6 août 2026

Le Reveil Noir

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Niger : l’énigme de la cession des 300 tonnes de yellowcake par la SOPAMIN

Des révélations troublantes émergent concernant une transaction souterraine : le précieux stock d’uranium nigérien, sous la gestion de la SOPAMIN, aurait été discrètement vendu à l’entreprise roumaine Nuclearelectrica. Entre paiements en espèces, commissions exigées par Moscou et contournement des circuits financiers officiels, cette opération géopolitique et financière soulève de sérieuses questions sur la gestion des richesses nationales du Niger.

Un accord financier à l’abri des regards officiels

Une onde de choc parcourt les sphères financières et diplomatiques. Des éléments concordants indiquent que 300 tonnes de concentré d’uranium, communément appelé yellowcake, appartenant à la Société du Patrimoine des Mines du Niger (SOPAMIN), ont fait l’objet d’une vente aux modalités pour le moins singulières. L’acquéreur désigné serait SN Nuclearelectrica, la société publique roumaine, un acteur significatif dans le domaine de l’énergie nucléaire en Europe de l’Est.

Ce qui capte l’attention des observateurs n’est pas tant la vente elle-même que ses conditions financières. L’arrangement prévoyait un règlement intégral en espèces, s’affranchissant des canaux traditionnels du Trésor public et des réseaux bancaires internationaux.

Dans l’industrie minière, le recours à des règlements en liquide pour des volumes de cette envergure constitue une dérogation majeure aux pratiques établies. Les procédures habituelles requièrent des virements traçables, essentiels pour assurer la bonne comptabilisation des recettes dans le budget de l’État et leur soumission aux contrôles souverains. Ce choix de contourner le système bancaire soulève une interrogation cruciale : pourquoi privilégier des flux financiers de gré à gré, et quelle est la destination finale réelle de ces capitaux ?

Une ressource sous-évaluée, des bénéfices détournés

Sur le plan économique, le préjudice potentiel pour les finances publiques du Niger semble considérable. Alors que les cours mondiaux de l’uranium ont connu une nette remontée, stimulés par la relance de l’énergie nucléaire civile, ce stock aurait été cédé à un tarif significativement inférieur aux repères du marché.

L’absence d’un appel d’offres transparent a empêché toute mise en concurrence, ce qui aurait pu maximiser les revenus pour l’État. Pour l’économie nationale, les retombées directes risquent d’être infimes. D’une part, la décote consentie réduit drastiquement l’afflux de liquidités dans l’économie réelle. D’autre part, en évitant les caisses du Trésor public, ces fonds échappent entièrement aux mécanismes de péréquation, de fiscalité et d’investissement dans les infrastructures prioritaires. Enfin, la manipulation d’importantes sommes en espèces accroît considérablement le risque de dissipation des fonds au profit d’intermédiaires non identifiés.

L’empreinte géopolitique de Moscou sur la transaction

Le parcours de ces 300 tonnes de yellowcake s’inscrit dans un contexte géopolitique complexe. En mai 2024, des informations avaient fait état de discussions pour une cession à l’Iran via la SOPAMIN, une initiative rapidement avortée sous la pression diplomatique des États-Unis.

Par la suite, le stock avait été promis à des entités russes, mais le transfert physique n’a jamais pu avoir lieu. Le cargo Matros Shevchenko, navire de la flotte marchande russe, s’était positionné au port de Lomé pour charger la marchandise, mais avait finalement levé l’ancre les cales vides, faute de pouvoir finaliser la logistique dans les délais impartis. Bien que le contrat initial n’ait pas été honoré financièrement par les acquéreurs russes, ces derniers ont conservé une position d’influence prépondérante dans les négociations.

Pour finaliser la transaction actuelle avec la société roumaine Nuclearelectrica, il a été nécessaire de solliciter un avis de non-objection auprès des interlocuteurs russes. En contrepartie de leur consentement à débloquer le stock, ces derniers auraient exigé un pourcentage direct sur le montant de la nouvelle vente, prélevant ainsi une redevance qui vient amputer davantage le montant net censé revenir aux caisses publiques.

Les implications européennes et les régulations en question

La concrétisation de cet achat par SN Nuclearelectrica soulève d’importantes questions juridiques au niveau européen. La Roumanie étant un État membre de l’Union européenne, ses approvisionnements en matières nucléaires sont soumis à des mécanismes de contrôle particulièrement rigoureux.

Deux organismes principaux encadrent ces mouvements au sein de l’Union européenne. L’Agence pour l’Énergie Nucléaire assure le respect des normes de sécurité et de transparence le long de la chaîne d’approvisionnement. Parallèlement, l’Agence d’approvisionnement d’Euratom doit impérativement valider tout contrat de fourniture de matières nucléaires, disposant d’un droit d’option et surveillant la traçabilité des transactions afin de prévenir le blanchiment d’argent et les distorsions de marché.

Il reste à déterminer si une transaction réglée en espèces et issue d’un circuit non conventionnel peut obtenir l’approbation de l’Agence d’approvisionnement d’Euratom. Si l’opération venait à enfreindre les directives européennes sur la transparence financière et le contrôle des matières fissiles, l’acheteur roumain s’exposerait à de lourdes sanctions réglementaires.

Clarifier la gestion des actifs nationaux du Niger

Il est essentiel de bien distinguer ce stock de 300 tonnes des autres contentieux internationaux en cours. Le groupe français Orano a déjà confirmé que ce tonnage précis relevait exclusivement de la quote-part attribuée à la SOPAMIN, le séparant clairement des volumes faisant l’objet de procédures d’arbitrage devant le Centre international pour le règlement des différends relatifs aux investissements.

La propriété de la SOPAMIN sur ces 300 tonnes n’est donc pas remise en question sur le plan du droit minier. C’est bien la gestion opérationnelle et financière de cet actif national qui pose un problème majeur.

Alors que le discours officiel met en avant la reconquête de la souveraineté économique et la réappropriation des ressources naturelles, la conduite de cette transaction en dehors des mécanismes de contrôle nationaux et internationaux crée un paradoxe frappant. La souveraineté financière implique une reddition de comptes et la protection des actifs nationaux contre les bradages et les prélèvements d’intermédiaires étrangers. Les citoyens et les observateurs économiques, soucieux d’une actualité africaine souveraine, attendent des clarifications officielles et des preuves tangibles du réinvestissement effectif de ces fonds dans le Trésor public.