30 mai 2026

Le Reveil Noir

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Burkina Faso : un an après le putsch, la lutte sécuritaire face aux défis persistants

La région du Sahel, déjà confrontée à une forte instabilité suite aux changements de pouvoir au Mali et au Burkina Faso, voit désormais le Niger, autrefois un pilier des alliances occidentales, subir un coup d’État. La présence grandissante de mercenaires du groupe Wagner et de divers mouvements islamistes militants suscite de vives inquiétudes quant à l’avenir sécuritaire de cette zone.

Le contexte sécuritaire un an après le coup d’État

Le 26 juillet, un groupe d’officiers militaires a annoncé à la télévision la prise du pouvoir, agissant au nom du Conseil national pour la sauvegarde de la patrie (CNSP). Lors du putsch du 30 septembre 2022, le président par intérim avait alors affirmé que la résolution de « petits problèmes logistiques » et une meilleure « considération » au sein de l’armée permettraient de maîtriser la situation sécuritaire.

Depuis, le nouveau gouvernement a mis l’accent sur une riposte sécuritaire énergique contre les attaques menées par des groupes affiliés à Al-Qaïda et à l’État islamique. Pour ce faire, il a lancé une vaste campagne de recrutement des Volontaires pour la défense de la patrie (VDP), une milice civile de soutien aux forces armées. Des acquisitions importantes ont été réalisées, notamment des drones et des hélicoptères, dans le but de « neutraliser » les éléments jihadistes. Le Capitaine Traoré lui-même s’est montré actif sur le terrain, cherchant à galvaniser les troupes.

Cependant, le quotidien privé L’Observateur Paalga a souligné dans un éditorial : « Nous devons reconnaître que le problème qui a justifié l’irruption du Capitaine Traoré sur la scène politique nationale est loin d’être résolu. » À 34 ans, Traoré était le plus jeune dirigeant mondial lorsqu’il a prêté serment en tant que président de transition, s’engageant à reconquérir les territoires perdus et à soutenir un processus menant à des élections en juillet 2024.

Lassina Diarra, spécialiste de la sécurité au Sahel, a confié à l’AFP que « l’arrivée d’Ibrahim Traoré avait suscité un grand espoir parmi la population face à l’insécurité. » Il ajoute : « De nombreux efforts ont été déployés sur le terrain pour reprendre le contrôle de certaines zones, mais la situation s’est considérablement dégradée. »

Des statistiques inquiétantes confirment cette détérioration. Plus de 17 000 personnes ont perdu la vie dans des attaques depuis 2015, dont plus de 6 000 pour la seule année en cours, selon les données du projet ACLED (Armed Conflict Location and Event Data Project), un observatoire des conflits armés. L’armée et les VDP sont les principales cibles, mais les civils paient également un lourd tribut : plus de 6 000 écoles sont fermées au Burkina Faso, soit près d’une sur quatre, d’après le Conseil norvégien pour les réfugiés.

Un bilan contrasté

Deux millions de personnes ont été déplacées par la violence depuis 2015. Fin du mois dernier, le gouvernement a affirmé que plus de 190 000 individus avaient pu regagner leurs foyers après que les jihadistes aient été chassés de certaines zones.

Les partisans du régime saluent ce qu’ils considèrent comme des décisions fermes du Capitaine Traoré. Lassane Sawadogo, coordinateur du Front pour la défense de la Patrie, un mouvement pro-régime, a déclaré : « Il n’y a pas d’échec. Nos soldats étaient sous-équipés pour la lutte antiterroriste, mais avec l’arrivée du Capitaine Traoré, nous avons acquis d’énormes moyens. »

Toutefois, des accusations d’abus ont été formulées à l’encontre des VDP ou des forces armées. En avril, le Collectif contre l’impunité et la stigmatisation des communautés a rapporté que 136 personnes, dont des femmes et des enfants, avaient été tuées dans le village de Karma, au nord du pays, par des hommes vêtus d’uniformes militaires. Une enquête a été ouverte, et le gouvernement a fermement condamné ces « actes vils et barbares », bien que Traoré ait mis en garde contre toute conclusion hâtive accusant l’armée d’être responsable de ces massacres.

Réorientation des alliances internationales

Des préoccupations ont également été exprimées concernant l’érosion des libertés individuelles. L’Unité d’action syndicale, qui regroupe les principaux syndicats, dénonce des recrutements forcés, des enlèvements et la suspension de médias. Au cours des douze derniers mois, les médias français RFI, France 24 et Jeune Afrique ont été suspendus dans le pays, et des correspondants des journaux Libération et Le Monde ont été expulsés.

Sous la direction de Traoré, les relations avec la France se sont détériorées, conduisant au retrait des forces françaises qui assistaient l’armée burkinabè sous-équipée en février. La junte a depuis diversifié ses partenaires internationaux, établissant des contacts avec la Russie, l’Iran et le Venezuela. Plus tôt ce mois-ci, elle a également signé un pacte de défense mutuelle avec le Mali et le Niger, dont les dirigeants militaires sont également arrivés au pouvoir par des coups d’État depuis 2020.

Lassane Sawadogo a affirmé que « le Capitaine Traoré nous a libérés du joug de l’impérialisme. Il a beaucoup travaillé durant ces 12 mois, et nous en espérons encore plus dans les mois à venir. » Le régime peut toujours compter sur un soutien populaire : mardi soir, des milliers de personnes ont manifesté dans les rues de la capitale, Ouagadougou, pour « défendre » Traoré suite à des rumeurs de coup d’État sur les réseaux sociaux. Le lendemain, le gouvernement militaire a annoncé avoir déjoué une tentative de putsch et quatre officiers ont été arrêtés.