Une année marquée par la consolidation du pouvoir et la restriction des libertés
En 2025, le Tchad a vu son paysage politique profondément transformé par des mesures autoritaires. Le président Mahamat Idriss Déby, élu en 2024 dans un scrutin controversé, a renforcé son emprise sur le pouvoir grâce à des réformes constitutionnelles majeures. Ces modifications, notamment l’allongement des mandats présidentiels de cinq à sept ans et la suppression des limites de durée, permettent désormais une gouvernance quasi permanente. Une élection tous les sept ans reste la seule exigence formelle, tandis que l’opposition se retrouve marginalisée.
L’opposition muselée et les voix critiques étouffées
L’espace politique tchadien est devenu un terrain hostile pour les dissidents. Succès Masra, figure incontournable du parti d’opposition Les Transformateurs, a été arrêté en mai 2025 sous des accusations liées aux violences intercommunautaires de Mandakao. Condamné à vingt ans de prison pour « incitation à la haine » et complicité présumée, son procès expéditif a symbolisé l’étouffement des contestations. Des dizaines de ses partisans ont subi le même sort, réduisant drastiquement la capacité de l’opposition à s’exprimer librement.
Des lois comme celle d’amnistie de 2025, protégeant les responsables des violences de 2022, ont également contribué à étouffer tout débat sur la justice transitionnelle. Les arrestations arbitraires, les intimidations et les restrictions des libertés fondamentales ont créé un climat de peur, limitant toute velléité de mobilisation citoyenne.
Des réformes constitutionnelles controversées
En septembre 2025, l’Assemblée nationale a adopté des amendements constitutionnels permettant au président de diriger indéfiniment. Ces changements, votés à une large majorité malgré l’absence de l’opposition, ont concentré le pouvoir entre les mains de Mahamat Idriss Déby et affaibli les contre-pouvoirs. L’absence de contrôle législatif et judiciaire laisse peu de place à une gouvernance inclusive ou transparente.
La répression des médias et des défenseurs des droits
Plusieurs journalistes et activistes ont été pris pour cible en 2025. Makaila Nguebla, blogueur et ancien conseiller en droits humains, et Charfadine Galmaye Saleh, journaliste et activiste, ont vu leur nationalité tchadienne révoquée par décret ministériel. Cette mesure, combinée aux arrestations arbitraires d’autres voix critiques comme Olivier Monodji et Mahamat Saleh Alhissein, illustre une stratégie délibérée pour réduire au silence les médias indépendants et les militant·e·s.
Les cas de Yaya Dillo, dirigeant de l’opposition tué lors d’une opération des forces de sécurité avant l’élection de 2024, et de ses proches, n’ont fait l’objet d’aucune enquête sérieuse en 2025. Cette impunité renforce un sentiment d’insécurité généralisé au sein de la population.
Violences intercommunautaires et crises humanitaires
Le sud et l’est du Tchad restent des zones de tensions extrêmes en 2025. Les conflits entre éleveurs nomades, majoritairement peuls, et agriculteurs sédentaires ont fait des dizaines de morts, notamment à Mandakao (41 morts), Orégomel (17 morts) et Molou (20 morts). Ces affrontements, exacerbés par la pression foncière et les changements climatiques, ont aggravé une crise humanitaire déjà précaire.
Les déplacements de population, causés par ces violences et par l’afflux de réfugiés en provenance du Soudan, ont mis à rude épreuve les capacités d’aide humanitaire du pays. Les inondations de fin 2024 et début 2025 ont en outre aggravé l’insécurité alimentaire, touchant des milliers de ménages déjà vulnérables.
Questions de justice et réparations en suspens
Le dossier des réparations pour les victimes du régime de Hissène Habré n’a guère progressé en 2025. Les versements partiels effectués en 2024 ne couvrent qu’une infime partie des montants ordonnés par la justice, laissant des milliers de victimes sans réparation. Par ailleurs, l’impunité persiste pour les crimes commis lors des violences post-électorales de 2024, où au moins 11 personnes ont été tuées par des tirs des forces de sécurité. Aucune enquête sérieuse n’a été ouverte pour faire la lumière sur ces événements.
L’homophobie institutionnalisée
Le Tchad maintient une législation répressive contre les personnes LGBTQ+. L’article 354 du Code pénal de 2017 criminalise les relations homosexuelles, punies de deux ans d’emprisonnement et d’amendes salées. Cette disposition, héritée d’un contexte juridique conservateur, illustre une politique discriminatoire envers les minorités sexuelles, en contradiction avec les normes internationales des droits humains.
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