Une lueur d’espoir pour le commerce régional
Le comité mixte d’experts chargé d’étudier la réouverture de la frontière entre le Bénin et le Niger a rendu ses conclusions. Un accord portant sur des aspects sécuritaires, juridiques et économiques a été trouvé. Pourtant, Niamey impose trois conditions jugées « indispensables » avant toute ratification définitive. Ces exigences pourraient-elles enfin mettre un terme à trois années de tensions et de blocage ?
Trois exigences majeures pour Niamey
Les autorités nigériennes ont fixé des conditions sans lesquelles aucune réouverture durable n’est envisageable. Ces demandes, qualifiées d’« inflexibles », visent à sécuriser le territoire et à rétablir la confiance.
- Un pacte de non-agression formel : Niamey exige un accord bilatéral de défense engageant les deux pays à ne pas utiliser leur territoire pour des actions hostiles contre l’autre. Une mesure perçue comme évidente, mais dont la formalisation rassurerait dans un contexte de méfiance persistante.
- Un échange renforcé de renseignements : La création d’une cellule conjointe pour le partage en temps réel d’informations sur le terrorisme et les trafics transfrontaliers est jugée cruciale. Une initiative saluée pour son caractère réciproque et pragmatique.
- Une transparence sur les partenariats militaires : Le Bénin doit garantir que ses alliances extérieures, notamment près de la frontière, ne menacent pas la souveraineté du Niger. Une question sensible, mais essentielle pour apaiser les craintes nigériennes.
Pour Régis Hounkpè, directeur exécutif d’InterGlobe Conseils, ces exigences reflètent une logique de survie économique et sécuritaire : « Aucun des deux pays n’a intérêt à attiser les tensions. La coopération est la seule voie viable. »
Le Niger, victime collatérale d’un blocus coûteux
Depuis 2023, la fermeture de la frontière handicape lourdement l’économie nigérienne. Enclavé, le pays dépend à 70 % du corridor béninois pour ses importations. Les détours via le Nigeria ou le Togo alourdissent les coûts logistiques de 30 à 50 %, pénalisant les entreprises et les ménages.
L’impact est d’autant plus sévère pour les secteurs stratégiques :
- L’oléoduc Niger-Bénin, long de 2 000 km, voit ses flux suspendus. Chaque baril bloqué représente une perte de dizaines de millions de dollars pour Niamey.
- Les pays de l’AES (Mali et Burkina Faso) subissent aussi les répercussions, privés d’un accès vital aux denrées et matériaux.
Les populations paient le prix fort : pénuries, flambée des prix et isolement des communautés frontalières. Les commerçants de Gaya ou Malanville voient leurs revenus s’effondrer, tandis que les trajets alternatifs multiplient les risques.
Le Bénin, entre opportunité et frustration
Malgré une économie diversifiée, le Bénin subit lui aussi les conséquences du blocus. Le port de Cotonou, poumon commercial de la sous-région, souffre de la congestion et de la baisse du transit. Les recettes douanières et logistiques chutent, avec des pertes estimées jusqu’à 60 % dans certains secteurs.
Les flux détournés vers le Nigeria ou le Togo menacent la position du Bénin comme hub régional. Pourtant, le pays tire des revenus du transit et de l’oléoduc, un équilibre fragile qu’il souhaite préserver.
Une réouverture progressive, mais inévitable
Les deux États ont tout à gagner d’un retour à la normale. Régis Hounkpè résume l’enjeu : « Les présidents sont condamnés à coopérer. La géographie impose cette réalité, bien au-delà des divergences idéologiques. »
Une réouverture partielle, ciblant les marchandises prioritaires avec des contrôles renforcés, semble la voie la plus probable. Si les négociations aboutissent, ce dégel pourrait inspirer d’autres pays de la région, à l’image du récent rapprochement Mali-Côte d’Ivoire.
Pour les populations, cette avancée signifierait un soulagement immédiat : baisse des coûts, regain d’activité commerciale et rétablissement des liens familiaux. Un pas vers la stabilité, économique comme humaine.
Plus d'histoires
Burkina Faso : le capitaine Ibrahim Traoré et la construction d’un récit économique contesté
Togo : l’affaire marguerite gnakadé et l’ombre d’une opposition étouffée
Attaque de l’aéroport de Niamey : le Jnim assume la responsabilité