8 juin 2026

Le Reveil Noir

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Réglementation des deux-roues au Burkina Faso : le commerce sous tension

Depuis l’arrivée au pouvoir du capitaine Ibrahim Traoré, le Burkina Faso connaît une transformation marquée par un renforcement de la centralisation des décisions. Si les discours officiels mettent en avant la souveraineté et une réorganisation stratégique du pays, la réalité sur le terrain économique et social s’avère plus complexe. Derrière les promesses de changement, la population burkinabè, et en particulier les acteurs du commerce, subit une détresse grandissante, prise dans un engrenage de restrictions où le dialogue semble avoir laissé place à l’imposition unilatérale.

Un exemple récent de cette gouvernance verticale est le différend qui oppose depuis plusieurs mois le ministère du Commerce aux vendeurs de cyclomoteurs. Les nouvelles mesures prises par les autorités pour réguler strictement la commercialisation, les prix et l’utilisation des deux-roues ont porté un coup sévère à un secteur déjà fragile.

Un secteur vital sous pression

Au Burkina Faso, la moto n’est pas un bien de luxe ; elle constitue le principal moyen de déplacement en milieu urbain comme rural, et représente la source de revenus de nombreuses familles. En s’attaquant à la fixation des prix et en restreignant les conditions de vente ainsi que la circulation de certains modèles, le régime militaire touche à un domaine essentiel de l’économie.

Sur les marchés de Ouagadougou et de Bobo-Dioulasso, le mécontentement est perceptible, bien que discret. Les commerçants évoquent une rupture totale du dialogue social : « Auparavant, il existait des cadres de négociation. Aujourd’hui, les directives viennent d’en haut et doivent être exécutées sans contestation. Si l’on proteste, on est qualifié d’antipatriote », confie sous couvert d’anonymat un importateur important de la place.

La logique du silence et de la verticalité

Depuis la prise de pouvoir du capitaine Traoré, les acteurs économiques décrivent une atmosphère où une seule volonté s’impose à la nation. Cette centralisation excessive génère une imprévisibilité chronique pour les affaires. Les opérateurs économiques se retrouvent dans une situation délicate : d’un côté, la hausse des coûts d’importation et les réalités du marché mondial ; de l’autre, des injonctions étatiques strictes fixant les prix de vente en dessous du seuil de rentabilité.

Les conséquences de cette politique autoritaire sont immédiates :

  • Asphyxie financière : Les petits revendeurs, incapables de respecter les marges imposées, risquent la faillite.
  • Pénuries artificielles : Face au gel des prix, certains importateurs préfèrent suspendre leurs commandes, menaçant d’asphyxier l’offre.
  • Insécurité juridique : Les nouvelles restrictions de circulation, officiellement justifiées par des raisons de sécurité, paralysent le transport de marchandises dans plusieurs localités.

Le cri d’alarme d’une économie en difficulté

La souffrance du peuple burkinabè, et plus particulièrement de sa classe commerçante, se vit désormais en silence. Dans un contexte de transition militaire rigide, la peur de représailles empêche l’expression publique des griefs. Pourtant, la réalité économique persiste : on ne décrète pas la prospérité par de simples ordres.

En voulant tout contrôler, de la chaîne logistique jusqu’à l’usage quotidien des citoyens, le pouvoir de transition s’expose au risque de rompre l’équilibre économique fragile qui maintient le pays à flot. Pour les commerçants de deux-roues, le constat est amer : la souveraineté économique tant vantée ressemble de plus en plus à un dirigisme étouffant.