21 juillet 2026

Le Reveil Noir

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Sénégal : un soutien inattendu à macky sall pour l’ONU

Trois jours après l’accueillir au Palais de la République, le président Bassirou Diomaye Faye a officialisé sa décision : le Sénégal apportera un « soutien total » à la candidature de Macky Sall pour le poste de secrétaire général des Nations unies. Une annonce qui marque une rupture avec les tensions passées, mais aussi une stratégie diplomatique ambitieuse.

Un choix dicté par la raison d’État

Le soutien sénégalais à l’ancien président Macky Sall peut surprendre, tant les relations entre les deux hommes ont été marquées par des conflits. Bassirou Diomaye Faye a en effet accédé au pouvoir dans des circonstances exceptionnelles : emprisonné à la prison du Cap Manuel dès avril 2023, il a été libéré in extremis le 14 mars 2024, quelques jours avant le scrutin. Cette grâce présidentielle, arrachée dans un contexte de crise préélectorale, a permis son élection dès le premier tour, après une campagne portée par Ousmane Sonko et son mouvement.

Pourtant, malgré ce passé mouvementé, le président actuel a choisi de dépasser les rancœurs personnelles au profit d’une logique d’intérêt national. Le gouvernement sénégalais a confirmé cette décision, soulignant la nécessité d’un dialogue « au-delà des alternances politiques » et la volonté de promouvoir un dossier jugé stratégique pour l’Afrique et le multilatéralisme.

Le divorce politique qui a tout changé

Ce revirement n’aurait probablement pas été possible sans un événement majeur : la rupture entre Bassirou Diomaye Faye et son ancien mentor, Ousmane Sonko, démis de ses fonctions de Premier ministre en mai dernier. Jusqu’alors, Sonko, figure de l’opposition sous le régime de Macky Sall, incarnait une ligne dure envers l’exécutif précédent. Son antagonisme personnel avec l’ancien président était bien plus marqué que celui de Diomaye Faye.

La destitution de Sonko a offert au président une marge de manœuvre inédite. Libéré des contraintes politiques liées à son ancien allié, Bassirou Diomaye Faye a pu adopter une approche plus pragmatique, centrée sur les intérêts diplomatiques du Sénégal plutôt que sur les divisions partisanes.

Une stratégie à double enjeu

Ce soutien à la candidature de Macky Sall s’inscrit dans une vision à plus long terme pour le président actuel. En effet, Bassirou Diomaye Faye prépare le lancement de sa propre formation politique et cherche à consolider une base électorale élargie. Pour y parvenir, il mise sur les réseaux de l’ancien système, y compris ceux de Macky Sall et de Abdoulaye Wade, afin de bâtir une machine électorale alternative au PASTEF.

Ce choix diplomatique pourrait aussi servir ses ambitions personnelles, notamment pour sa réélection en 2029. Lors de la visite éclair de Macky Sall à Dakar, la popularité persistante de l’ancien président a été confirmée par un accueil chaleureux, un signal fort pour l’avenir politique du pays.

Un atout diplomatique, mais pas une garantie

Pour Macky Sall, le soutien du Sénégal est un soulagement majeur. Sa candidature, déposée en mars par le Burundi au nom de la présidence tournante de l’Union africaine, souffrait d’un manque de légitimité perçue. Dans les négociations au Conseil de sécurité, le silence ou la neutralité d’un État d’origine affaiblit systématiquement un candidat avant même d’affronter le veto des cinq membres permanents.

L’engagement officiel de Dakar, accompagné d’une mobilisation active de la diplomatie sénégalaise, retire cet obstacle et permet à Macky Sall de se présenter comme un candidat pleinement soutenu par son pays. Cette dynamique prive ses rivaux d’un argument de poids, même si elle ne suffit pas à garantir une victoire.

La course à la succession d’António Guterres obéit en effet à une logique de rotation continentale, généralement respectée. Cette fois, c’est au tour de l’Amérique latine d’occuper le poste, une région qui n’a plus dirigé l’ONU depuis Javier Pérez de Cuéllar en 1991. Quatre des cinq candidats déclarés sont d’ailleurs latino-américains : les Argentins Rafael Grossi et Michelle Bachelet, la Costaricaine Rebeca Grynspan, et l’Equatorienne Maria Fernanda Espinosa.

Macky Sall, seul candidat non latino-américain et ancien chef d’État, reste en lice, mais doit affronter cette coutume régionale. Son destin dépendra avant tout des arbitrages du Conseil de sécurité, où le sort de sa candidature se jouera entre les cinq membres permanents disposant d’un droit de veto. Bien que proche de la France, il a su entretenir de bonnes relations avec la Russie, un atout dans ce jeu d’influence.

Après avoir obtenu l’onction de son pays, Macky Sall a d’ailleurs été reçu à Moscou par le ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, pour poursuivre sa campagne. Le verdict final est attendu pour l’automne, mais le soutien du Sénégal a déjà transformé les perspectives de sa candidature.