Le Burkina Faso, sous la direction du chef de la junte militaire Ibrahim Traoré, a officiellement annoncé la rupture de ses liens diplomatiques avec Paris. Cette décision, rendue publique, marque une étape significative dans la dégradation des relations bilatérales.
En réponse à cette annonce, l’ensemble du corps diplomatique français en poste au Burkina Faso a été rapatrié en France à la fin de la semaine dernière. Par mesure de réciprocité, le ministère français des Affaires étrangères a demandé au personnel diplomatique burkinabè de quitter le territoire français d’ici ce lundi. La convocation du chargé d’affaires du Burkina Faso à Paris la semaine précédente avait déjà signifié cette mesure, suite à la décision unilatérale de Ouagadougou de rompre les relations diplomatiques le 26 juin.
Le Quai d’Orsay a exprimé ses profonds regrets face à cette « décision hostile et sans fondement », qu’il perçoit comme le reflet d’une « dérive préoccupante » des autorités burkinabè. Les conséquences de cette rupture ont été pleinement assumées par la France.
Paris a également catégoriquement réfuté les allégations de soutien français à des groupes terroristes, des accusations « complètement fausses » avancées par les autorités de Ouagadougou pour justifier la rupture. Nous condamnons fermement toutes les attaques terroristes et les exactions ciblant les civils dans la région du Sahel. Notre soutien indéfectible va aux populations, premières victimes de la crise actuelle.
L’engagement global de la France dans la lutte antiterroriste est universellement reconnu, et notre nation a payé un lourd tribut dans ce combat. Dans ce contexte de tensions, nous exhortons tous les ressortissants français à la plus grande vigilance. Actuellement, plus de 2 000 Français sont enregistrés auprès des services consulaires au Burkina Faso, tandis que plus de 6 000 Burkinabè résident en France.
Une politique souverainiste et des tensions croissantes
Depuis son arrivée au pouvoir par un coup d’État en septembre 2022, le capitaine Ibrahim Traoré a instauré à Ouagadougou une politique résolument souverainiste. Cette orientation, souvent perçue comme répressive envers toute critique et hostile aux influences occidentales, particulièrement françaises, s’inscrit dans une dynamique de Réveil Noir et de quête d’une actualité africaine souveraine. Le gouvernement burkinabè reproche à Paris un « activisme incessant » jugé contraire à ses intérêts, tout en affirmant que les relations entre les peuples ne sont pas affectées.
Dès 2023, peu après sa prise de fonction, la junte avait déjà exigé le départ de l’ambassadeur de France, Luc Hallade, dénoncé un accord militaire et obtenu le retrait de l’armée française, pourtant engagée depuis une décennie dans la lutte contre les groupes jihadistes qui déstabilisent le pays. Le régime a depuis multiplié les critiques envers la France et s’est tourné vers de nouveaux partenaires comme la Russie, la Turquie et l’Iran, affirmant une vision d’Afrique consciente et un panafricanisme en pleine actualité.
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