17 mai 2026

Le Reveil Noir

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État des lieux des droits humains au Niger : une transition sous haute tension

Depuis le renversement du pouvoir en juillet 2023, le Niger traverse une période critique pour les libertés fondamentales. En 2025, la junte militaire a intensifié la pression sur les voix dissidentes, incluant les opposants politiques, les syndicalistes et les professionnels des médias. L’ancien président Mohamed Bazoum, son épouse, ainsi que plusieurs membres de l’administration déchue, demeurent privés de liberté de manière arbitraire.

Consolidation du pouvoir et recul démocratique

En mars, le général Abdourahamane Tiani a officiellement pris ses fonctions de président de transition sans passer par les urnes, renforçant ainsi son contrôle sur l’appareil d’État. Cette période a également été marquée par la signature d’un décret supprimant le multipartisme sur l’ensemble du territoire du Niger. Sur le plan diplomatique, le pays s’est retiré de la CEDEAO en compagnie du Mali et du Burkina Faso. En septembre, ces trois nations ont également manifesté leur intention de quitter la Cour pénale internationale (CPI), une décision qui restreint considérablement l’accès à une justice indépendante pour les victimes de crimes graves.

Insécurité croissante et violences contre les civils

Le Niger reste confronté à une menace terroriste persistante. Plusieurs organisations armées, dont l’État islamique au Sahel (EIS), le GSIM (lié à Al-Qaïda), Boko Haram et l’EIAO, opèrent dans les zones frontalières. La région de Tillabéri, proche du Mali et du Burkina Faso, est le théâtre d’affrontements de plus en plus violents.

Pour faire face à cette situation, les autorités ont lancé en août l’initiative « Garkuwar Kassa » (les Boucliers de la Patrie). Ce programme de recrutement de volontaires civils pour épauler les forces armées suscite de vives inquiétudes quant aux risques de dérives miliciennes.

Exactions perpétrées par les groupes armés

L’année 2025 a été marquée par une série d’attaques sanglantes menées par l’EIS contre les populations civiles :

  • Mars : Un massacre à la mosquée de Fambita a coûté la vie à 46 fidèles.
  • Mai : Le hameau de Dani Fari a été pris pour cible, entraînant la mort de plusieurs hommes et enfants.
  • Juin : Plus de 70 personnes ont été exécutées lors de la prière du matin dans le village de Manda.
  • Juin : Des exécutions sommaires ont été rapportées à Abarkaize et Ezzak.

Ces violences sont souvent précédées de menaces liées au non-paiement de la zakat ou à des accusations de collaboration avec l’armée nigérienne.

Répression de la société civile et de l’opposition

La détention de Mohamed Bazoum à Niamey a été jugée arbitraire par des experts internationaux, qui réclament sa libération immédiate. Parallèlement, des figures de la société civile subissent de lourdes poursuites. C’est le cas de Moussa Tiangari, arrêté en décembre 2024. Accusé de complot contre l’autorité de l’État, cet activiste de premier plan risque la peine de mort dans le cadre d’une procédure dénoncée comme politique par ses défenseurs.

Entraves à la liberté d’expression et d’association

La liberté de la presse au Niger subit de graves revers. Plusieurs journalistes, notamment de Sahara FM à Agadez, ont été interpellés après avoir traité de sujets sensibles liés à la coopération militaire. La chaîne Canal 3 TV a également fait l’objet d’une suspension temporaire pour avoir critiqué l’action gouvernementale.

Le secteur associatif n’est pas épargné : en août, quatre syndicats de la justice ont été dissous par décret, une mesure qualifiée d’atteinte grave aux droits des travailleurs par les organisations professionnelles. Enfin, le Comité international de la Croix-Rouge (CICR) a été sommé de cesser ses activités et de quitter le pays en février 2025, sans motif officiel.