Un tournant majeur dans le conflit malien
Le Mali traverse une phase de turbulences extrêmes suite à une opération militaire d’envergure déclenchée le samedi 25 avril. Cette offensive, marquée par une coordination inédite entre les rebelles touaregs du Front de libération de l’Azawad (FLA) et les djihadistes du Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (JNIM), a visé simultanément sept localités stratégiques du pays. Des villes comme Bamako, Kati, Gao et Kidal ont été le théâtre d’affrontements violents, plongeant la nation dans une insécurité profonde.
La cité de Kidal, véritable verrou sécuritaire du Nord, est désormais passée sous le contrôle total des insurgés. Les assaillants ont déployé un arsenal sophistiqué, incluant des drones kamikazes, des véhicules piégés et des engins explosifs improvisés, pour mener des assauts directs contre des infrastructures critiques telles que l’aéroport international Modibo Keita et la résidence présidentielle.
De lourdes pertes au sommet de l’État
Le gouvernement de transition a subi un coup dévastateur avec la mort de Sadio Camara, ministre de la Défense et figure centrale du régime actuel. Sa résidence à Kati a été la cible d’un attentat-suicide. Dans l’effondrement du bâtiment, le ministre, l’une de ses épouses ainsi que deux de ses enfants ont perdu la vie. Sadio Camara était considéré comme l’architecte du rapprochement entre Bamako et Moscou.
Parallèlement, d’autres hauts responsables ont été touchés, notamment Modibo Koné, chef de la sûreté nationale, blessé par balles. Face à cette situation chaotique, un couvre-feu de 72 heures a été décrété dans la capitale malienne, tandis que le président de la transition, Assimi Goïta, a été exfiltré vers un lieu sécurisé.
Le retrait des forces russes et la riposte des FAMA
L’Africa Corps, organisation paramilitaire russe ayant succédé au groupe Wagner, a officialisé son départ de la ville de Kidal. Ce retrait, présenté comme une décision concertée avec les autorités maliennes, s’est accompagné d’une évacuation du matériel lourd et des blessés. Les forces russes affirment avoir neutralisé un grand nombre de combattants et détruit de nombreux véhicules pour empêcher une déstabilisation totale du pays.
De son côté, Oumar Diarra, chef d’état-major des forces armées maliennes (FAMA), a dénoncé un plan de déstabilisation orchestré par des puissances étrangères et des complices internes. Il assure que la riposte nationale a permis de neutraliser plus de 200 assaillants, bien qu’il concède un redéploiement tactique des troupes dans certaines zones du Nord, notamment vers Anefis.
Une alliance tactique contre un ennemi commun
L’offensive actuelle scelle la rupture définitive des accords d’Alger de 2015. Le FLA et le JNIM, bien qu’ayant des visions politiques divergentes — l’autonomie de l’Azawad pour les uns et l’instauration d’un État islamique pour les autres — ont uni leurs forces contre la junte militaire et les mercenaires russes. Cette coopération tactique s’est intensifiée depuis la défaite infligée aux forces russes à Tinzaouaten en juillet 2024.
Certains analystes pointent également une possible assistance technique étrangère. Des tactiques de guerre asymétrique, utilisant des drones et des leurres, rappelleraient les méthodes employées sur d’autres fronts internationaux. En réponse à ces soupçons d’ingérence, le Mali a d’ores et déjà rompu ses liens diplomatiques avec l’Ukraine, accusant Kiev de soutenir les groupes rebelles pour affaiblir les intérêts russes en Afrique.
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