Le géant pétrolier Shell effectue un retour remarqué au Gabon, dix ans après avoir quitté le pays. Cette réimplantation stratégique survient à un moment où Libreville tente de stopper le déclin de sa production d’hydrocarbures, cœur battant de son économie. L’annonce, intervenue dans un contexte de réformes économiques et politiques majeures, envoie un message clair aux investisseurs internationaux : le Gabon s’ouvre de nouveau aux grands acteurs du secteur.
En 2016, le groupe avait décidé de se retirer du pays en cédant ses actifs terrestres à Assala Energy, une filiale du fonds Carlyle. Cette décision s’inscrivait dans une logique globale de recentrage sur des projets plus rentables, notamment dans le gaz naturel liquéfié et les zones d’eaux profondes. Ce départ avait marqué la fin d’une longue collaboration historique entre Shell et le Gabon, laissant derrière lui un vide opérationnel difficile à combler.
Une stratégie politique pour relancer l’industrie pétrolière gabonaise
Le retour de Shell coïncide avec la prise de fonction de Brice Clotaire Oligui Nguema, arrivé au pouvoir lors de la transition d’août 2023 avant d’être légitimé par les urnes. Depuis plusieurs mois, les autorités gabonaises multiplient les initiatives pour rendre le secteur pétrolier plus attractif. Parmi ces mesures : la révision du code des hydrocarbures, la relance des appels d’offres pour de nouveaux blocs, et des discussions bilatérales avec plusieurs majors internationales. L’objectif est clair : inverser la tendance d’une production pétrolière qui stagne actuellement autour de 200 000 barils par jour, loin des records atteints à la fin des années 1990.
Pour Shell, ce retour n’est pas un simple hasard. Après avoir abandonné des actifs jugés peu stratégiques, le groupe réévalue désormais sa position sur le continent africain. La rareté des découvertes majeures en onshore, les coûts élevés de l’exploration en eaux ultraprofondes et la quête de nouvelles sources de croissance poussent les grandes compagnies à revoir leurs stratégies. Dans ce contexte, le bassin gabonais, avec ses perspectives en offshore profond et ses structures pré-salifères, redevient un territoire d’intérêt.
Un secteur clé en danger et des espoirs de relance
Le pétrole reste le pilier de l’économie gabonaise, représentant plus de 40 % des revenus budgétaires et près de 80 % des exportations. Pourtant, l’épuisement progressif des gisements existants et les faibles investissements des dernières années ont fragilisé cette manne financière. Les autorités misent désormais sur le retour des grands groupes pétroliers pour stimuler l’exploration et prolonger la durée de vie des champs en production.
Plusieurs opérateurs internationaux ont déjà exprimé leur intérêt pour le Gabon. La Gabon Oil Company (GOC), la compagnie nationale, renforce son rôle dans la gestion des actifs, notamment à travers la renégociation des contrats arrivant à échéance. Le retour de Shell pourrait s’inscrire dans cette dynamique, en association avec d’autres acteurs déjà présents, comme Perenco, TotalEnergies ou BW Energy, dont les positions sur les blocs offshore se sont renforcées ces dernières années.
Un retour sous conditions et des incertitudes à lever
Les détails du retour de Shell au Gabon restent à préciser : nature des blocs ciblés, calendrier des investissements, montants engagés et modalités contractuelles. Le choix entre des actifs onshore ou offshore profond déterminera l’ampleur de cette réimplantation. Une stratégie axée sur l’offshore profond nécessiterait des engagements financiers colossaux, tandis qu’une approche centrée sur l’optimisation des champs matures pourrait s’avérer plus mesurée.
Au-delà du cas Shell, c’est la crédibilité de la nouvelle politique pétrolière gabonaise qui est en jeu. La capacité de Libreville à concrétiser ses annonces et à attirer des investissements massifs, dans un contexte où le Nigeria, l’Angola, la Namibie ou le Sénégal rivalisent pour séduire les majors, sera déterminante pour l’avenir du secteur. Le retour de Shell constitue ainsi un test décisif pour le pouvoir en place, qui mise sur ce symbole pour rassurer les investisseurs et relancer une industrie en perte de vitesse.
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