, formés à Soufouroulaye. D’ici peu, 2 000 anciens combattants supplémentaires devraient rejoindre les Forces armées, tandis que 1 000 autres bénéficieront d’un accompagnement socio-économique. Bien que ce programme ne découle pas directement de la réforme en cours, il impose une collaboration renforcée entre la Défense, la Sécurité, les instances de réconciliation et les autorités locales.

L’efficacité de cette nouvelle architecture dépendra moins des changements de structures que de leur mise en œuvre concrète. Les textes d’application, le partage des renseignements, les moyens alloués aux collectivités, les compétences en cybersécurité, le suivi des nouveaux intégrés et la définition claire des rôles seront déterminants. Cette réforme dessine une chaîne de commandement modernisée, dont la performance se mesurera à la rapidité des décisions, à la coordination sur le terrain et à la confiance mutuelle entre institutions, forces de sécurité et populations.