17 mai 2026

Le Reveil Noir

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Burkina Faso : une stratégie innovante contre le cancer du col de l’utérus

Ouagadougou – Chaque année, des milliers de femmes au Burkina Faso risquaient leur vie en silence, confrontées à un cancer du col de l’utérus souvent détecté trop tard. Pourtant, grâce à une approche audacieuse combinant gratuité des soins et mobilité médicale, le pays transforme radicalement la lutte contre cette maladie. « Quand j’ai appris qu’un dépistage gratuit était organisé près de chez moi, j’ai hésité par peur d’un diagnostic. Mais mes enfants m’ont rappelé l’importance de ma santé. Aujourd’hui, je me sens protégée », raconte Awa, 48 ans, mère de six enfants résidant à Ipendo, dans la région du Centre-Ouest.

Un défi sanitaire et géographique à surmonter

Avant cette révolution médicale, le Burkina Faso faisait face à un taux de couverture de dépistage inférieur à 8 %, particulièrement alarmant dans les zones rurales. Les femmes devaient parcourir des distances considérables, souvent sans ressources pour les frais de transport ou de soins, tandis que les centres équipés et les professionnels formés restaient inaccessibles. Ces obstacles ont longtemps condamné des milliers de patientes à un diagnostic tardif, synonyme de souffrances et de décès évitables.

Face à cette situation critique, le gouvernement burkinabè a adopté une stratégie globale, comme l’explique le Pr Nayi Zongo, cancérologue et coordinateur du Programme national de lutte contre le cancer (PNLC). « Nous avons instauré la gratuité des soins pour le dépistage et le traitement des lésions précancéreuses. Des centres périphériques ont été modernisés, et des unités mobiles de dépistage ont été déployées pour toucher les populations les plus isolées. »

Des cliniques mobiles au cœur des communautés

Ces cliniques mobiles, véritables symboles d’équité en santé, sillonnent désormais les villages, les marchés, les exploitations agricoles et même les concessions familiales. Plus besoin pour les femmes d’abandonner leurs activités quotidiennes pour se soigner. « Le dépistage se fait sur place, sans perturber le rythme de vie des patientes. Cette proximité est un atout majeur pour garantir un accès universel aux soins », précise le Pr Zongo.

L’initiative repose sur trois piliers :

  • L’élimination des barrières financières : la gratuité des examens et traitements ;
  • La réduction des distances : grâce aux unités mobiles ;
  • La mobilisation communautaire : via des campagnes de sensibilisation et des événements comme Octobre Rose.

Une coalition nationale, associant société civile, leaders locaux et médias, a également été créée pour renforcer la prévention et l’adhésion des femmes. Résultat : le cancer du col de l’utérus n’est plus une fatalité, mais une cause mobilisatrice.

Un partenariat gagnant avec l’OMS

L’Organisation mondiale de la Santé (OMS) a joué un rôle clé dans la concrétisation de ce projet. Elle a apporté un soutien technique pour l’élaboration des directives nationales, formé des centaines de professionnels à la détection précoce, et accompagné les efforts de sensibilisation. « L’OMS a été un partenaire indispensable pour garantir que chaque femme, où qu’elle se trouve, puisse bénéficier de ces services vitaux », souligne le Pr Zongo.

Les chiffres parlent d’eux-mêmes : entre octobre 2024 et septembre 2025, 468 missions de cliniques mobiles ont été réalisées, touchant près de 2 millions de femmes. Parmi elles, 106 446 dépistages ont été effectués, 715 traitements ont permis d’éliminer des lésions précancéreuses, et 113 diagnostics approfondis ont été confirmés. Derrière ces statistiques se cachent des vies sauvées et des familles préservées.

Un modèle inspirant pour l’Afrique

Pour le Dr Seydou Coulibaly, Représentant de l’OMS au Burkina Faso, cette réussite est un exemple à suivre : « Le Burkina Faso démontre qu’avec une volonté politique forte et des solutions adaptées, il est possible de briser les barrières qui semblaient infranchissables. La gratuité des soins et la mobilité médicale sont des leviers puissants pour l’élimination du cancer du col de l’utérus. »

Awa, aujourd’hui convaincue de l’importance du dépistage, partage son expérience : « Nous passons nos journées aux champs, au jardin ou au marché. Quand les agents de santé sont venus nous parler du dépistage, j’ai eu peur au début. Mais en voyant d’autres femmes y participer, j’ai osé. Le jour du test, tout s’est bien passé. Résultat négatif ! Je recommande à toutes de se faire dépister. Plus tôt on agit, plus les chances de guérison sont élevées. »

Ces cliniques mobiles ne se contentent pas de sauver des vies : elles informent, éduquent et responsabilisent. Pour beaucoup de femmes, c’est la première fois qu’elles entendent parler de cette maladie, de ses risques et de ses moyens de prévention. Une étape cruciale pour briser les tabous et promouvoir la santé féminine.

Au-delà des soins, cette initiative incarne une justice sociale et une dignité retrouvée. Au Burkina Faso, la santé n’est plus un privilège, mais un droit inaliénable accessible à toutes, où qu’elles vivent.