21 juillet 2026

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Services secrets au Congo : l’ombre qui a façonné le pouvoir

Politique

Les services secrets congolais, piliers invisibles du pouvoir à Kinshasa

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Au Congo, la prise du pouvoir ne s’est jamais jouée dans les salons parlementaires. Elle s’est écrite dans l’ombre, par des mains invisibles mais redoutées. Depuis les premières heures de l’indépendance en 1960, chaque transition, chaque coup d’État, chaque président a eu son ombre : un maître espion. Intouchable, omniprésent, indispensable.

Les services de renseignement congolais ne sont pas de simples rouages de l’État. Ils en sont le cœur battant. Quand la Sûreté nationale tousse, c’est tout le Palais qui tremble. Quand le Centre national de documentation (CND) écoute, les ministres baissent la voix. Quand l’Agence nationale de renseignement (ANR) frappe, la justice plie.

Pourquoi une telle emprise ? Parce que le Congo est né dans la guerre froide, entre coups d’État et méfiance généralisée. Le 30 juin 1960, l’indépendance est proclamée. Le 14 septembre, Mobutu réalise son premier putsch. Entre ces deux dates, un vide immense. Un vide que la Sûreté nationale va combler, et transformer en arme absolue.

Leurs missions officielles ? Collecter des renseignements politiques, économiques et sociaux. Leur véritable rôle, lui, n’a jamais été consigné dans aucun décret. Trois missions secrètes, trois piliers de leur pouvoir :

  • Protéger le dirigeant – contre ses ennemis, son armée, son propre peuple.
  • Surveiller l’ensemble de la société – opposants, ministres, religieux, étudiants, diaspora.
  • Instaurer la peur – pour décourager toute velléité de contestation.

De 1960 à 1990, un seul système, trois visages. Trois hommes ont façonné la grammaire de la terreur au Congo :

Victor Nendaka Bika, surnommé « l’Oufkir congolais » : cet ancien infirmier a transformé la Sûreté coloniale en une police politique redoutée. Il invente une règle d’or encore en vigueur aujourd’hui : le chef des services secrets ne répond qu’au président, jamais aux ministres.

Seti Yale, « l’Éminence grise » : formé par les services israéliens et américains, il professionnalise l’espionnage congolais. Il crée le CND, véritable KGB zaïrois, avec écoutes téléphoniques, filatures et torture systématique.

Honoré Ngbanda, « Terminator » : il industrialise la terreur. Le CND devient un État dans l’État. Chaque ministère a son espion. Chaque ambassade, sa taupe. Il étend son réseau jusqu’en Europe.

Le fil rouge de cette époque ? « Qui contrôle l’information contrôle le pouvoir ». Mobutu l’a bien compris. Il multiplie les services rivaux – CND, SNIP, SARM, DSP – pour qu’ils se surveillent mutuellement. Mais il veille à ce qu’aucun homme ne domine trop longtemps cette machine. Nendaka est limogé en 1965. Seti Yale est écarté. Ngbanda est chassé en 1990.

En 1997, le système s’effondre avec Mobutu. Mais il ne disparaît pas : il se métamorphose. SNIP, AND, puis ANR. Les sigles changent. Les caves restent. Les méthodes aussi.

Cette plongée historique révèle trois décennies d’un pouvoir vu des sous-sols. Elle commence en octobre 1960, avec la nomination d’un infirmier à la tête de la Sûreté nationale. Elle s’achève en 1990, avec l’éviction d’un « Terminator » par les vents de la démocratie. Entre les deux : des écoutes illégales, des disparitions mystérieuses, des transferts fatals, des coups bas.

Bienvenue dans l’histoire secrète du pouvoir à Kinshasa. Celle qui ne s’exprime pas en public. Celle qui se chuchote dans des bureaux sans fenêtres.

Tout commence donc en octobre 1960. Le Congo a à peine trois mois. Mobutu vient de renverser Lumumba. Il faut un homme de confiance, un homme sans scrupules, pour tenir les rênes de l’État dans l’ombre. Ce sera Victor Nendaka Bika…

« L’Oufkir congolais : comment Victor Nendaka a inventé la machine à broyer le pouvoir »

Il n’a jamais porté d’uniforme, mais de 1960 à 1965, un ancien infirmier a fait trembler tout le Congo. Victor Nendaka Bika, premier directeur de la Sûreté nationale, a posé les fondations d’un système impitoyable : manipulation des documents officiels, intimidation des ministres, livraison des adversaires politiques. Une plongée dans les archives de la terreur.

