Un coup d’État qui a basculé le Niger dans l’arbitraire
Dix-huit mois après le coup d’État du 26 juillet 2023 ayant renversé le président élu Mohamed Bazoum, le régime militaire nigérien mené par le CNSP durcit son contrôle. Entre arrestations arbitraires, détentions illégales et attaques contre les médias, les droits humains subissent une répression sans précédent. Un rapport récent d’Amnesty International, publié en mars 2025, révèle des violations massives des libertés civiles et politiques entre juillet 2023 et janvier 2025. Les anciens responsables et les opposants sont systématiquement muselés, tandis que les institutions démocratiques sont démantelées au profit d’un pouvoir militaire de plus en plus autoritaire.
Une gouvernance militaire en totale contradiction avec ses promesses
Lors de sa prise de pouvoir, le général Abdourahamane Tiani avait promis de respecter l’État de droit et les engagements internationaux du Niger. Pourtant, le rapport d’Amnesty International dénonce un recul flagrant sur ces engagements. « Malgré les garanties officielles, les droits humains ont été systématiquement bafoués », déclare Marceau Sivieude, directeur régional par intérim d’Amnesty International pour l’Afrique de l’Ouest et l’Afrique centrale. Le cadre législatif a été profondément affaibli, laissant place à des ordonnances restrictives et à un pouvoir concentré entre les mains du CNSP.
Des lois liberticides pour museler toute opposition
Parmi les mesures les plus controversées, le rétablissement en juillet 2024 de la loi de 2019 sur la cybercriminalité, utilisée pour condamner des citoyens pour diffamation ou contenus jugés subversifs. Une formulation suffisamment floue pour cibler les opposants politiques. Pire encore, une ordonnance d’août 2024 élargit la définition des infractions terroristes, permettant le fichage et la déchéance de nationalité pour les dissidents. Depuis octobre 2024, 21 personnes, dont d’anciens ministres, ont été victimes de cette mesure. « Cette déchéance pourrait me rendre apatride », alerte Hamid Ngadé, ancien conseiller de Mohamed Bazoum. Une dérive dénoncée par Amnesty International, qui y voit une violation des droits fondamentaux.
Un pluralisme politique réduit à néant
Depuis le putsch, les partis politiques sont suspendus, supprimant tout contre-pouvoir institutionnel. Les médias et la société civile subissent une pression croissante, avec des arrestations arbitraires et des disparitions forcées. Moussa Tchangari, figure de la société civile, a été arrêté en décembre 2024 et inculpé pour apologie du terrorisme et atteinte à la sûreté de l’État. « Nous vivons dans un état d’exception », témoigne un responsable associatif à Niamey. Les organisations de la société civile sont aujourd’hui démantelées, minées par les divisions et la peur.
La presse, première cible de la junte militaire
La liberté de la presse est systématiquement étouffée. La Maison de la presse a été suspendue en janvier 2024, remplacée par une structure contrôlée par le pouvoir. Les chaînes RFI, France 24 et BBC ont été bannies à tour de rôle, tandis que les journalistes sont arrêtés pour des publications sur les réseaux sociaux. Ousmane Toudou et Soumana Maïga, arrêtés en avril 2024, ont été jugés devant un tribunal militaire, symbole d’une justice instrumentalisée. La blogueuse Samira Sabou a quant à elle subi une disparition forcée avant d’être poursuivie sous la loi sur la cybercriminalité.
Face à cette répression généralisée, l’autocensure s’impose dans les médias. « Avant, on pouvait écrire librement. Aujourd’hui, chaque mot est pesé », confie un journaliste nigérien. Ousmane Diallo, chercheur spécialiste du Sahel, alerte : « La liberté d’expression et de la presse est essentielle pour garantir la transparence et la responsabilité des gouvernants ». Pourtant, le Niger s’enfonce dans un autoritarisme croissant, avec une transition politique prolongée de cinq ans proposée par les assises nationales en février 2025, confirmant l’ancrage du pouvoir militaire.
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