Niger et Cédéao : vers une sortie de crise diplomatique ?
Depuis le renversement de Mohamed Bazoum en juillet 2023, les relations entre Niamey et la Cédéao restent tendues. L’organisation sous-régionale avait alors imposé des sanctions et brandi la menace d’une intervention militaire, qualifiée de « déclaration de guerre » par le Mali et le Burkina Faso. Ces trois pays, désormais alliés au sein de l’Alliance des États du Sahel (AES), ont acté leur retrait définitif de la Cédéao en janvier 2025, tout en maintenant un dialogue discret.
Lansana Kouyaté, médiateur clé entre Niamey et la Cédéao
La désignation de l’ancien Premier ministre guinéen Lansana Kouyaté comme négociateur principal marque une avancée significative. Lors de la dernière réunion de la Cédéao à Freetown en juillet 2026, l’organisation a confié à Birame Diop, nouveau président de sa Commission, la mission de relancer les discussions, en priorisant les enjeux sécuritaires régionaux.
Pape Ibrahima Kane, spécialiste des organisations internationales, souligne l’importance de ce processus : « Les deux parties sont sur la même longueur d’ondes pour engager le dialogue. » Une dynamique positive, d’autant plus que le Niger dépend du Nigeria et du Bénin, deux membres de la Cédéao, pour son approvisionnement électrique et ses échanges commerciaux via le port de Cotonou. Ces spécificités seront au cœur des négociations menées par Kouyaté.
Romuald Wadagni et Bassirou Diomaye Faye, artisans d’un nouveau dialogue
La nomination de Romuald Wadagni au Bénin et celle de Bassirou Diomaye Faye au Sénégal ont aussi modifié la donne. Dès son élection en 2024, Faye s’est rendu dans les pays de l’AES, tandis que Wadagni a choisi le Niger comme première destination après son investiture. Une stratégie perçue comme une volonté de désamorcer les tensions.
« Ces dirigeants sont mieux placés que leurs prédécesseurs pour rétablir un dialogue constructif. Une nouvelle équipe à Abuja, moins idéologique, pourrait faciliter les échanges », estime Pape Ibrahima Kane. Une approche qui contraste avec les critiques passées envers d’autres dirigeants de la Cédéao.
Le sort de Mohamed Bazoum, sujet de discorde
Pour Sahanine Mahamadou, conseiller spécial de Mohamed Bazoum, le dialogue reste possible, mais la responsabilité incombe aux militaires nigériens : « Si ces derniers sont de véritables patriotes, ils doivent ouvrir la voie à un retour des civils. L’ère des juntes est révolue dans nos États. » Une position qui reflète les attentes de la communauté internationale, notamment de l’Union européenne.
En mars 2024, une résolution du Parlement européen a condamné à une large majorité la détention illégale de Bazoum et de son épouse, appelant à leur libération immédiate. Une décision perçue comme une ingérence par Niamey, qui réaffirme la légitimité de ses dirigeants actuels.
L’Europe face à un équilibre délicat
Pour Jérôme Pigné, expert en sécurité au Sahel, l’Union européenne doit concilier dialogue et fermeté : « La détention de Bazoum complique les relations avec Niamey. Faut-il sacrifier les principes au nom de la realpolitik ? Le défi est de taille. » Le Niger, partenaire historique de l’UE, voit ses schémas de coopération repensés, avec un accent sur la stabilité régionale.
Une étude de la Fondation allemande pour l’économie et la politique (SWP) propose un soutien accru aux juntes militaires, incluant renforcement des capacités sécuritaires et aide économique. L’objectif ? Stabiliser la région sans attendre de changements de comportement de la part des régimes actuels.
« Le dialogue politique doit se poursuivre, mais l’Europe ne doit pas espérer modifier les pratiques des juntes par la seule persuasion », conclut l’expert.
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