2 mai 2026

Carburant en Afrique de l’Ouest : le paradoxe des prix à la pompe entre la Côte d’Ivoire et le Bénin

En ce mois de mai 2026, le pouvoir d’achat des ménages ouest-africains est de nouveau mis à l’épreuve, confronté à une inflation persistante et, plus spécifiquement, à une divergence significative des tarifs des carburants entre la Côte d’Ivoire et le Bénin, créant une nouvelle dynamique économique.

Côte d’Ivoire : le coût élevé d’un pays producteur

Après une période de relative stabilité trimestrielle, la Direction Générale des Hydrocarbures de Côte d’Ivoire a officiellement annoncé la première augmentation des prix des carburants de l’année. Cette révision tarifaire impacte directement les consommateurs : le Super sans plomb voit son prix passer de 820 à 875 FCFA/L, marquant une hausse de 6,7 %, tandis que le Gasoil dépasse désormais le seuil des 700 FCFA/L.

Cette décision suscite une légitime interrogation au sein de la population. Comment expliquer qu’un État producteur de pétrole, dont les ressources devraient logiquement servir de levier protecteur, affiche des tarifs supérieurs à ceux de ses voisins ? Au-delà des chiffres, cette majoration entraîne inévitablement une réaction en chaîne : chaque franc additionnel sur le litre de gasoil se répercute sur les coûts de transport et, par extension, sur les prix des denrées de première nécessité.

Le Bénin : une stratégie de résilience sociale

À l’opposé, le Bénin se distingue par une approche privilégiant la stabilité sociale. Bien que le pays ne dispose pas encore d’une exploitation pétrolière d’envergure, le gouvernement de Cotonou s’est engagé dans une stratégie de contention de l’inflation. Malgré les tensions géopolitiques au Moyen-Orient qui exercent une pression haussière sur les cours mondiaux des hydrocarbures, les tarifs en vigueur depuis le 1er mai 2026 demeurent particulièrement compétitifs :

  • Essence : 725 FCFA/L
  • Gasoil : 750 FCFA/L

Le constat est sans appel : le prix de l’essence est inférieur de 150 FCFA par litre au Bénin par rapport à la Côte d’Ivoire.

Une source proche des instances dirigeantes béninoises a d’ailleurs souligné que « notre absence de production nationale impose une gestion budgétaire rigoureuse, mais la préservation du pouvoir d’achat des ménages demeure notre impératif premier. »

En optant pour une fiscalité ajustée ou des subventions ciblées, le Bénin parvient à dynamiser son économie locale, là où d’autres politiques pourraient l’asphyxier.

Une richesse pétrolière au service de qui ?

Cette disparité tarifaire relance le débat sur l’affectation des richesses pétrolières au sein de la sous-région. Pour le citoyen ivoirien, cette augmentation est perçue comme une imposition indirecte, un prélèvement direct sur ses projets d’avenir et son budget quotidien.

Alors que la Côte d’Ivoire bénéficie de l’atout stratégique de l’extraction pétrolière, elle peine à traduire cette ressource en un avantage direct pour le consommateur final. Le Bénin, en revanche, démontre qu’une politique volontariste peut compenser l’absence de ressources naturelles.

Une interrogation fondamentale demeure : quelle est la valeur réelle de la souveraineté énergétique si elle ne permet pas de protéger efficacement le citoyen au cœur des turbulences économiques ?