14 mai 2026

Surveillance financière au Sénégal : la CENTIF révèle son bilan 2025

La Cellule nationale de traitement des informations financières (CENTIF) du Sénégal a dévoilé son bilan d’activités pour l’année 2025. Ce rapport annuel, rendu public par son président Cheikh Mouhamadou Bamba Siby, met en lumière les avancées et les défis dans la lutte contre le blanchiment d’argent et le financement du terrorisme. Pour les autorités sénégalaises, une vigilance financière rigoureuse est essentielle pour la souveraineté du pays, garantissant à la fois sa crédibilité sur la scène internationale et sa solidité budgétaire.

La CENTIF, cœur du dispositif anti-blanchiment sénégalais

Institutionnalisée suite aux engagements du Sénégal au sein de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA), la CENTIF représente le pilier opérationnel de la stratégie nationale contre la criminalité financière. Son rôle est de recueillir, d’analyser puis de transférer aux instances judiciaires les signalements de transactions suspectes provenant d’acteurs variés : banques, assureurs, professions du droit et entreprises de transfert de fonds. L’action de cette cellule s’aligne sur les directives du Groupe d’action financière (GAFI) et de son entité régionale, le GIABA, qui évaluent régulièrement l’adhésion des États membres aux normes mondiales.

Le rapport pour l’année 2025 souligne une augmentation notable des alertes transmises par les entités non bancaires, témoignant d’une meilleure appropriation des exigences de conformité. Néanmoins, les institutions bancaires continuent de générer la majorité des déclarations, dans un contexte financier sénégalais caractérisé par la croissance fulgurante de la monnaie numérique et des technologies financières (fintechs). Cette évolution des méthodes de paiement rend plus ardue la surveillance des transactions, obligeant la cellule à une constante modernisation technologique.

Défis internationaux et préservation de la souveraineté financière

La publication de ce rapport survient alors que la région ouest-africaine fait face à une situation délicate. Plusieurs nations de cette zone demeurent sous surveillance renforcée du GAFI, ce qui entraîne une hausse des coûts des emprunts internationaux et une réticence grandissante des banques correspondantes étrangères. Pour le Sénégal, l’objectif de ne pas figurer ou de se maintenir en dehors de ces listes grises est crucial pour le financement de son économie, notamment pour attirer les investissements nécessaires à ses ambitieux programmes dans le gaz, les infrastructures et le numérique.

Cheikh Mouhamadou Bamba Siby, président de la CENTIF, met en exergue dans le rapport le lien intrinsèque entre la vigilance financière et la souveraineté nationale. Son argumentaire est sans équivoque : un pays qui ne contrôle pas ses flux financiers s’expose au détournement de ses richesses par des entités clandestines, qu’il s’agisse de fraudes fiscales complexes, de corruption ou de soutien à des groupes armés opérant au Sahel. La CENTIF dépasse donc son rôle technique de renseignement pour devenir un rempart essentiel à la protection des fonds publics.

Collaboration internationale et obstacles opérationnels

Le document met en lumière l’accroissement des interactions avec les homologues régionaux et les membres du groupe Egmont, un réseau global regroupant plus de 160 services de renseignement financier. Cette synergie est fondamentale pour gérer les enquêtes transfrontalières, en particulier celles concernant des sociétés-écrans établies en dehors de l’Afrique de l’Ouest. La CENTIF affirme par ailleurs avoir consolidé ses liens avec le système judiciaire sénégalais, le pôle judiciaire financier et l’Office national de lutte contre la fraude et la corruption (OFNAC).

Cependant, des enjeux opérationnels significatifs persistent. La cellule doit gérer un volume croissant de déclarations, souvent avec des ressources humaines et technologiques insuffisantes. Parmi les objectifs prioritaires pour les années à venir figurent la spécialisation des analystes, l’acquisition de solutions d’analyse de mégadonnées, et la sensibilisation des acteurs assujettis aux méthodes émergentes de blanchiment, notamment celles impliquant les crypto-actifs.

Au-delà des chiffres, le rapport 2025 vise à influencer le discours public. En établissant un lien clair entre l’intégrité financière et la souveraineté, la CENTIF aspire à obtenir un appui budgétaire accru de la part du gouvernement et des législateurs. Ce message est également destiné au secteur privé, l’encourageant à percevoir la conformité non comme une contrainte administrative, mais comme un investissement essentiel pour la pérennité de leur cadre d’activités.

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