14 mai 2026

Crise au Mali : le nord du pays menacé par une coalition jihadiste et rebelle

crise politique au Mali : offensive rebelle et jihadiste en marche

L’équilibre précaire du Mali vacille depuis l’assaut lancé le 25 avril 2026 par une coalition inédite entre le Jama’at Nusrat al-Islam wal-Muslimin (JNIM), groupe affilié à Al-Qaïda, et le Front de Libération de l’Azawad (FLA). Cette offensive, la plus massive depuis 2012, frappe Bamako et cinq villes stratégiques du pays : Kidal, Gao, Sévaré, Mopti et Tessalit. Les Forces Armées Maliennes (FAMa), soutenues par les mercenaires russes de l’Afrika Korps, subissent des revers majeurs, tandis que la junte d’Assimi Goïta voit ses fondations ébranlées.

Alors que les combats s’intensifient, une question s’impose : cette offensive annonce-t-elle une négociation politique globale ou l’avènement d’un nouveau proto-État jihadiste au cœur du Sahel ?

une offensive d’ampleur inédite depuis 2012

Pour la première fois depuis quatorze ans, une alliance entre jihadistes et indépendantistes touaregs cible simultanément des positions militaires et des symboles de l’État. Le JNIM, dirigé par Iyad ag Ghali, et le FLA, mené par des figures comme Bilal Ag Cherif, ont coordonné leurs actions pour prendre le contrôle de villes clés du Nord.

Les conséquences sont immédiates :

  • Pertes humaines et militaires : le général Sadio Camara, ministre de la Défense, est tué lors des combats, et plusieurs responsables de la junte, dont le général Modibo Koné, sont blessés. Assimi Goïta aurait été évacué vers l’ambassade de Turquie avant de réapparaître publiquement aux côtés de conseillers russes.
  • Prise de contrôle territorial : Kidal, Tessalit et Anéfis tombent aux mains des rebelles, encerclant progressivement Gao et Tombouctou. Certaines bases maliennes et russes résistent encore, comme à Aguelhok.
  • Stratégie de négociation : contrairement à 2012, les groupes armés privilégient le désarmement et la reddition des soldats maliens, se posant en recours face à la junte.

Cette offensive marque un tournant dans la stratégie des groupes armés : une coordination renforcée, une communication ciblée et une approche plus pragmatique vis-à-vis des populations et des militaires.

des différences majeures avec le scénario de 2012

Si l’histoire semble se répéter, plusieurs éléments distinguent cette crise de celle de 2012 :

  • Une alliance tactique : le JNIM et le FLA agissent de concert, avec une visibilité accrue pour les indépendantistes, tandis que les jihadistes restent en retrait, laissant les cadres du FLA s’exprimer publiquement.
  • Des méthodes adaptées : plutôt que de s’emparer violemment des villes, les groupes armés négocient avec les Russes pour un départ sans heurts, comme observé en Syrie. Une médiation algérienne est évoquée.
  • Un blocus de Bamako : le JNIM a instauré un siège partiel de la capitale, brûlant des camions pour couper les approvisionnements et forçant la junte à organiser des escortes.
  • Une fragmentation accrue : l’État Islamique Wilaya Sahel (EIWS) a tenté une percée à Ménaka, mais a été repoussé par les forces russo-maliennes, ajoutant une menace supplémentaire dans le Nord-Est.

Ces évolutions montrent que les groupes armés ont tiré les leçons de leurs échecs passés, optant pour une stratégie de strangulation plutôt que de contrôle territorial direct.

un partenariat russe en péril et une junte affaiblie

Depuis 2022, l’assistance militaire russe au Mali est critiquée pour son inefficacité et son impact négatif sur les populations. Les mercenaires de l’Afrika Korps, autrefois perçus comme un rempart, sont désormais perçus comme un fardeau par une partie de l’armée malienne.

La mort du général Sadio Camara, proche allié de Moscou, et la blessure du général Modibo Koné laissent planer des doutes sur la solidité de l’alliance avec la Russie. Assimi Goïta, déjà en proie à des tensions internes, pourrait être contraint de revoir sa stratégie sécuritaire.

Face à cette crise, des voix de la société civile, comme celles de l’homme politique Oumar Mariko ou de l’imam Mahmoud Dicko, appellent à des négociations avec les groupes armés, critiquant l’approche purement militaire de Bamako.

scénarios possibles : négociation ou partition du territoire

Plusieurs hypothèses se dessinent pour l’avenir du Mali :

1. la chute inéluctable du Nord et du Centre

À court terme, il est probable que les forces JNIM/FLA achèvent la conquête de Gao et Tombouctou, ramenant le Mali à une partition de facto similaire à celle de 2012. Les déserteurs parmi les FAMa et le retrait des Russes de ces zones accéléreraient ce scénario.

Le seul frein à cette avancée serait l’utilisation des drones TB2 malien et burkinabé, bien que leur destruction par les groupes armés soit possible. À moyen terme, le JNIM pourrait étendre son influence vers le Centre, où il contrôle déjà les campagnes, mais avec des moyens limités pour occuper durablement les villes.

2. l’émergence d’un proto-État jihadiste

Si le Nord tombe sous le contrôle du JNIM et du FLA, un proto-État pourrait émerger, avec une gouvernance islamique modérée et une autonomie accrue pour l’Azawad. Cependant, l’allégeance du JNIM à Al-Qaïda et son refus de dialoguer avec la communauté internationale compliquent les perspectives de normalisation.

Une médiation algérienne ou mauritanienne pourrait être envisagée, à l’image du rôle joué par la Turquie en Syrie pour le Hayat Tahrir al-Sham (HTS). Mais cette option reste incertaine, faute de garanties suffisantes sur le renoncement à l’exportation du jihadisme.

3. une intervention militaire extérieure ? une hypothèse improbable

Avant 2022, une telle situation aurait déclenché une intervention occidentale. Aujourd’hui, cette option semble exclue : la France a quitté le Sahel, les États-Unis sont engagés ailleurs, et l’ONU comme l’Union européenne ne sont pas prêts à s’impliquer militairement.

Seule une intervention régionale, menée par l’Algérie, pourrait inverser la tendance, mais Alger privilégie la neutralité. Les autres États du Sahel, comme le Burkina Faso ou le Niger, sont eux-mêmes fragilisés par les groupes jihadistes.

Dans ce contexte, la négociation apparaît comme la seule issue réaliste, même si elle se heurte à l’intransigeance du JNIM et aux divisions internes de la junte.

enjeux pour la communauté internationale et le Sahel

À long terme, la formation d’un proto-État jihadiste au Mali représenterait une menace pour la stabilité régionale. Comme en Syrie ou en Afghanistan, cette entité pourrait devenir un foyer de radicalisation et de projection terroriste.

Pour les Européens, la priorité serait de soutenir les pays voisins (Sénégal, Mauritanie, Algérie) dans leur lutte contre l’expansion jihadiste, tout en encourageant Bamako à engager un dialogue politique. La Côte d’Ivoire, le Togo et le Ghana pourraient jouer un rôle de médiation, mais leur marge de manœuvre reste limitée.

En définitive, cette crise souligne l’échec des stratégies purement militaires au Sahel et l’urgence d’une approche politique globale, combinant négociation, médiation régionale et soutien aux populations locales.