
Le président camerounais Paul Biya, âgé de 93 ans, a récemment procédé à un remaniement majeur au sein de l’armée nationale. Cette décision intervient alors que son absence prolongée du territoire camerounais, débutée en juin dernier, alimente les spéculations et les inquiétudes au sein de la population et parmi les observateurs politiques.
Un remaniement militaire sous haute tension
Dans le cadre de cette restructuration, cinq officiers supérieurs ont été promus au grade de général de brigade. Par ailleurs, plusieurs postes clés au sein de la hiérarchie militaire ont été attribués à de nouveaux responsables. Ces nominations, officiellement signées depuis Genève où le chef de l’État séjourne depuis près de deux mois, reflètent une volonté apparente de renforcer la stabilité institutionnelle du pays.
Cette initiative s’inscrit dans une logique que le régime camerounais a souvent adoptée en période de crise ou de pression populaire. Les précédents remaniements militaires remontent notamment à la période suivant le coup d’État survenu au Gabon voisin en 2023, qui avait provoqué un électrochoc sur l’ensemble de la région. Le Cameroun avait alors réagi en ajustant rapidement son commandement militaire pour éviter toute contagion des instabilités régionales.
D’autres ajustements avaient également été effectués lors de la campagne pour le huitième mandat controversé de Biya en 2025, ainsi qu’en juin de l’année suivante, où plusieurs hauts gradés avaient été promus à des responsabilités supérieures.
L’ombre du Gabon plane sur le Cameroun
L’absence du président Biya coïncide avec une période de grande sensibilité pour les pays d’Afrique centrale. Le Cameroun, qui partage une frontière avec le Gabon, a été directement impacté par les événements survenus dans ce pays voisin. Les autorités camerounaises ont donc choisi de renforcer leur posture militaire en réponse à ce contexte géopolitique tendu.
Cependant, cette absence prolongée soulève des questions quant à la gouvernance actuelle du Cameroun. Malgré les assurances du gouvernement selon lesquelles Biya continue de travailler depuis l’étranger, les critiques se multiplient. Le ministre de la Communication, René Emmanuel Sadi, a réaffirmé lors d’une déclaration que le président était en bonne santé et qu’il reviendrait prochainement au Cameroun. Il a également réfuté les allégations de l’opposition, qui évoque une vacance de pouvoir.
Un « vide institutionnel » dénoncé par l’opposition
Les partis d’opposition camerounais, notamment le CRM, n’hésitent pas à qualifier la situation actuelle de crise institutionnelle. Mamadou Mota, vice-président du CRM, a vivement critiqué la gestion du pouvoir depuis l’étranger, affirmant :
« Le pouvoir exécutif doit s’exercer au Cameroun, pas par des décrets signés dans des bureaux d’hôtel à l’autre bout du monde. »
Le parti souligne également l’absence de formation d’un nouveau gouvernement après les élections de 2025, ainsi que le maintien vacant du poste de vice-président, créé en avril 2025. Ces éléments alimentent le sentiment d’un affaiblissement de l’autorité de l’État.
Des spéculations persistantes sur la santé de Biya
Depuis son départ du Cameroun, peu d’informations officielles ont été communiquées concernant l’état de santé de Paul Biya. Les autorités ont systématiquement démenti les rumeurs évoquant une hospitalisation, tout en maintenant un silence strict sur les raisons exactes de son séjour prolongé en Suisse.
Cette opacité a suscité des interrogations, notamment de la part des organisations de défense de la liberté de la presse. Il y a deux ans, il avait été annoncé que les médias camerounais étaient interdits de couvrir l’état de santé du président, une décision qui avait été largement critiquée.
Parallèlement aux remaniements militaires, Biya a également signé plusieurs décrets autorisant son gouvernement à contracter des prêts auprès d’institutions financières internationales. Ces mesures, prises depuis l’étranger, renforcent l’idée que le pouvoir continue de s’exercer malgré l’absence physique du chef de l’État.
Alors que le Cameroun reste sous tension, la question de la succession et de la stabilité politique devient de plus en plus pressante. Les Camerounais attendent des réponses claires sur l’avenir de leur pays dans ce contexte d’incertitude prolongée.
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