17 mai 2026

Le Reveil Noir

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Santé reproductive au Mali : quand les sages-femmes changent des vies

santé reproductive au Mali : des sages-femmes formées pour sauver des vies

Bamako – Kadidia, 19 ans, avoue avoir longtemps redouté d’évoquer la contraception dans son entourage. « C’était un sujet tabou, je craignais les jugements et les ragots de mon quartier », confie-t-elle. Son histoire illustre les défis persistants que rencontrent les jeunes femmes au Mali pour accéder à des services de santé sexuelle et reproductive. En 2024, le pays a déploré 583 décès maternels, dont 89 concernaient des adolescentes âgées de 15 à 19 ans. Les grossesses précoces et non désirées restent un enjeu majeur, malgré une progression notable des chiffres : près de 4,8 millions de femmes en âge de procréer en 2024, avec 559 493 jeunes femmes et adolescentes ayant bénéficié de méthodes contraceptives modernes, contre 480 682 l’année précédente.

Garantir un accès universel à des services de santé reproductive adaptés est essentiel pour protéger la santé et l’avenir des jeunes Maliennes. Ces services leur offrent la possibilité de faire des choix éclairés sur leur corps, réduisent les grossesses non désirées, préviennent les infections sexuellement transmissibles et améliorent leur bien-être physique et mental. Dans un contexte où les tabous persistent et où les risques sanitaires sont élevés, renforcer ces droits constitue une priorité absolue pour la santé publique.

L’Organisation mondiale de la Santé (OMS), avec le soutien d’un généreux donateur, collabore étroitement avec les autorités maliennes pour déployer un programme ambitieux visant à renforcer les droits et l’accès aux soins en santé sexuelle et reproductive. Ce projet comprend plusieurs volets : modernisation du cadre juridique, renforcement des compétences des professionnels de santé, fourniture d’équipements médicaux, création de structures adaptées aux jeunes, et production de données fiables pour guider les politiques publiques.

Le Dr N’Tji Keita, Chef du Département santé de la mère et de l’enfant à l’Office National de la Santé de la Reproduction, souligne l’impact de ce programme : « Ce projet s’inscrit dans notre plan stratégique et vise à protéger les droits des jeunes et adolescents. Nous avons formé des magistrats aux nouvelles directives de l’OMS, lancé un observatoire national de la santé et renforcé le système de surveillance des décès maternels. »

L’OMS ne se limite pas à un rôle technique : elle joue un rôle clé dans la coordination et la supervision des initiatives. Grâce à son accompagnement, le Mali a publié son premier bulletin national sur les indicateurs de santé sexuelle et reproductive, ainsi que les Comptes nationaux de la santé 2022, des outils indispensables pour évaluer les performances et orienter les décisions stratégiques.

Le Dr Sylla Ousmane, responsable du Programme santé sexuelle et reproductive au bureau de l’OMS au Mali, précise : « Nous avons soutenu l’ouverture d’une clinique Mère-Enfant-Adolescent à Sikasso, proposant des services intégrés de planification familiale et de prise en charge des violences basées sur le genre. Une équipe mobile est également opérationnelle dans la zone humanitaire de Macina, pour toucher les populations les plus vulnérables. »

Les sages-femmes, actrices du changement

Au cœur de cette transformation se trouvent les sages-femmes, dont la formation continue a permis d’améliorer significativement la qualité des soins. Aïssata, sage-femme au centre de santé communautaire de Kebila, témoigne : « J’ai suivi plusieurs formations sur la consultation prénatale recentrée, la planification familiale, la prise en charge des IST/VIH/sida et la prescription médicale. Cela a transformé ma pratique, me permettant d’accueillir les jeunes femmes sans jugement. »

Assetou, sage-femme mentor à Yanfolila (à 160 km au sud de Bamako), confirme cette évolution : « Ces formations ont profondément modifié ma manière de travailler, notamment en améliorant mon écoute, ma disponibilité et mon respect du consentement. » Grâce à ces efforts, le nombre de jeunes et adolescents ayant bénéficié des services de santé sexuelle et reproductive dans son centre a plus que doublé, passant de 2 330 à 5 121 entre 2019 et 2025.

Un dialogue qui brise les tabous

Les avancées ne se mesurent pas uniquement en chiffres, mais aussi dans les mentalités. Les campagnes de sensibilisation dans les écoles, les émissions radiophoniques sur la sexualité et la formation des prestataires à l’écoute bienveillante ont permis aux jeunes filles de franchir le pas. Kadidia, désormais rassurée, raconte : « La première fois que je suis venue au centre, la sage-femme m’a mise en confiance sans me juger et m’a prodigué d’excellents conseils. Ces services sont essentiels pour notre bien-être. Je veux encourager toutes les jeunes filles à se rendre dans ces centres : ils sont là pour nous aider. »