Léopoldville, 13 décembre 1961 : le jour où la police a fait un coup d’État contre son propre ministre.

La scène se déroule dans les locaux de la Sûreté nationale. Christophe Gbenye, ministre de l’Intérieur, croit encore détenir l’autorité. Il signe un communiqué destituant Victor Nendaka. Il est « réaffecté ».

La réponse de Nendaka tient en un seul appel téléphonique.

Il se tourne vers Mobutu et obtient son soutien immédiat. Des troupes armées encerclent les bureaux de la Sûreté. Gbenye est menacé d’arrestation s’il tente d’intervenir.

Quelques jours plus tard, le Moniteur Congolais publie l’ordonnance : Nendaka reste à son poste. Gbenye est limogé.

C’est la première fois au Congo qu’un chef des services secrets défie un ministre… et gagne. Le modèle « Oufkir » est né.

16 janvier 1961 : la note manuscrite qui a scellé le destin de Lumumba

Quarante ans plus tard, un vieil homme brandit devant la commission d’enquête belge une feuille jaunie, son dernier atout.

« Quand on a appris que Tshombe accueillerait Lumumba, les plans d’évacuation des trois prisonniers ont été modifiés par André Lahaye, agent de la Sûreté […] J’ai conservé ce document » déclare Victor Nendaka.

Ce document ? L’ordre de transfert de Patrice Lumumba, Maurice Mpolo et Joseph Okito vers Élisabethville. En tant que directeur de la Sûreté, Nendaka organise le convoi. Dans la nuit du 17 janvier, les trois hommes sont exécutés.

Sa défense ?

« Kasa-Vubu et moi pensions que, au Katanga, Lumumba ne serait pas tué. Dans nos traditions, on ne tue pas ses adversaires. On règle les conflits sous le baobab, par la palabre. »

Les historiens soulignent : Victor Nendaka, qui entretenait des relations conflictuelles avec Lumumba depuis les élections de 1960, a été suspecté d’avoir joué un rôle dans cet événement.

Octobre 1960 : l’infirmier qui transforme la Sûreté en instrument politique

Un mois après le premier coup de force de Mobutu, Nendaka est nommé directeur de la Sûreté nationale.

« Il réorganise rapidement l’institution et en fait un service efficace de collecte de renseignements » rapportent les archives.

Il fonde le Bureau d’Investigations Nationales (BIN), dont la mission officielle n’est plus de lutter contre la criminalité, mais de traquer, ficher et neutraliser les partisans de Lumumba. Membre du « Groupe de Binza » aux côtés de Mobutu, il devient un acteur clé du cercle dirigeant, agissant dans l’ombre du pouvoir.

Pourquoi l’histoire l’a-t-elle surnommé « l’Oufkir congolais » ?

Comme le général marocain, Nendaka impose trois règles qui hanteront le Congo pendant six décennies :

  • La Sûreté au-dessus des lois : il fait encercler son bureau par l’armée lorsqu’un ministre tente de le démettre.
  • Le renseignement comme outil politique : membre du Groupe de Binza, il contribue à la nomination et au renvoi des Premiers ministres, avec l’appui de la CIA.
  • L’impunité systématique : concernant Lumumba, il rejette toujours la faute sur d’autres : « Ce n’est pas moi. C’est D’Aspremont. C’est Tshombe. C’est Lahaye. »

En 1965, Mobutu l’écarte du pouvoir. Trop puissant. Mais la machine est lancée. Seti Yale, Honoré Ngbanda et leurs successeurs ne feront que perfectionner la méthode Nendaka.

Dans le prochain volet : comment Seti Yale a transformé le petit BIN artisanal en un CND industrialisé, le « KGB zaïrois » formé par Israël et les États-Unis. Avec des témoignages exclusifs sur les caves du CND dans les années 1970.

« Le Monstre des ténèbres » vu par ses contemporains

Certains écrits congolais le qualifient de « Terminator sanguinaire, Victor Nendaka Bika, le Monstre des Ténèbres » pour son rôle dans « l’organisation du transfert fatal » de Lumumba. Lui a toujours clamé son innocence jusqu’à sa mort, accusant la Commission Lumumba de « vouloir le piéger ».

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