22 mai 2026

Le Reveil Noir

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Sénégal : l’État met en lumière 25 infrastructures abandonnées à rentabiliser

Le gouvernement du Sénégal a lancé une opération d’envergure pour identifier et réactiver vingt-cinq infrastructures publiques livrées mais jamais exploitées. Ces actifs, estimés à 279 milliards de francs CFA, illustrent un dysfonctionnement récurrent : leur valeur financière n’a jusqu’ici généré aucun bénéfice économique ou social. Ce gaspillage latent souligne un problème structurel dans la gestion des projets publics, où la phase de livraison est souvent dissociée de celle de l’utilisation concrète.

Un inventaire minutieux des actifs sous-exploités

L’audit en cours vise à cartographier précisément les équipements concernés, qu’il s’agisse de bâtiments administratifs, d’outils sectoriels ou d’infrastructures à visée économique. Ces actifs, bien que physiquement achevés, restent des charges financières passives en l’absence d’exploitation. Leur entretien minimal, leur gardiennage ou leur dégradation progressive représentent des coûts récurrents sans retour sur investissement. L’objectif est clair : réintégrer ces infrastructures dans le circuit économique ou administratif, soit en les redéployant, soit en les mutualisant, ou encore en les confiant à des partenaires externes.

L’enquête révèle des causes récurrentes à cette inertie : des projets livrés sans budget de fonctionnement alloué, des affectations d’usage floues, ou des lacunes logistiques empêchant leur mise en service. Chaque cas est analysé individuellement pour déterminer la solution la plus adaptée, qu’il s’agisse de réaffectation, de partenariat ou de complétion des moyens nécessaires.

Un levier contre la contrainte budgétaire

Cette initiative s’inscrit dans une stratégie plus large de maîtrise des dépenses publiques. Depuis 2024, l’exécutif sénégalais a fait de la transparence financière et de la rationalisation des dépenses un pilier de sa politique. Mobiliser des actifs déjà payés permet de libérer des ressources sans recourir à de nouveaux emprunts, alors que le service de la dette et la dépendance aux financements extérieurs pèsent sur les finances de l’État. Les 279 milliards de francs CFA immobilisés pourraient ainsi être réalloués à des priorités plus urgentes.

Cette démarche s’ajoute aux révisions déjà engagées sur les contrats publics et les comptes des entités parapubliques. Elle répond aux critiques récurrentes de la Cour des comptes, qui a maintes fois pointé l’absence de suivi post-livraison dans la commande publique sénégalaise. L’État mise sur cette valorisation de l’existant avant d’envisager de nouvelles dépenses ou une hausse de la pression fiscale.

Réformer la gouvernance des infrastructures

Au-delà des chiffres, cette opération interroge les failles de la gouvernance des projets. La livraison d’une infrastructure ne constitue que le début de son cycle de vie utile. Or, dans le Sénégal, comme ailleurs en Afrique de l’Ouest, le découpage entre conception, financement, réalisation et exploitation reste trop souvent cloisonné entre différents acteurs. Cette fragmentation favorise les lacunes et les responsabilités diluées, comme le soulignent depuis des années les bailleurs de fonds internationaux.

Pour les vingt-cinq sites concernés, plusieurs pistes sont explorées. Certains pourraient accueillir des administrations actuellement logées en espaces privés, générant des économies immédiates. D’autres pourraient être cédés ou concédés à des opérateurs privés sous conditions strictes. Une troisième option consisterait à combler les manques (équipements, personnel, raccordements) pour activer leur usage initial. Chaque scénario sera évalué en fonction de son retour sur investissement et de sa faisabilité budgétaire.

Cette opération de réactivation des actifs publics représente un test crucial pour l’administration sénégalaise. Sa réussite dépendra de la transparence dans le suivi des avancées et de la mise en place d’indicateurs mesurables. En s’attaquant à ce fléau des infrastructures fantômes, le Sénégal pourrait servir de modèle à d’autres pays de la région, où ce phénomène hypothèque la rentabilité des investissements publics.