Une décision gouvernementale qui menace l’équilibre de la filière avicole burkinabè
Le secteur de l’élevage de poules pondeuses au Burkina Faso traverse une période critique. Depuis l’adoption d’un plafonnement des tarifs de l’œuf, les acteurs de la filière alertent sur les conséquences désastreuses de cette mesure. Annoncée comme une solution pour alléger le budget des ménages, cette initiative gouvernementale s’avère en réalité un frein à l’initiative privée et un risque pour l’emploi local.
Des coûts de production en hausse, des prix bloqués : une équation intenable
Comment justifier un gel des prix de vente alors que les dépenses d’approvisionnement explosent ? La production d’œufs dépend en grande partie des céréales et protéines animales, dont les coûts ont atteint des sommets ces derniers mois. Maïs, tourteaux de soja, compléments minéraux : chaque intrant voit son prix grimper sous l’effet de l’inflation, des difficultés logistiques et des tensions sur les marchés internationaux.
En fixant le prix de l’œuf à 100 F CFA pour le consommateur, l’État impose une contrainte artificielle aux producteurs. Résultat ? Une marge bénéficiaire réduite à néant, voire des pertes financières pour les éleveurs. Une telle politique revient à leur demander de produire à perte, ce qui est économiquement insoutenable.
La liberté d’entreprendre sacrifiée sur l’autel de la régulation
Un principe fondamental anime toute économie dynamique : la liberté tarifaire. Chaque entrepreneur doit pouvoir ajuster ses prix en fonction de ses coûts, de la demande et de la concurrence. En s’immisçant dans la fixation des tarifs, l’État détruit ce socle et envoie un signal alarmant aux investisseurs.
Pourquoi un éleveur prendrait-il le risque d’investir des millions dans des infrastructures, de contracter des prêts ou de recruter une main-d’œuvre locale, si ses revenus sont systématiquement brimés par des décrets ? Cette mesure décourage l’innovation et asphyxie la croissance du secteur avicole, pourtant stratégique pour la souveraineté alimentaire du pays.
Pénurie et marché noir : les conséquences inévitables d’un contrôle mal pensé
L’histoire économique le prouve : le blocage des prix mène souvent à des résultats contre-productifs. Trois scénarios redoutés se dessinent à brève échéance :
- La disparition des petits producteurs : Moins armés face aux chocs économiques, les aviculteurs familiaux seront les premiers à mettre la clé sous la porte, entraînant la perte de milliers d’emplois.
- La réduction des cheptels : Pour limiter les pertes, les éleveurs diminueront la taille de leurs troupeaux, réduisant mécaniquement l’offre disponible.
- L’émergence d’un marché parallèle : La rareté des œufs dans les circuits officiels poussera les consommateurs à se tourner vers des revendeurs informels, où les prix dépasseront largement le plafond imposé. Ironiquement, le consommateur final paiera plus cher tout en subissant des ruptures de stock.
Vers une régulation équilibrée : protéger sans étouffer
Protéger le pouvoir d’achat est une priorité, mais elle ne doit pas se faire au détriment des producteurs. Plutôt que de plafonner les prix de l’œuf, l’État gagnerait à agir en amont, là où se jouent les vrais leviers de compétitivité :
- Subventionner la production des intrants : Rendre les céréales et protéines animales plus accessibles en réduisant les taxes ou en octroyant des aides directes.
- Faciliter l’accès au crédit : Proposer des prêts à taux zéro ou des garanties bancaires pour moderniser les exploitations.
- Assouplir la fiscalité : Exonérer les équipements avicoles ou alléger les charges sociales pour renforcer la résilience des éleveurs.
Une politique publique intelligente doit accompagner les acteurs économiques plutôt que les étouffer. En maintenant ce plafonnement, le gouvernement met en péril une filière essentielle et envoie un message inquietant aux entrepreneurs : la liberté d’entreprendre n’est qu’une illusion au Burkina Faso.
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