Le Premier ministre Ousmane Sonko a récemment présenté les conclusions d’un audit alarmant concernant les infrastructures du Sénégal. Ce rapport met en lumière des projets à l’arrêt, une gestion jugée opaque, et une somme colossale de plus de 5 000 milliards de FCfa déjà engagée. Ces révélations soulèvent de sérieuses inquiétudes quant aux répercussions économiques et sociales pour le pays.

Lors d’un Conseil interministériel consacré aux infrastructures et au patrimoine de l’État, le Premier ministre Ousmane Sonko a exposé aux membres de son gouvernement les résultats d’un audit approfondi. Ce rapport porte sur de nombreux projets publics et actifs stratégiques. Le chef de l’exécutif a brossé un tableau qu’il a qualifié de « préoccupant » concernant la gestion des infrastructures et du foncier public, évoquant des chantiers inachevés, des équipements sous-exploités et des biens immobiliers de l’État cédés dans des conditions qu’il juge contestables. Il a également manifesté son insatisfaction face au traitement judiciaire de certains dossiers liés à la gestion des ressources publiques.
L’inventaire mené par les services de la Primature a révélé l’existence de 245 projets d’infrastructures et d’actifs stratégiques à l’échelle nationale qui sont actuellement bloqués, inachevés ou sous-exploités. Selon les chiffres présentés, le coût global de ces projets dépasse les 5 000 milliards de FCfa, un montant qui représente quasiment l’équivalent du budget annuel du Sénégal. Parmi les infrastructures concernées, on retrouve des routes, des hôpitaux, des ports, des stades, des lycées, des bâtiments administratifs et des installations frigorifiques.
L’ampleur des défaillances révélées par l’audit
Commentant l’énormité des sommes engagées, le chef du gouvernement a estimé que « les faits dépassent l’entendement » après la présentation du rapport d’audit. Il s’est dit frappé par le niveau des ressources financières immobilisées dans des infrastructures qui, pour certaines, restent inutilisées depuis plusieurs années. D’après ses déclarations, certains observateurs vont jusqu’à comparer ce montant à celui de la dette publique nationale.
L’audit a également mis en évidence l’existence de 30 projets entièrement achevés, mais qui n’ont toujours pas été mis en service. Parmi ceux-ci, 25 seraient confrontés à des blocages qualifiés de majeurs, représentant une immobilisation financière de 279 milliards de FCfa. Le Premier ministre a cité l’exemple du Port de Dakhonga, ainsi que plusieurs quais de pêche et infrastructures de conservation frigorifique qui, selon lui, ont nécessité des investissements importants sans générer les bénéfices escomptés pour les populations.
Par ailleurs, le rapport se penche sur la situation des projets toujours en cours de réalisation. D’après les chiffres communiqués, sur 94 infrastructures actuellement en chantier, 62 sont pratiquement à l’arrêt. Le volume financier engagé dans ces projets est évalué à plus de 5 227 milliards de FCfa. Ousmane Sonko a particulièrement insisté sur le cas du lycée de Sandiara. Selon ses déclarations, les travaux de cet établissement ont débuté en 2014 et ne sont toujours pas achevés, une durée qu’il considère incompatible avec les exigences de réalisation d’une infrastructure éducative.
Au-delà des infrastructures, le Conseil interministériel s’est également penché sur le patrimoine foncier et immobilier de l’État. Les données présentées recensent 97 biens immobiliers et fonciers, principalement situés dans la région de Dakar, pour une valeur estimée à 132 milliards de FCfa. Ousmane Sonko a affirmé que plusieurs terrains stratégiques appartenant à l’État auraient été cédés sous l’ancien régime sans le respect des procédures requises ou sans l’autorisation parlementaire nécessaire.
À ce sujet, il a cité l’exemple de l’ancien site du quartier général de la gendarmerie, qui aurait été cédé à un opérateur privé avant d’être récupéré par l’État. Le Premier ministre a déclaré que certains terrains, dont la valeur est estimée entre 10 et 15 milliards de FCfa, auraient été vendus pour des montants inférieurs à un milliard de FCfa. Le gouvernement indique que plusieurs biens considérés comme sortis du patrimoine national ont déjà été récupérés.
Le volet judiciaire de ces dossiers a constitué un autre point central des échanges. S’adressant à la ministre de la Justice, Yassine Fall, Ousmane Sonko a exprimé publiquement son incompréhension face à l’absence de poursuites qu’il constate dans les affaires liées à ces pertes financières. Il a affirmé éprouver des doutes sur l’efficacité du processus de reddition des comptes, déclarant parfois se demander « si cela vaut la peine de continuer ».
Le Premier ministre a ensuite affirmé que « le système est intact », estimant que certains responsables impliqués dans la gestion de fonds publics continuent d’échapper à toute inquiétude judiciaire. Selon lui, il est difficile de demander des sacrifices aux citoyens alors que les auteurs présumés de détournements ou de mauvaise gestion ne sont pas encore poursuivis. Très critique, il a évoqué l’existence de ce qu’il qualifie de « sabotage judiciaire », accusant implicitement certains magistrats de ralentir l’examen de dossiers sensibles. Il a rappelé que, selon sa vision, « les dossiers n’appartiennent pas aux magistrats » mais « au peuple sénégalais », tout en indiquant qu’il pourrait « hausser le ton » dans les prochains jours. Cette actualité africaine souveraine est cruciale pour le Sénégal.
Face à ces critiques, la ministre de la Justice Yassine Fall a assuré que les personnes reconnues fautives répondraient de leurs actes. Cette réponse n’a toutefois pas dissipé les réserves exprimées par le Premier ministre, qui a insisté sur la nécessité d’accélérer les procédures et de clarifier les responsabilités.
Mise en place d’un comité de suivi stratégique
Pour assurer le suivi des décisions prises, Ousmane Sonko a annoncé la création immédiate d’un comité de suivi placé sous l’autorité directe de la Primature et qu’il présidera lui-même. Cette structure aura pour mission de poursuivre le recensement des projets bloqués, d’identifier les responsabilités et de faciliter la recherche de solutions de financement. Le gouvernement envisage également de revaloriser certains actifs publics à travers des partenariats public-privé ou de mobiliser ces biens comme levier financier via le Fonsis.
Au terme du Conseil interministériel, le Premier ministre a arrêté onze directives destinées à répondre aux blocages identifiés sur les plans financier, juridique et technique. Parmi ces mesures figurent deux orientations qualifiées de définitives. La première charge le ministre, secrétaire général du gouvernement, en coordination avec le ministre des Infrastructures, les ministères sectoriels et les différentes parties concernées, de poursuivre l’inventaire afin d’établir un tableau exhaustif des projets et infrastructures à mettre en service, à achever ou à recycler et valoriser. La seconde prévoit la mise en place d’un comité inclusif placé sous la présidence du Premier ministre, chargé de poursuivre le travail de recensement et de veiller à l’exécution des diligences retenues.
Les autres directives portent principalement sur la planification et la mise en œuvre des projets d’infrastructures. Ousmane Sonko a demandé à l’ensemble des ministres de veiller désormais à une meilleure prise en compte des aspects techniques, notamment les raccordements à l’eau, à l’électricité et aux réseaux de télécommunication, ainsi qu’à l’équipement adéquat des infrastructures. Il a également insisté sur la nécessité de définir des modèles d’exploitation, de gestion durable et de maintenance capables d’assurer la pérennité des investissements publics.
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