17 mai 2026

Le Reveil Noir

Actualités et analyses panafricaines pour une Afrique consciente, souveraine et debout.

Tchad : un an de détention pour Succès Masra, l’opposition sous forte pression

Ce samedi 16 mai marque une année complète depuis l’incarcération de Succès Masra, figure emblématique de l’opposition tchadienne. Cet ancien premier ministre et leader du parti Les Transformateurs, arrêté pour incitation à la haine suite à de violentes altercations intercommunautaires dans le sud du pays, a été lourdement condamné à 20 ans de prison ferme en août 2025.

Pour les membres et sympathisants des Transformateurs, ce 16 mai est un triste anniversaire, rappelant le jour où leur chef de file fut interpellé à son domicile aux premières heures du matin. Malgré cette épreuve, le parti affiche une résilience inébranlable, comme l’exprime son secrétaire général, le Docteur Tog-Yeum Nagorngar.

Un an de détention de Succès Masra ( audio)

« Le Président Succès Masra, bien qu’en détention, demeure une présence forte parmi nous. Le parti se maintient, les yeux rivés sur ses objectifs, sans se laisser détourner. Le Docteur Succès Masra n’a commis aucun acte justifiant son emprisonnement depuis un an. Aucune preuve tangible n’a été présentée pour étayer les accusations. Nous restons persuadés qu’il s’agit d’une erreur administrative et judiciaire. La seule personne capable de rectifier cette situation est le maréchal Mahamat Idriss Déby Itno, et nous espérons qu’il assumera ses responsabilités. »

Multiplication des arrestations d’opposants

La semaine précédente a été marquée par la condamnation de huit autres leaders de partis d’opposition, membres du Groupe de concertation des acteurs politiques (GCAP). Arrêtés pour avoir organisé une marche pacifique de protestation, ils ont écopé de 8 ans de prison ferme pour des chefs d’accusation incluant « association de malfaiteurs, mouvements insurrectionnels, rébellion et détention d’armes de guerre ». Sosthène Mbernodji, coordinateur du Mouvement Citoyen pour la Préservation des Libertés (MCPL), déplore ces arrestations, estimant qu’elles ont éradiqué toute opposition politique au Tchad.

« Depuis l’incarcération de leur leader il y a un an, la marge de manœuvre des Transformateurs est considérablement réduite. Le GCAP représentait la dernière coalition capable de faire entendre une voix différente. Or, le pouvoir a instrumentalisé la justice pour dissoudre ce regroupement et museler ses huit dirigeants. Je crains que nous ne soyons plus en démocratie, mais face à une monarchie qui s’installe durablement, ce qui est regrettable pour le Tchad. Il est urgent d’apaiser le climat social et politique pour progresser, car à ce stade, nous assistons à un recul de près de 40 à 50 ans. Le pays est revenu à un système de parti unique, comme à l’époque des indépendances. »

Face à cette vague d’arrestations et de condamnations, une vingtaine de partis d’opposition ont conjointement publié un communiqué de presse, dénonçant avec véhémence le bâillonnement des voix dissidentes et l’instrumentalisation du système judiciaire.