30 juillet 2026

Le Reveil Noir

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Richard bona dénonce la corruption chez la jeunesse camerounaise

Richard Bona pointe du doigt la jeunesse camerounaise face à la corruption au Cameroun

Le Cameroun fait face à un fléau qui ronge ses fondations : la corruption. Un phénomène qui touche tous les secteurs et qui, selon un artiste camerounais de renom, trouve son écho dans les comportements de sa jeunesse. Lors d’une entrevue récente, le bassiste international Richard Bona, aujourd’hui en exil, n’a pas mâché ses mots pour critiquer la génération montante de son pays natal.

jeunes camerounais discutant dans les rues de Yaoundé

Un système qui corrompt jusqu’au plus jeune âge

Les chiffres parlent d’eux-mêmes. Selon les dernières données d’Afrobaromètre, près de 57 % des Camerounais reconnaissent avoir versé des pots-de-vin pour éviter des ennuis avec les forces de l’ordre. Une pratique qui s’étend même aux services administratifs : 45 % des citoyens ont dû corrompre un agent public pour obtenir des papiers d’identité, et 37 % pour accéder à des soins de santé. Dans ce contexte, Richard Bona n’hésite pas à qualifier la jeunesse camerounaise de « corrompue », une affirmation qui a suscité de vives réactions.

« La jeunesse camerounaise est une jeunesse corrompue. Ils ont été élevés dans ce système. Le réflexe est simple : ils attendent des miettes. À quelques exceptions près, c’est une génération qui a intériorisé la corruption. Je ne vois même pas comment le Cameroun pourrait s’en sortir. »

Sur les réseaux sociaux, les réactions fusent. Certains internautes camerounais partagent ce constat amer : « Les jeunes savent pertinemment que le policier n’est pas là pour leur sécurité, mais pour soutirer 500 francs. » D’autres soulignent que si des dérives existent, elles ne doivent pas occulter les efforts d’une majorité qui subit ce système.

La corruption, un poison systémique au Cameroun

Les statistiques confirment l’ampleur du mal. Le Cameroun occupe la 142e place sur 182 pays dans le classement 2025 de Transparency International, un triste indicateur de son combat contre la corruption. La Conac (Commission nationale anti-corruption), rattachée à la présidence, a d’ailleurs tiré la sonnette d’alarme dans son rapport 2024 : « Le Cameroun reste englué dans la corruption. Des milliards de francs CFA sont détournés chaque année des caisses de l’État. »

Un fonctionnaire camerounais, sous couvert d’anonymat, admet : « Beaucoup de jeunes ne distinguent même plus le bien du mal. Ils vivent dans l’idée que la corruption est la norme. »

Pourtant, tous ne partagent pas ce pessimisme. Nombreux sont ceux qui rappellent que « il existe une jeunesse combative, qui se bat avec dignité et qui fait rêver ». Une réalité souvent oubliée dans le débat.

Victimes ou complices ? Le double visage de la jeunesse camerounaise

Maître Akere Muna, figure emblématique de la lutte contre la corruption au Cameroun et ancien vice-président de Transparency International, propose une analyse plus nuancée. Pour lui, la jeunesse n’est ni totalement coupable ni entièrement responsable. Il la décrit comme une « complice tacite », prise au piège d’un système où la survie prime sur l’éthique.

« La corruption est systémique au Cameroun. Dire que les jeunes en sont les seuls responsables est une erreur. Ils ne gèrent rien, ils subissent. Pour survivre, ils se plient à ce jeu. Leur avenir est hypothéqué, et c’est à eux de le dénoncer. »

Il explique cette situation par des décennies de « culture du favoritisme » : « Pendant quarante ans, ce n’est ni le travail ni la compétence qui font avancer, mais les réseaux, le népotisme et le tribalisme. Les jeunes l’ont bien compris. »

Pour briser ce cycle, Maître Akere Muna plaide pour une éducation civique renforcée, qui montre que le mérite paie. Il appelle aussi à une mobilisation collective : « Le travail doit être valorisé. Si on ne fait rien, on n’ira nulle part. »

Un appel à l’action pour les jeunes et les institutions

La Conac a lancé un cri d’alarme. Elle invite l’ensemble des acteurs publics, privés et les citoyens à s’unir contre ce fléau. Une ligne verte, le 1517, a été mise en place pour signaler tout acte de corruption. L’enjeu est de taille : sauver l’avenir d’une jeunesse camerounaise qui mérite mieux que les chaînes de la corruption.

Entre espoirs et désillusions, une chose est sûre : la question de la corruption au Cameroun dépasse le cadre des générations. Elle interroge le système tout entier et exige une réponse collective.